“LE PREMIER ÉTÉ”, DE NOOR IKKEN

L’Âge d’or d’une jeunesse dorée

Pour son premier roman, Noor Ikken a fait très fort avec “Le Premier Été”, sans doute une des oeuvres littéraires marocaines à découvrir pour les aficionados.


C’est assurément une des très belles découvertes littéraires de l’année 2024 au Maroc. Avec “Le Premier Été”, qu’elle vient de publier chez Maha Edition, Noor Ikken s’impose en effet comme un des auteurs marocains à suivre, s’étant déjà attirée les faveurs de la critique nationale, très élogieuse à son égard.

Il faut dire que dans son roman, qui fait un total de 310 pages, tous les ingrédients sont réunis pour en faire une oeuvre qui marque, et cela d’abord dans les esprits des lecteurs, qui ne devraient certainement pas, pour le coup, manquer de se l’arracher dans les librairies.

Roman, d’initiation
Faisant partie de ce que les spécialistes appelleraient un “bildungsroman”, ou pour le dire en termes plus simples un roman initiatique, “Le Premier Été” raconte l’histoire de Tanina, jeune adolescente casablancaise qui découvre pour la première fois l’amour, et à travers Tanina, c’est aussi toute une époque de l’histoire du Maroc contemporain qui est dépeinte: celle des années 1980, où se déroule le récit.


“Le Premier Été” est également, dans une certaine mesure, un roman de classe, à savoir la bourgeoisie de la capitale économique du Royaume, que Noor Ikken ne connaît que trop bien pour l’avoir elle-même bien fréquentée au cours de ses propres années de scolarité au lycée Lyautey de Casablanca.

Mais le roman demeure bien, au final, destiné à tous, car contrairement à certaines oeuvres récentes, notamment cinématographiques, qui ont tendu à forcer le trait, jusqu’à la caricature, quand elles ont eu à traiter de la thématique de la jeunesse dorée marocaine, Noor Ikken a cette sensibilité très évidente de vouloir mais aussi de pouvoir, dans “Le Premier Été”, mettre en avant davantage le côté purement humain de ses personnages, auxquels on finit d’ailleurs aisément par s’identifier, voire par s’attacher, indépendamment du background social de tout un chacun.

Porté par une plume toute en maîtrise, “Le Premier Été” consiste clairement, quand on le lit, d’une oeuvre mature, pleine, en filigrane, de leçons de vie, bien qu’il ne s’agisse que du premier roman que Noor Ikken se fait éditer: c’est aussi que cette dernière a attendu le cap de la cinquantaine pour “passer à l’acte” littéraire, après avoir longtemps été happée par les tracas de la vie normale, entre d’un côté, initialement, des études en management, puis plus tard une trajectoire professionnelle dans le domaine de littérature francophone et littérature comparée, et, de l’autre côté, ses engagements familiaux.

Vivement encouragée depuis sa prime enfance par son père, un artiste-peintre, à écrire après qu’il eut très tôt décelé son talent, Noor Ikken attendra longtemps un déclic, qui, finalement, prit, il y a quelques années de cela, les allures malencontreuses d’un accident de voiture auquel elle ne survécut que miraculeusement. Au plus grand bonheur des siens, mais aussi, comme “Le Premier Été” l’atteste, au plus grand bonheur des fanas de littérature.

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