QUESTIONS À KHADIJA HANAA EL AMRANI, MEMBRE DU COLLECTIF SUR LES LIBERTÉS FONDAMENTALES

Khadija Hanaa El Amrani : "L'interprétation et l’exégèse appellent à la raison des humains"


Le projet de révision de la moudawana a été remis samedi 30 mars 2024 par la commission en charge de sa préparation au chef du gouvernement. Qu’attendez-vous de ce texte ?
Nous attendons énormément de choses de cette réforme. Enormément d’avancées et de changements. Certes, il y a les textes de la religion, le Coran et les hadiths du prophète qu’on ne peut toucher. Mais l’interprétation et l’exégèse appellent à la raison des humains. Autrement dit, trouver le juste milieu, concilier entre la religion et les valeurs universelles des droits de l’Homme et ce n’est pas impossible. Ceci pour clarifier cet aspect.

Maintenant pour ce qui est du texte de la moudawana, il y a beaucoup à dire. D’abord, le texte actuel date de 2004. Il y avait certaines avancées. En 2011, il y a la nouvelle Constitution qui a instauré de manière sans équivoque l’égalité homme-femme. Donc, la réforme de la Moudawana se devait d’intégrer cette donne. Autrement dit, harmoniser le nouveau code de la famille avec la Constitution.

Le collectif sur les libertés fondamentales, dont vous êtes membre, a présenté un mémorandum à la commission de révision. Quels échos avez-vous par rapport à vos propositions ?
Le collectif qui regroupe certaines personnalités dont des anciens ministres et députés a présenté un mémorandum de quelque 150 pages. Nous y avons détaillé nos propositions, concernant la garde de l’enfant et la nécessité de préserver l’intérêt de ce dernier, l’héritage et la question de taâssib. Sur ce point, je dois dire que nous devons comprendre taâssib dans son acception la plus large possible et non pas uniquement comme il est d’usage à savoir que l’oncle par exemple devient automatiquement gérant de l’héritage laissé par son frère qui n’a pas d’enfant male. Les filles peuvent hériter leur part (les 2/3) et hériter avec taâssib le tiers restant.


Il y a également la donation et le testament au profit d’un héritier. Certes, la règle de base est qu’il ne peut y avoir de testament au profit d’un héritier. Or, il y a possibilité de le faire à condition que les autres héritiers en soient informés du vivant du testateur et que ledit testament ne soit dénoncé par un héritier après la mort du testateur. Nous avons eu des échos favorables.

Vous avez consacré une grande partie de votre mémorandum à l’enfant né hors mariage ou celui dont les parents sont divorcés. Pourquoi ?
La société marocaine a évolué durant les dernières années. Les femmes ne sont plus cantonnées à la maison. Du moins une large majorité d’entre elles sont sur le marché du travail. Donc la vulnérabilité n’est plus comme il 30 ou 40 ans. Elles peuvent défendre leurs droits devant les juridictions appropriées. Mais l’enfant, lui, est fragile et nous avons donc appelé à lui donner autant de garanties possibles pour qu’il puisse s’épanouir et vivre dans les meilleures conditions possibles. A titre indicatif, pourquoi après le divorce, le papa ne peut voir son enfant qu’une fois par semaine, le dimanche.

Cela pénalise le père certainement, mais traumatise l’enfant de manière assez dure. L’enfant peut voir et rencontrer son papa quand l’un ou l’autre le désire sauf lorsqu’il y a des contre-indications spécifiques. Les enfants nés hors mariage doivent bénéficier des droits les plus larges possibles auprès de leurs géniteurs. Et l’Etat doit garantir ces droits. Au sein du collectif sur les libertés individuelles, nous donnons la pleine mesure à la Moudawana en tant que code de la famille et non de la femme comme on a tendance à le dire. Et je suis persuadée que l’on va bientôt avoir uneMoudawana à l’air du temps, un texte moderniste et respectueux de la religion dans son acception la plus noble.

Articles similaires