LA CRISE DE L’EAU INVENTÉE PAR L’ALGÉRIE

L’Algérie accuse à tort le Maroc de l’assoiffer

Le régime algérien a accouché d’une nouvelle bourde pour le moins ironique, en marge de sa participation au Forum mondial de l’eau, qui s’est tenu du 18 au 25 mai 2024 à Bali, en Indonésie. Ayant profité de sa participation au forum, Taha Derbal, ministre algérien de l’Hydraulique, a accusé le Maroc de porter préjudice aux ressources en eau de l’Algérie.


Barrage algérien Djorf Torba.


Le régime algérien ne cesse de manifester urbi et orbi son syndrome de la citadelle assiégée, dont le seul antidote qui semble tranquilliser les crises d’hystérie qui submergent la junte militaire au pouvoir est le débitage de balourdise à l’encontre de son voisin de l’Ouest, le Maroc en l’occurrence. En atteste le discours tenu, le 21 mai 2024 par le ministre algérien de l’Hydraulique, Taha Derbal, en marge du Forum mondial de l’eau qui s’est déroulé du 18 au 25 mai 2024 à Bali, en Indonésie.

Dans ce contexte, le ministre algérien avait accusé le Maroc sans le nommer, en recourant au classique groupe nominal ‘‘un pays voisin’’, de porter préjudice à l’équilibre de l’environnement et d’adopter des pratiques de nature à ‘‘assécher’’ de manière ‘‘intentionnelle’’ et ‘‘systématique’’ certains barrages et régions en Algérie. Mais si l’occasion de prononcer un discours touffu de propos aussi mensongers qu’infondés n’a pas produit un effet Pinocchio sur son auteur, les tics et les troubles langagiers l’ont somme toute trahi. L’affirmation du ministre algérien n’a pas manqué de susciter de l’ironie au sein du landerneau diplomatique et universitaire, car elle est dénuée tout bonnement de tout fondement. ‘‘S’il est question de la problématique du stress hydrique dans la région, il faut savoir que tout le Maghreb souffre d’une pénurie d’eau’’, souligne un diplomate marocain. ‘‘Si le ministre faisait allusion à quelque chose d’autre, et à supposer que cette chose soit réellement vraie, il devait l’exprimer clairement et ouvertement’’, ajoute notre source. Ce que M. Derbal aurait dû déclarer, c’est que le Maroc a construit un ouvrage hydraulique sur son territoire dans le but de retenir ses eaux de surface qui se déversaient précédemment dans le barrage algérien Djorf Torba.

Sécuriser l’approvisionnement
Confronté au stress hydrique, le Royaume a, depuis l’émergence des signes de ce fléau planétaire, fait le choix de multiplier la construction de barrages pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable de l’ensemble de son territoire et mettre en place un système d’irrigation idoine au potentiel hydrique de chaque région. Ainsi, l’Agence du bassin hydrique de Guir, Ziz, Rhéris a procédé à la réalisation de bassins dans certaines provinces relevant de la région Draâ-Tafilalet.

En plus d’assurer un approvisionnement en eau potable pour la population locale, cette décision vise également la transformation d’un système d’irrigation préjudiciable à la nappe phréatique. ‘‘Pourquoi pomper de l’eau souterraine alors que les affluents de l’Oued Guir pourraient être une alternative ? D’autant plus que cet oued prend source dans le Haut-Atlas, c’est-à-dire en territoire marocain’’, nous explique un agriculteur basé à Boudnib. Il s’agit donc d’une stratégie anticipative qui a permis d’atténuer l’impact sur la nappe phréatique du sud-ouest et sud-est de l’Oriental. Et sans aucun doute, le ministre algérien faisait implicitement référence à cette démarche rationnelle, souveraine et légitime, prise par le Maroc. D’après la réaction du ministre algérien, on dirait que l’Algérie dispose d’une nappe phréatique là où le barrage a été réalisé, nous dit Mohammed-Saïd Karrouk, expert en climatologie.

Prenant forme dans la province d’Errachidia, le barrage Kaddoussa est un barrage de retenue des eaux de surface, qui emmagasine les ressources en eau de l’Oued Guir, dont les affluents déversaient auparavant dans ce qui s’avère être le quatrième grand barrage en Algérie, Djorf Torba. Lancé au début des années 1970, ce barrage captait illégitimement les ressources en eau en provenance du Maroc. L’Algérie s’en servait indûment pendant plus de cinq décennies pour remplir son barrage qui alimentait les domaines agricoles de Béchar (70 km de la frontière Maroc-Algérie), ainsi qu’une partie de la population de cette wilaya. ‘‘C’était toute honte bue sur le dos de nos ressources hydriques’’, déplore un militant associatif originaire de Figuig.

Les crues de l’Oued Guir qui portaient préjudice à la culture oasienne dans la région, et la surexploitation de la nappe phréatique ont accéléré le processus de réalisation des ouvrages hydrauliques pour éviter la déperdition des eaux de l’oued hors territoire marocain. Actuellement, ce sont plus de 15 000 habitants qui bénéficient désormais des avantages apportés par ce barrage mis en service en 2021. Doté d’une capacité de stockage de 220 millions de m3 d’eau, le barrage de Kaddoussa a permis l’hydratation des milliers d’hectares grâce à ses réserves d’eau. Par ailleurs, le Maroc prévoit le lancement d’un autre barrage à Bouarfa dans la province de Figuig. Pouvant retenir jusqu’à 1,069 milliard de m3 d’eau, ce barrage baptisé Kheng Grou nécessiterait entre huit et dix ans pour atteindre sa pleine capacité de stockage. Pour une enveloppe budgétaire culminant à 1,1 milliard de dirhams (MMDH), ce mégaprojet sera opérationnel à l’horizon 2027.


Contrairement à ce qu’essaie de faire circuler la junte militaire au pouvoir à Alger, le Royaume a donc rétabli un déséquilibre hydrique qui se faisait sentir au niveau de son territoire, dont notamment la partie sud de l’Oriental marocain. Et pour ce faire, il a investi dans d’importants projets structurants tels que les barrages et les autoroutes d’interconnexion des bassins hydrauliques.


Taha Derba, ministre algérien de l’Hydraulique.


Barrages algériens envasés
Or, le manque d’eau dont souffrait et continue de souffrir l’Algérie est intimement lié à ses politiques publiques. Car au moment où le Maroc multiplie les efforts pour atténuer les effets négatifs du stress hydrique en s’appuyant sur la réalisation d’importants ouvrages pour retenir ses eaux de surface et pour assurer l’alimentation en eau potable des foyers, l’Algérie débourse ses pétrodollars pour s’immiscer dans les affaires internes du ‘‘pays voisin’’ qu’elle évoque pratiquement à chaque événement international. En ce qui concerne les ouvrages hydrauliques, le Maroc dispose de plus de 150 barrages pouvant retenir un total de 20 milliards de m3 et de plus de 140 petits barrages. De plus, près de soixante nouveaux barrages sont en cours de réalisation. Tandis qu’en Algérie, la cartographie des barrages fait état d’à peine 100 barrages. L’ambition étant d’atteindre quelque 139 barrages à l’horizon 2030. La réponse donc aux préoccupations du régime algérien concernant le tarissement des ressources hydriques dans la région, se trouve entre autres dans cette comparaison, qui renseigne sur le peu d’importance qu’accorde l’Algérie au problème de l’eau et l’inefficacité de la gestion du stress hydrique.

En effet, Abdelkrim Chelghoum, directeur de recherche à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène, avait signalé ce problème à maintes reprises dans les médias algériens. Dans l’une de ses déclarations à la presse algérienne, il avait fait remarquer que les projets ayant trait au secteur de l’hydraulique en Algérie sont réalisés en ‘‘l’absence totale’’ d’études et d’aménagement de l’ouvrage en soi et de son environnement. Selon lui, le problème de fond réside dans la manière dont l’amont des barrages est construit. Pire encore, l’universitaire avait précisé que 80% des barrages algériens ‘‘ne servent pratiquement à rien’’, car l’envasement de ces infrastructures est de plus en plus important. Cette situation implique inévitablement, depuis des années déjà, une politique de rationnement d’eau à travers les wilayas algériennes, à l’instar d’Alger et des grandes villes telles que Constantine, Oran, Annaba… dont la population se voit dans l’obligation de recourir aux camions-citernes pour répondre à un besoin qui n’est pas tout le temps satisfait.


Le barrage Kaddoussa sur l’Oued Guir.


Dépendance au dessalement
Dans certaines villes, les coupures d’eau peuvent durer jusqu’à deux semaines, déplorent les citoyens algériens sur les réseaux sociaux et aux micros des médias indépendants. Les experts des ressources en eau estiment que la dépendance de l’Algérie au système de dessalement de l’eau de mer, ne va pas mettre le pays à l’abri des effets négatifs du stress hydrique, puisqu’il s’agit d’une solution à la fois budgétivore et énergivore. L’Etat algérien doit surtout miser sur la mise en place de stations d’épuration (STEP), recommandent les spécialistes algériens.

La fausse accusation inventée par la partie algérienne semble donc ne reposer sur aucun fondement logique, surtout lorsqu’on sait que la démarche entreprise par le Maroc ne vise aucunement le pompage d’eau de la nappe phréatique de l’Algérie – puisque cela est impossible géographiquement –, mais plutôt l’utilisation de ses propres ressources hydriques qui coulent du Haut-Atlas. Si déséquilibre il y a, il faut que le régime algérien s’applique à repenser les orientations des feuilles élaborées en vue d’affronter cette menace planétaire, et il faut qu’il commence à accorder beaucoup d’importance à cette question plutôt que d’investir ses pétrodollars pour s’immiscer dans les affaires internes de son voisin de l’Ouest.

Articles similaires