Chronique de Driss El Fahli : L'absurde rationalité

On se demande alors pourquoi des leaders politiques, supposés être l’élite de leur population, prennent des décisions stupidement rationnelles.

Certains diront que les États sont intrinsèquement rationnels. Ils sont supposés prendre des décisions raisonnables en fonction de l’intérêt national. D’autres soutiendront que les États sont irrationnels. Ils sont influencés par des facteurs émotionnels, idéologiques ou économiques. Ils sont incapables de résoudre les problèmes complexes. Ils s’engagent dans des guerres pour des raisons idéologiques ou religieuses, soutiennent des régimes sanguinaires et s‘engagent dans des activités de corruption.

La décision des USA d’envahir l’Irak était motivée par la peur (réelle ou préfabriquée) que ce pays possédait des armes de destruction massive. Une peur irraisonnée qui a coûté la vie à un million de civils Irakiens, à 200.000 soldats d’Irak et 4.500 soldats US. Le gros mensonge de Collins Powell a déstabilisé le monde, permis l’émergence de groupes terroristes et sonné le glas de l’affaiblissement de l’autorité globale américaine. La décision de l’invasion de l’Afghanistan par Brejnev en 1979 a été motivée par la peur de la montée des moujahidines islamiques concoctée par les USA en réponse à la propagation du communisme. Une invasion qui a causé la perte de 15.000 soldats russes, l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 et la fin de l’équilibre bipolaire du monde sans pour autant éradiquer les moujahidines.

La décision du Japon d’attaquer Pearl Harbor en 1941 était mue par la peur d’une guerre, préjugée inévitable avec les États-Unis. Une attaque qui a détruit la flotte américaine du Pacifique et mené au bombardement atomique de Hiroshima et la mort nucléaire de 140.000 civils. La peur du renforcement de l’OTAN aux frontières de la Russie a poussé Poutine à l’invasion de l’Ukraine. Une invasion en cours qui a permis de mettre en évidence l’approche occidentale du deux poids deux mesures face aux victimes de Gaza. La peur du Hamas a poussé Netanyahou à engager des frappes aériennes sans discernement sur Gaza et des tueries immondes de civils et d’enfants innocents. Une réaction disproportionnée qui constitue un crime de guerre soutenu par les dirigeants occidentaux.


Ceci a conduit les politologues américains Mearsheimer et Rosato à voir dans la peur le principal moteur de la politique internationale. C’est la théorie américaine du “réalisme offensif”. Cette théorie pense que les États sont des acteurs rationnels qui cherchent à maximiser leurs puissances et leur sécurité quitte à utiliser la force militaire pour atteindre leurs objectifs. La répartition du pouvoir des systèmes internationaux dicte la conduite à tenir des États. Les exemples cités de cette chronique montrent qu’une telle rationalité est irrationnelle. Elle conduit immanquablement à des catastrophes. On se demande alors pourquoi des leaders politiques, supposés être l’élite de leur population, prennent des décisions stupidement rationnelles. Des psychologues politiques pensent que la fixation émotionnelle y est pour l’essentiel.

Le fixation de Netanyahou sur la l’éradication ethnique des Palestiniens peut être vue comme la raison des raids mortels sur les civils de Gaza. La fixation émotionnelle de Sarkozy sur ce que Kadhafi pouvait révéler d’effarant sur lui a conduit à l’intervention militaire illégale de la France en Libye et à la chute du régime de Kadhafi. L’agression française a divisé le pays en factions rivales qui s’affrontent dans une guerre civile qui n’en finit pas depuis 2011. La rationalité occidentale enrobée de démocratie ne serait donc qu’un chaperon rouge écran présenté sous une blanche dentition pour mieux te manger mon enfant.

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