L'arnaque dans les recrutements à l’étranger, un fléau en expansion

Dans ce contexte de crise économique, le désir d’émigrer hante de plus en plus de Marocains. Une situation dont profitent des faux intermédiaires. L’OIM tire la sonnette d’alarme.

Faites attentions! Koun Ala Bal! Le désir ardent des Marocains de quitter le pays se transforme en mine d’or pour les escrocs. Des fausses offres d’emploi, des entretiens d’embauche payants, faux intermédiaires… et des milliers de candidats escroqués. C’est ce que relève l’Organisation internationale de la migration, dans un rapport partagé exclusivement avec Maroc Hebdo, et qui a lancé la campagne de sensibilisation «Koune Ala Bal», depuis décembre 2021 à l’occasion de la Semaine du Migrant, et sera déployée jusqu’en octobre 2022. Quoique ce fléau n’est pas nouveau, il continue à enregistrer des victimes de tout le Maroc. Rappelant l’affaire Annajat en 2002, où une société émiratie fictive a escroqué plus de 60.000 jeunes chômeurs marocains, originaires de toutes les régions du pays. Dans cette affaire, ces milliers de candidats ont versé 900 DH chacun pour une visite médicale à une clinique de Casablanca. Ces sommes se sont évaporées comme par enchantement lorsqu’il s’est avéré que les promesses d’embauche d’Annajat n’étaient que pure supercherie.

Des victimes souvent bien instruites
Aujourd’hui, dans ce contexte marqué par les effets économiques de la pandémie, l’inflation, la hausse des prix à cause de la guerre Russie/Ukraine… Le rêve d’aller en Europe, au Canada ou même au Golfe, pour améliorer sa situation économique, hante de plus en plus de Marocains. En effet, l’OIM annonce que parmi les principaux motifs du désir d’émigrer, figurent les raisons économiques, avec 73,5%, suivies des raisons sociales, 21,8%.

Une situation dont profitent des faux intermédiaires afin d’extorquer de l’argent aux citoyens. Dans ce contexte de crise économique, le désir d’émigrer hante de plus en plus de Marocains. Une situation dont profitent des faux intermédiaires. L’OIM tire la sonnette d’alarme. Un fléau en expansion L’enquête menée par l’OIM révèle que les intéressés par la migration de travail sont souvent des jeunes (51.5% entre 15 et 29 ans), vivant dans un milieu urbain (84,3% contre 15.65% en milieu rural et ayant fait des études supérieures (86% de niveau universitaire ou ayant une formation professionnelle).

 Malgré leur niveaux d’études, les chercheurs d’emplois peuvent être aveuglés par leur désir d’atteindre un autre continent. L’exemple de Maria est édifiant. Cette jeune femme travaillant en tant qu’ingénieur en sécurité informatique au ministère de Justice a voulu tout laisser tomber pour aller travailler en France «J’ai commencé à chercher des offres sur la plateforme LinkedIn, en mai 2022, et au bout de 3 jours j’ai été contactée par un responsable RH de la Banque N26 qui me proposait un boulot de 20 heures par semaine, payée 2700 euros net pour le rôle de conseillère, un rêve qui se réalisait».

Des rêves brisés
Le pseudo responsable de la banque lui a demandé d’ouvrir un compte dans la banque, un dossier énorme de papiers (CIN, passeport, relevés bancaires, etc.) «J’ai réalisé que j’étais victime d’arnaque quand il a demandé le mot de passe de mon compte bancaire sinon je n’aurai pas le poste que je voulais», nous annonce amèrement la jeune femme, qui poursuite: «Je pense qu’il voulait faire un crédit en mon nom, j’ai déposé une plainte chez la police mais il a toujours tous mes documents et je ne sais pas ce qu’il peut faire par la suite». Pour sa part, Ahmed, souhaitant émigrer en Allemagne, nous annonce qu’il a déboursé plus de 100.000 dirhams à un courtier pour acheter un contrat de travail censé lui faciliter l’obtention du visa. Un contrat qui s’est avéré à la fin faux «mais qui m’a coûté les économies de toute ma famille et a détruit ma vie». Ahmed n’est pas la seule victime et l’arnaque est souvent présentée de la même manière, avait alerté le ministère allemand du Travail.

 Des courtiers, généralement établis dans des écoles de langues au Maroc, promettent des résultats rapides, assurant disposer d’un réseau bien établi et de contacts de confiance dans les administrations. En échange de fortes sommes, ils rédigent de faux contrats, à des victimes qu’ils trouvent dans leurs écoles. Ils promettent même de leur trouver des logements gements et de les aider à obtenir facilement une carte de séjour en Allemagne.

Si Ahmed est resté au Maroc, d’autres réussissent à rejoindre l’Europe avant de découvrir, sur place, que leurs contrats sont faux. En conséquence, leur demande de titre de séjour est rejetée. Ils se retrouvent ainsi dans une situation de précarité: sans logement, sans emploi.

Dans son rapport, L’OIM liste d’autres moyens utilisées par les réseaux internationaux d’escroquerie pour extorquer de l’argent des marocains, comme des faux sites internet ou plateformes de recrutement créés pour recueillir le maximum d’informations sur des personnes intéressées par le travail à l’étranger, et constituer une base de données, des faux intermédiaires, le paiement des frais injustifiés…

Cette vulnérabilité des migrants revient, selon l’OIM, en premier lieu au manque d’information sur les procédures de recrutement à l’étranger. Une situation qui touche principalement les femmes, qui ont déclaré à 25.4% être «pas du tout informées» contre 15% d’hommes et seulement 2% d’entre elles s’estiment «très bien informées», contre 11% d’hommes. L’OIM tire la sonnette d’alarme alors en laçant sa campagne pour protéger les travailleurs potentiels qui risquent d’être aveuglés par le besoin ou le désespoir qui peuvent se transformer en armes dans les mains des arnaqueurs.