Les laboratoires mis en cause

PÉNURIE DE MÉDICAMENTS

Les ruptures de stocks de médicaments concernent de plus en plus de références pharmaceutiques et durent plus longtemps. Elles peuvent avoir des conséquences graves pour les malades.

C’est devenu pratiquement incontournable. Les malades sont contraints de faire le tour des pharmacies à la recherche d’une boîte du précieux médicament, sans comprendre les raisons d’une telle pénurie. C’est d’autant plus incompréhensible que la législation sur les médicaments oblige les laboratoires à détenir continuellement un stock minimum équivalent à la consommation de trois mois. Aujourd’hui, quelque 160 médicaments ont disparu des pharmacies marocaines et restent indisponibles pour plusieurs mois alors que que ces traitements combattent certaines maladies graves comme le cancer ou les problèmes de thyroïde.

Les ruptures de stock deviennent alarmantes dans le cas de médicaments dont dépend la vie des malades. C’est le cas, par exemple, du Sintrom (anti-coagulant, prescrit aux cardiaques) ou du Madopar (traitement pour la maladie de Parkinson) qui sont souvent en rupture. Pire encore, certains traitements ne disposent pas de générique.

Absence de politique publique
Ce phénomène touche autant les produits importés que ceux fabriqués localement. Plus inquiétant encore, cette disparition est due aux conflits qui opposent le ministère de la Santé aux laboratoires d’industrie pharmaceutique. L’absence d’une véritable politique publique des médicaments n’arrange pas non plus les choses et ce sont les malades qui en paient les frais. Le ministère de la Santé a bien décidé de baisser les prix de 319 types de médicaments, en supprimant notamment la TVA mais cette décision aurait poussé le lobby de l’industrie pharmaceutique à brandir la menace de retirer du marché certains médicaments indispensables, mais non rentables en raison de leur prix relativement bas.

Les industriels proposent de leur côté une augmentation des prix de certains médicaments. «Il faut prendre conscience que sur certains produits fabriqués localement, les prix sont très bas. Quand on parle d’augmentation, ça ne veut pas dire qu’on va tripler le prix. La liste de médicaments que nous avons déposée au ministère pour une révision est composée de produits dont les prix sont trop bas et inférieurs aux pays de benchmarck», explique Layla Laassel Sentissi, directrice exécutive de l’AMIP (Association marocaine de l’industrie pharmaceutique).

La disparition de ces produits coûte plus cher aux citoyens puisque l’alternative thérapeutique se révèlera bien plus onéreuse. La question est donc très sérieuse et mérite que le ministère de la Santé s’en préoccupe rapidement pour inciter les laboratoires à respecter la loi en mettant sur le marché les quantités nécessaires et suffisantes pour éviter toute rupture de stock. Ces derniers ont le devoir de donner des explications sur ces carences qui portent préjudice à la santé de la population marocaine. En fait, ils observent le mutisme et n’essayent même pas d’informer le public.


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