La touche Hammouchi


Réorganisation réussie de l’appareil sécuritaire marocain


Dans le monde d’aujourd’hui,  quel est le problème numéro  un? Assurément celui  de la sécurité. Au-dedans,  mais aussi au-dehors, pratiquement  dans chaque pays. Dans ce  registre, la lutte antiterroriste prime,  mais il y a aussi d’autres aspects qui intéressent  d’autres grandes criminalités:  du trafic de drogue à l’immigration clandestine,  sans parler d’autres aspects.

Le Maroc a mis du temps pour que son  appareil sécuritaire se hisse comme il  se doit au niveau requis, lequel se décline  autour d’un certain nombre d’exigences:  des compétences, des moyens  et une politique cohérente. A cet égard,  il a fallu des années pour optimiser cette  approche et lui donner le caractère efficient  qu’elle présente aujourd’hui.  L’homme qui incarne cette stratégie est  sans conteste Abdellatif Hammouchi,  patron de la DGST et de la DGSN. Il faut  revenir sur son profil et sa carrière qui le  distinguent.

Son profil, tout d’abord, tranche avec  celui d’autres responsables qui l’ont  précédé. Il est universitaire –une licence  de droit décrochée à la faculté de Fès-,  suivie de son recrutement au ministère  de l’Intérieur en 1991 et son affectation  à la DST, un premier grand dossier portant  sur l’émergence et le fait islamiste  rampant ces années-là. Il s’y fait remarquer  pas seulement par des rapports  factuels au plus près de cette mouvance en pleine croissance mais aussi par une  approche affinée sur ses formes d’action  et d’encadrement, sa rhétorique, son  maillage local et territorial. Une révision  par rapport à une certaine méthodologie  tellement prégnante par le passé, où le  “tout-répressif” l’emportait.

Avec le nouveau règne, Abdellatif Hammouchi  va être en phase avec la réorganisation  de l’appareil sécuritaire voulue  ardemment par S.M. le Roi Mohammed  VI. Recruté dans l’équipe de la DST, dirigée  par le général Hamidou Laânigri, il  demeure dans le “staff” de direction de  son successeur, Ahmed Harari (2003-  2005) avant de lui succéder en décembre  2005. Depuis onze ans, il a fait  de la DGST, ce bras armé de la sécurité,  un modèle d’institution dont l’efficacité  est saluée même par les grandes chancelleries  internationales.

Bras armé
C’est que les objectifs ont changé depuis  les attentats du 16 mai 2003, marqués  par 43 morts à Casablanca. Naguère  tourné vers la répression de la gauche  subversive et de ses multiples appendices,  c’est tout le logiciel sécuritaire qui  doit être en effet revu et corrigé. “On n’a  rien vu venir”, avouera un responsable.  Une doctrine est ainsi élaborée pour appréhender la complexité et la singularité  de l’islamisme radical. L’une des priorités  est celle des ressources humaines,  le capital le plus précieux.

A la DGST et à la DGSN –qu’il dirige depuis  la mi-mai 2015– Abdellatif Hammouchi  veille à renouveler les effectifs.  Les mises à la retraite se multiplient,  les réaffectations de poste participent,  elles aussi, de cette démarche. Le corps  sécuritaire, par nature fermé avec ses  propres “barons” et une culture d’entreprise  corporatiste, se voit bousculer. Des  dizaines de nouveaux profils sont recrutés  sur concours, une procédure inédite,  sur des critères objectifs qui n’ont rien à  envier aux grilles de sélection de la CDG  ou de l’OCP, par exemple...

Ces universitaires du genre “bac plus 5”  sont pris en charge et formés avec des  cursus spécialisés soit au Maroc, soit  à l’étranger, surtout aux États Unis. La  plateforme informatique est totalement  chamboulée avec l’introduction des  NTIC pour la maîtrise des techniques  modernes du contre-espionnage et de  la sécurité numérique.

Dans ce même sens, les moyens matériels  sont accrus avec une revalorisation  des salaires, le renouvellement du parc  automobile, doté d’une nouvelle identité  visuelle pour la DGSN et l’aménagement  de locaux et de bureaux fonctionnels;  sans oublier un nouveau siège.  Les méthodes de travail accompagnent  cette mutation et ce dans le sens d’un  management tourné vers les résultats.  Le nouveau cadre législatif mis en place  avec la la loi antiterroriste d’octobre  2003 pousse dans ce sens dans la mesure  où, enfin, la politique sécuritaire  s’insère désormais dans une prise en  considération appropriée du terrorisme  radical.

Anticipation et prévention
De quoi s’agit-il au vrai? D’une démarche  holistique où tous les aspects sont évalués  dans leur interaction. Les principes  en sont connus. Le premier est celui de  la vigilance; le second, lui regarde l’anticipation  et la prévention. Autant de  préoccupations qui se complètent avec  une dimension économique et sociale  –la lutte contre les poches de pauvreté  servant de terreau à l’extrémisme– et  l’encadrement du champ religieux pour  contrecarrer l’instrumentalisation déviante  et transgressive du Livre sacré et  de la Tradition prophétique.

C’est dire que l’appareil sécuritaire dispose  d’une “boîte à outils” qui est enviée  à l’étranger. Qu’y trouve-t-on? Une expertise  technique et humaine, un réseau  d’information basé sur le recoupement,  une méthodologie préventive de pistage  de profils terroristes se préparant à passer  à l’action, les aveux des détenus, la  traque sur le web.

En somme, une banque de données  sans cesse actualisée, un data sécuritaire  performant… Dans ce schéma, l’on retient la création, en 2015, du Bureau  central d’investigations judiciaires, dont  la direction est confiée depuis à un fin  spécialiste de la sécurité, Abdelhak  Khiame. Le bilan de ce bureau est très  positif au vu du nombre de cellules terroristes  démantelées avant qu’elles ne  passent à l’acte.

En effet, cette politique a porté ses  fruits, comme en témoignent les bilans  annuels de neutralisation de cellules terroristes  mais aussi la précieuse contribution  apportée à des pays étrangers,  qui saluent cette aide.

Soutien populaire
Abdellatif Hammouchi s’est aussi préoccupé  du corps social de ses effectifs, à  la DGST et à la DGSN. Il tient à ce que  des valeurs d’efficacité et de responsabilité  prévalent. Des préfets de police  ont été limogés. Des centaines de mesures  disciplinaires ont été prises, soit  pour des raisons professionnelles, soit  pour des manquements à l’éthique et à  la rectitude.

Il a veillé ainsi à ce que les recrutements  se fassent dans la transparence et au  mérite, loin des paramètres clientélistes  ou autres qui sévissaient jusqu’alors.  Pas une semaine ne passe sans que les  sanctions prises soient annoncées publiquement.

Une communication voulue parce qu’il  faut faire savoir aux citoyens le travail  entrepris dans le cadre de la moralisation  et de l’assainissement. Rien d’étonnant,  dans ces conditions, que la perception  qui a suivi a conduit ces mêmes  citoyens à accorder une image autre à  l’appareil sécuritaire ainsi réhabilité.

L’interpellation de certains individus  terroristes s’est faite, en différentes circonstances,  sous les applaudissements  des citoyens. Une fonction régalienne  comme la sécurité bénéficie aujourd’hui  d’un fort soutien populaire et d’une légitimité  particulière

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