L'Algérie joue avec le feu


Malade de son pouvoir, notre voisin de l’est perd ses repères


La question du Sahara marocain  n’est pas revenue au devant de  l’actualité. Elle ne l’a jamais quitté.  Seules changent les scènes  où les acteurs politiques de premier  ordre se produisent. Le décor est facilement  planté puisque le paysage est  d’une belle désolation désertique, hormis  un poste de douane marocain sur  la frontière avec la Mauritanie. L’unique  animation est celle de la ronde soutenue  de camions gros porteurs de  produits agricoles marocains venant  d’Agadir en direction de la Mauritanie.  C’est ce flux que le Polisario entend arrêter  armes au poing. Il faut juste rappeler  qu’il s’agit d’une piste de 3,7 km  sur la terminaison Sud du Sahara que  le Maroc a été empêché de goudronner  à l’été 2016 par le Polisario.

L’affaire de Guerguerat appelle plus  d’une interrogation. Jusqu’à quand et  jusqu’où l’Algérie peut-elle continuer  à faire jouer au Polisario ce jeu dangereux?  À quel moment de ce long  surplace, les tenants du pouvoir à  Alger décideront-ils de passer à autre  chose? Pour faire quoi, la guerre totale et dévastatrice, du genre “Apocalypse  now”, ou une construction maghrébine  aux frontières ouvertes; un vaste espace  commun d’échanges et de vie où chaque  partie prenante trouvera son compte;  avec un Sahara marocain sous autonomie  élargie? Après 40 ans de conflit ouvert  ou larvé, laquelle de ces options finira par  s’imposer, par une approche de bon sens  ou par des calculs d’une autre époque,  devenus caducs?

Il a été souvent dit qu’une guerre avec le  Maroc permettrait à l’Algérie de dépasser  ses luttes intestines et sa crise économique.  À titre d’appui de cette thèse,  la course sans répit et sans merci vers  le pouvoir, entre des factions militaires  qui ne sont même pas capables de se  détester cordialement. De plus, le surarmement  algérien à coups de milliards de  dollars, n’a pas pour unique vocation la  dissuasion, quitte à ce qu’il rouille dans  ses emballages. L’utilisation en interne  sur les populations autochtones ne suffit  pas à couvrir les frais. Résultat, s’il doit  servir sur le terrain, pourquoi pas contre  ces Marocains que l’on raye de toute  notre force de frappe? D’autres voix estiment  que ce sont ces mêmes raisons  qui empêchent un va-t-en guerre à l’algérienne.  Le maintien d’un mort-vivant à  la tête de l’État, Abdelaziz Bouteflika, et  l’impossibilité de lui trouver un remplaçant  est l’unique garantie actuelle de paix  politique. En clair, il est plus que jamais  urgent d’attendre le temps d’un renouvellement  de générations et d’attitude à  l’égard du Maroc. D’ici là, l’Algérie aura  toujours besoin d’un ennemi. Le Maroc  fait l’affaire.

Au niveau social, une guerre contre  le Maroc est une perspective encore  plus aléatoire. À l’exception des oligarques  militaires et de leurs obligés  civils, toutes les couches sociales sont  concernées par une grogne de plus  en plus pressante. À Tizi Ouzou, capitale  de la Kabylie, la fronde périodique  prend des allures d’autonomie sur fond  de spécificité ethnique. Le baril qui fait  grise mine est passé par là. La chute  spectaculaire des prix du pétrole est  un facteur aggravant dans un pays où  l’économie sous perfusion est quasi  exclusivement alimentée, à hauteur de  93%, par le biberon des hydrocarbures.

Une guerre sur commande avec le Maroc  suffira-t-elle à détourner l’attention  d’une opinion publique échaudée  par l’enrichissement ostentatoire des  gradés de la junte militaire? Rien n’est  moins sûr. Une guerre de ce type pourrait  se retourner contre ses promoteurs  pour cause d’un front intérieur excédé  et propice. On voit mal une mère ou un  père algérien accepter que leur fils, soldat  engagé ou chômeur mobilisé, aille  combattre à Guerguerat, au risque d’y  laisser la vie. Mourir à Guerguerat, triste  perspective pour une jeunesse algérienne  à qui les cadors du pouvoir ont  perverti le présent et hypothéqué l’avenir.

En fait, l’agitation du Polisario est à  rattacher aussi et surtout à l’attitude  d’Alger qui voit d’un très mauvais oeil le  repositionnement marocain en Afrique.  L’Algérie a fait feu de tout bois pour empêcher  le Maroc de retrouver sa place  au sein de l’Union africaine. En vain.  Alger a poussé le ridicule jusqu’à vouloir  singer la diplomatie économique du  Maroc en Afrique. Le forum organisé  dans ce but a été un désastre en termes  d’organisation et de participation.