Karim Ghellab: "le département de l'eau a été appauvri à cause de changements politiques intempestifs"

Entretien avec Karim Ghellab, ancien ministre de l’équipement et des transports

Ancien ministre de l’Équipement et des Transports pendant 9 ans, Karim Ghellab nous livre dans cet entretien sa vision et ses idées pour une meilleure gestion et gouvernance du département de l’Eau. Cet ingénieur, diplômé de l’École nationale des ponts et chaussées de Paris, regrette l’appauvrissement de ce département stratégique à cause de changements politiques et une insuffisance en termes de planification.

Le Maroc connaît un stress hydrique inquiétant. Les voyants étaient déjà dans le rouge, et ces deux dernières années de sècheresse ont amplifié cette situation. Le secteur de l’eau souffre-t-il d’un problème de gouvernance?

Je tiens tout d’abord à vous rappeler que de 2002 à 2011, lorsque j’étais ministre de l’Equipement et des Transports, je n’avais pas en charge le département de l’eau. Mais je connais assez bien ce secteur pour y avoir contribué dans d'autres fonctions. D'ailleurs, le département de l'eau est passé par une longue période d'instabilité en ce qui concerne sont rattachement gouvernemental. Il a quitté le ministère de l'Equipement en 2002 pour être rattaché à celui de l'Aménagement du Territoire et l'Environnement, puis a été rattaché en 2007 au ministère de l'Energie. Ces changements et ces hésitations n’ont pas été bénéfiques au maintien du cap en matière de gestion de cette ressource rare qu'est l'eau ni pour la poursuite des grands chantiers hydrauliques et d'eau potable du pays. Ils ont aussi contribué à l'affaiblissement des capacités de l'administration de l'hydraulique en terme de ressources humaines, d'organisation et de moyens. C'est une bonne chose qu'en 2016, l'Eau soit revenu à l'Equipement. En effet, avant 2002, les différentes filières techniques du génie civil et des travaux publics (routes, autoroutes, hydrauliques, ports et grands bâtiments publics) s'enrichissaient mutuellement car elles étaient regroupées dans la même maison. Cette masse critique de savoir-faire technique était essentielle et créait une véritable synergie propice à la qualité, à l’innovation et au développement du secteur en question. Quand le département de l’eau s’est retrouvé seul, il s’est appauvri.

Le département de l’Eau devrait donc rester souverain de tout changement politique ?

La gestion de l'eau impose de se projeter sur le très long terme. Pour les infrastructures en général, on peut se projeter sur une vingtaine d’années, mais pour l’eau on doit le faire sur 40 ou même 50 ans. On doit l’encadrer avec des dispositions rigoureuses en matière de planification à long terme. Il ne faut pas qu'il y ait ni de changements intempestifs de politiques, ni de ralentissement. Les pressions budgétaires ne doivent pas sacrifier le secteur de l'Eau au bénéfice de priorités court-termistes ou du moyen terme.

Quelles seraient, selon vous, les leviers à activer afin de rattraper ce retard?

 

Il faut tout d’abord remettre de la rigueur dans le dispositif de planification à long terme, soit 40 à 50 ans. Il faut ensuite convertir cette planification en programmes à mettre en oeuvre, les doter des budgets nécessaires et les réaliser en respectant les calendriers programmés. Ensuite, il faut promouvoir et encourager les partenariats public-privés (PPP), que ce soit pour le retraitement d’eau, les projets de dessalement d’eau de mer, ou encore la distribution de l'eau.


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