Kabylie: En attendant l'indépendance, une première Constitution

Les Kabyles continuent de faire fi du refus du régime algérien de les laisser exercer leur droit à l’autodétermination. Ce jeudi 19 mai 2022, ils ont franchi un nouveau pas en présentant à Paris, où se trouve le gouvernement kabyle en exil, un projet de Constitution, le premier de l’histoire de la Kabylie et qui doit servir de loi fondamentale au futur État une fois l’indépendance acquise. "Écrite au XXIe siècle, cette Constitution devait être exemplaire et consacrer avant tout l’humain,” a notamment insisté le président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), Ferhat Mehenni, présent au moment du dévoilement du texte dans la capitale française.

Concrètement, le projet prévoit que la Kabylie se constitue en tant que république laïque où la liberté de culte serait garantie. La langue officielle en serait naturellement le kabyle, et plusieurs institutions sont d’ores et déjà prévues: un conseil constitutionnel, un haut conseil à la sécurité, un conseil économique, social et environnemental ou encore un haut conseil à la magistrature.

Et il s’agirait surtout d’une république fédérale, donnant une large autonomie à des États fédérés, avec essentiellement au niveau central un parlement bicaméral comprenant une première chambre ainsi qu’un sénat. Selon les explications données au cours de la présentation du projet, deux ans ont été nécessaires au parlement kabyle, également en exil, pour formuler la mouture, et l’idée est qu’elle soit soumise à discussion et, idéalement, de pouvoir faire l’objet d’une adoption référendaire -impossible, toutefois, en l’état, du fait de la répression dont Alger frappe la Kabylie, allant par exemple jusqu’à déclarer, le 23 mai 2021, le MAK en tant qu’organisation terroriste.

Sur le plan international, le peuple kabyle peut notamment compter sur l’appui du Maroc, qui depuis plusieurs années relaie ses revendications au niveau de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le représentant permanent du Royaume au sein de cette dernière, à savoir Omar Hilale, vient d’ailleurs de prendre fait et cause lors du dernier séminaire régional pour le Pacifique du Comité spécial pour la décolonisation, tenu les 11, 12 et 13 mai 2022 dans la capitale de Sainte-Lucie, Castries, contre “l’occupation la plus longue de l’histoire de l’Afrique”, étant donné qu’avant d’être colonisée par l’Algérie la Kabylie l’avait également été avant par l’Empire ottoman et la France. Ce qui a d’ailleurs eu le don d’irriter les responsables algériens, à l’instar du soi-disant “envoyé spécial chargé du Sahara occidental et des pays du Maghreb”, Amar Belani, qui, en réponse aux faits avancés par M. Hilale, n’a rien trouvé de mieux que des insultes, soutenant par exemple que le Maroc avait été fondé par le maréchal Lyautey.