La situation sociale de plus de 3 millions de personnes âgées est alarmante

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Triste constat. Victimes  de discriminations,  laissés-pour-compte et  marginalisés, pauvres  et sans revenus sauf de  maigres pensions de retraite...  Telle est, décrite sans fard, la  situation de 10% au moins de  la population marocaine. Une  catégorie sociale regroupant  plus de 3 millions personnes  âgées de 60 ans et plus. C’est la  principale conclusion du rapport  du Conseil économique, social et  environnemental (CESE), examiné  lors de l’assemblée générale,  tenue jeudi 23 juillet 2015, et qui  sera voté le mois prochain.


Ce rapport souligne que «les  personnes âgées ne constituent  pas une catégorie homogène et  aucune définition consensuelle  de cette couche sociale n’est établie pour l’instant». En dehors  du critère de l’âge de départ à la  retraite, la définition ne prend pas  en considération tous les aspects  de la vulnérabilité de la vieillesse.  Notamment les capacités des  personnes âgées, leur niveau  d’instruction, leur situation  socioéconomique et leur santé.  L’état des lieux est consternant:  7 vieux sur 10 sont analphabètes,  la plupart d’entre eux ont des  revenus modestes, et un 1 sur 10  est pauvre.


Ce n’est pas tout. La moitié de  cette population vieillissante  souffrent d’au moins une maladie  chronique, sans avoir accès aux  soins. La couverture sociale et  médicale ne bénéficient qu’à un  cinquième de ces personnes. Un  tiers d’entre elles sont dans une  situation de dépendance vis-à-vis  des autres, pour la réalisation des  tâches de la vie quotidienne. Cette  vulnérabilité est exacerbée par «le  montant dérisoire des pensions  de retraite». Et ce sont surtout les  femmes et les personnes âgées  vivant en milieu rural qui en  souffrent le plus. Cette situation est  d’autant plus inquiétante que cette  catégorie sociale est appelée à  s’élargir davantage pour atteindre  15% de la population d’ici à 2030.


Discriminations multiples
Plus inquiétante encore quand on  sait que seuls 37% des citoyens  actifs ont la possibilité d’avoir  une retraite. Le chiffre, alarmant  du reste, en dit long sur le sort  qui attend les personnes âgées  une fois leur vie professionnelle  arrivant à terme. Intervenant à  cette 52e session ordinaire, le  président du CESE, Nizar Baraka,  a fait savoir que cette catégorie  d’âge ne jouit pas pleinement de  ses droits et demeure victime de  discriminations multiples. D’où  la nécessité, selon lui, de mettre  en place une politique intégrée qui accorde une attention  particulière aux politiques ciblées  des personnes âgées. «L’idée est  de mettre l’accent sur la mise en  place d’une politique intégrée  qui permettrait de préserver les  principes de notre société ainsi  que ceux religieux, en accordant  une attention particulière aux  politiques ciblées des personnes  âgées», a indiqué M. Baraka.


Solitude et isolement
Qu’en est-il de la solidarité  intergénérationnelle? Ce point  n’a pas échappé au président  du CESE, qui a mis l’accent sur  les nouvelles mutations qui ont  marqué récemment l’institution  familiale marocaine, pointant du  doigt les logements inadaptés aux  spécificités des personnes âgées  qui se retrouvent confrontées  à des problèmes d’exiguïté et  d’accessibilité. Et la cherté de la  vie qui perturbe cette solidarité.  Jusqu’à présent, et dans une  large mesure, les membres des  ménages tentent, tant mieux que  mal, d’assumer leur devoir envers  leurs aînés.


En effet, prendre soin de ses  parents aux moments les plus  difficiles de leur vie ne constitue  pas seulement une reconnaissance  de dettes anciennes mais un devoir  religieux et une bénédiction divine.  De l’autre côté, la vie des  personnes ayant intégré un  centre d’accueil ou une maison de  retraite ne sont pas mieux loties  et «se caractérise par la solitude,  l’isolement et l’absence d’activités  culturelles et de loisirs». Surtout  que le personnel encadrant  manque souvent de formation  et de motivation. Qu’est-ce qui  a été fait pour cette frange de la  population jusqu’ici?


En face, «une stratégie nationale  visant la valorisation et  l’amélioration des conditions de vie  des personnes âgées, notamment à travers le renforcement de la prise  en charge familiale, a été élaborée  en 2009». Mais elle n’a pas été mise  en oeuvre et devrait être réformée  prochainement. Cette stratégie  est essentielle, dans la mesure  où les programmes en vigueur  ont été souvent marqués par leur  caractère «partiel, sporadique et  sectoriel». Même l’intervention de  la société civile ne répond plus aux  attentes. En effet, «les subventions  publiques sont insuffisantes, et les  associations sont dépourvues des  moyens nécessaires pour assurer  la qualité de l’encadrement», faiton  savoir.


Les principales recommandations  formulées par le Conseil portent,  notamment, sur l’élaboration  d’une politique publique intégrée  de protection des personnes âgées  déclinée aux niveaux central et  régional, basée sur le respect des  droits des personnes âgées et de  leur dignité.  Le CESE exhorte tous les acteurs  concernés, départements  ministériels, société civile, CNDH,  syndicats et employeurs, à oeuvrer  en faveur des personnes âgées  dans le cadre d’une démarche  globale et inclusive.


Les difficultés économiques à  supporter la vie de couple une fois  marié sans l’appui des parents, la  crise du logement, la structure de  la maison marocaine qui ne peut  plus s’adapter à l’élargissement  du ménage, menacent la  cohabitation et la solidarité  intergénérationnelle. Car les  bienfaits de la solidarité familiale  ne peuvent pas se substituer à  l’action publique éternellement.  L’État devra s’acquitter de son  devoir de répondre aux besoins  différents des personnes âgées et  de leurs familles. Les politiques de  soutien à la famille sont appelées  à renforcer et consolider la prise  en charge familiale des personnes  âgées.