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Lahcen Ben brahim Sguenfle : "Il est possible de légaliser l’avortement dans certains cas"

Interview de Lahcen Ben Brahim Sguenfle, président du conseil local des oulémas de la préfecture de skhirat-témara

Pour Lahcen Ben Brahim Sguenfle, rien ne s’oppose à une loi qui encadre l’interruption volontaire de grossesse dans les cas où elle représente une nécessité.

L’avortement est-il explicitement interdit par l’islam?
Avorter, c’est interrompre la grossesse avant la formation complète du bébé. Cet acte est illicite selon la religion musulmane car il constitue une atteinte à la vie, comme l’énonce bien le Coran dans le verset 31 de la sourate Al Israe : “Et ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté; c’est Nous qui attribuons leur subsistance; tout comme à vous . Les tuer, c’est vraiment un énorme pêché”. L’interdiction est donc la position de principe de l’islam sur la question.

Donc la porte reste ouverte à certaines exceptions …
Il existe certains cas où l’avis de la religion oscille entre l’autorisation et l’interdiction. Les oulémas musulmans ont étudié et analysé en profondeur les cas en question, et ont émis des avis différents allant de l’interdiction totale pour certains savants de l’école malékite, ou l’autorisation complète selon quelques hanafites, tandis que d’autres optent pour un amalgame des deux positions selon le contexte. Ce n’est pas un débat nouveau, car cette question a été abordée depuis longtemps par les quatre grandes écoles sunnites de droit musulman, et même par les différents courants au sein du chiisme.

Qu’en est-il, par exemple, du cas de la défunte Meriem?
Pour ce qui est de l’affaire que nous avons entre nos mains, à savoir une grossesse résultant d’un viol, tout verdict doit prendre en considération la réalité des choses, les causes et les conséquence, avant de choisir les avis des savants les plus convenables à cette situation. Dans notre monde, où plusieurs facteurs peuvent causer le viol, notamment des enfants, ou encore l’inceste, il faut s’atteler impérativement et avec urgence, sur la légalisation de l’avortement, afin de garantir la sauvegarde de la vie et de la santé qui est une des finalités suprêmes de la charia. Quant à l’avortement clandestin, tout individu doté de raison doit s’y opposer de manière catégorique.

Vous êtes donc favorable à la relance du chantier de la légalisation partielle de l’avortement?
Il est nécessaire de réunir un comité composé de médecins, de savants musulmans, de spécialistes de droit, et de sociologues afin d’élaborer une loi qui encadre l’interruption volontaire de grossesse dans les cas où cela représente une nécessité. Tout en délimitant et définissant très clairement ces cas. Car il ne faut pas oublier que la préservation de la vie de la créature qui se forme durant la grossesse prime sur tout.

Ladite loi doit évidemment reposer sur les principes de la charia et ses objectifs suprêmes, ainsi que sur une analyse sociale de la réalité des gens dans notre société, loin des désirs et des caprices personnels.

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