Les kiosquiers boycottent la reprise

EDITION PAPIER DES JOURNAUX

Les vendeurs de journaux et de magazines refusent de reprendre leur activité pour le 10 juin. Les kiosquiers dressent la liste de leurs conditions dans une lettre envoyée au groupe Edito Ventures, détendeur de Sapress et Sochepress, pour appeler à la nécessité d’un dialogue pouvant améliorer la situation des professionnels.

L’interdiction de l’impression des journaux par le gouvernement a fortement impacté l’activité des kiosquiers. Cette décision, imposée dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc pour limiter la propagation du Covid-19, a poussé plusieurs entreprises de presse à revoir leur mode de diffusion avec la création de journaux édités en support PDF sur les sites électroniques des rédactions. Le ministère de la culture a donné son feu vert, le 26 mai 2020, pour la reprise de l’impression de la presse papier et des magazines, une autorisation étouffée par le boycott des kiosquiers, qui veulent faire entendre leur voix.

Une lente reprise de la demande
Distribution, moyens logistiques, ou mesures sanitaires… les kiosquiers refusent de reprendre avant de s’entretenir avec les autorités concernées. L’Association casablancaise des vendeurs de journaux et de magazines a en effet adressé une lettre au groupe Edito Ventures, détendeur de Sapress et Sochepress pour aborder quatre points essentiels à discuter avant toute reprise. “Pour le moment, nous n’avons reçu aucune réponse, tout est suspendu en attendant un retour favorable à nos demandes légitimes”, nous déclare Mohamed Chahid, du Syndicat national des commerçants et professionnels.

Dans cette lettre envoyée à Amine Benchekri, directeur général de Sapress, les kiosquiers ont émis une demande d’échelonnement de paiement pouvant leur permettre de régler leurs dettes, en respectant les pertes enregistrées en cette période et la difficulté d’une reprise rentable tout de suite. Les dettes évoquées concernent les factures impayées de la fourniture des marchandises, déjà récupérées par les kiosquiers auprès de ladite société. Selon Mohamed Chahid, membre de la commission administrative du syndicat cité, certains bureaux de vente spécialisés uniquement dans la vente de la presse ont enregistré une perte totale de leurs revenus.

“Des commerçants ont fermé boutique et se sont retrouvés du jour au lendemain en chômage technique et économique. Notre chiffre d’affaires repose à 70% sur la vente de revues nationales et internationales, et à 30% sur la vente des journaux quotidiens. Comment pourrions-nous maintenir notre activité dans le cadre d’une suspension totale de cette dernière avec l’interdiction du papier au Maroc, et la fermeture des frontières qui empêche le passage des revues internationales”, s’interroge le responsable du Syndicat, ajoutant que les bureaux tabac-presse ont également vu leur chiffre d’affaires chuter de 70% pendant le Ramadan.

“Pas de reprise”, dit et redit le responsable du syndicat pour répondre à la décision de la relance du secteur, prévue le 10 juin 2020. Il ne s’agit pas de tenir tête tout court, mais cette action doit être précédée d’un protocole de travail détaillé. “Les conditions actuelles sont différentes et très complexes. La reprise ne peut pas se faire si les mesures de confinement de crise sanitaire sont toujours en place.

Nous travaillons en grande partie avec les cafés, les administrations publiques et les salariés des entreprises… Aujourd’hui l’activité est réduite, voire absente, au niveau de ces secteurs, donc nos clients principaux sont absents pour le moment”, explique Mohamed Chahid. À cette problématique d’une baisse ou d’une absence de la demande s’ajoute la carence enregistrée en terme de mesures sanitaires détaillées pouvant protéger les kiosquiers et leurs clients. “Le papier est manipulé par beaucoup de personnes avant d’arriver aux kiosques. Il est important de comprendre ce circuit complexe, pour poser des règles d’hygiène qui nous protégeront ainsi que tout le monde du Coronavirus”, nous déclare Chahid, insistant sur l’importance de fournir des gels et des masques à tous les commerçants du domaine.

L’AMO, une préoccupation primaire Mis à part les problèmes liés à la reprise de l’activité, les commerçants et vendeurs des journaux et des magazines mènent une autre bataille, celle de la couverture sociale et médicale. En marge de plusieurs réunions avec le ministère du Commerce, les professionnels du secteur sont toujours en phase de dialoguer pour la mise en place d’une formule convenable de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO).

Le Syndicat national des commerçants et professionnels du secteur souhaitent mettre en place à travers des négociations organisées avec le ministère de tutelle, une formule qui soit équitable à travers une cotisation fixée par zoning, par quartiers ou villes. “Nous ne pouvons pas comparer un kiosquier d’un grand boulevard à Rabat ou à Casablanca, à un kiosquier dans un petit quartier à Ouarzazate. Le gain n’est pas le même et l’intensité de l’activité est très différente, c’est pour cela que nous insistons sur l’élaboration d’un projet qui contient quatre tranches et qui tient compte de la position et des revenus de nos professionnels, exactement comme pour la stratégie d’échelle dans la fonction publique”, détaille Mohamed Chahid.

La Taxe professionnelle unique (TPU) reste la solution que proposent et soutiennent les kiosquiers. Cette taxe devra désormais englober la patente, l’IGR et l’AMO, et permettra donc aux vendeurs de bénéficier d’une assurance maladie équitable. Les discussions continuent entre les professionnels et leur ministère de tutelle dans l’attente d’une solution concrète et satisfaisante pour les deux côtés.

Articles similaires