Juvénal Ngorwanubusa: "Je fête, donc je suis". Essai théologique

Entre rires et larmes

Le romancier dépeint dans une langue subtile une Afrique rurale et une autre urbaine, deux faces faussement irréconciliables.

À peine le paysan Birori a-t-il quitté son village natal pour Bujumbura qu’il y brûle de se marier malgré ses moyens dérisoires. Pressé et bravant la coutume, il envisage de convoler avant la levée de deuil définitive de sa mère Inantango. Maniaque de la tradition, son frère aîné Gatuku s’y oppose. Mais après mille péripéties, Birori finit par contracter un mariage dispendieux avec la dénommée Gasenkere aux moeurs dissolues.

Elle ne tarde pas à l’abandonner pour un autre. Déçu par la ville, le délaissé regagne la campagne pour tenter de s’y reconstruire. Commença, alors, une traversée de désert et toute une série de malheurs. Mais la fête des retrouvailles ne remplira pas toutes ses promesses. Birori le découvrira à ses dépens. «Le pauvre Birori qui s’était bercé d’illusions en pensant que le fait d’avoir terminé l’école primaire ou d’avoir roulé sa bosse à Bujumbura lui conférerait le droit et la dignité de sage, doyen de sa colline.

Son espoir était vite douché par les jaloux et les médisants jusqu’à en éprouver une blessure propre inguérissable». Alors, il lui vint une pensée pleine de vanité: devenir mushingantahe. En effet, grâce à son oncle Gateretse, et après plusieurs péripéties, Birori est «devenu possesseur du manteau des Bashingantahe». À partir de cette investiture, il devait, notamment, «trancher tous les conflits et chicanes entre individus et groupes sans se dérober et surtout en bannissant tout favoritisme». Mais lors d’un litige, il avait rendu un jugement qui lui sera fatal. Birori «avait dévoilé le secret des Bashingantahe».

«Connaissant l’issue du procès opposant Biryansumye à Binywambisi, il avait vendu la mèche à une partie». Et c’était impardonnable au regard des engagements pris le jour de son investiture. Suite à cet événement, «l’assemblée des Bashingantahe, siégeant, selon une procédure de flagrance, avait prononcé à l’encontre de Birori la peine maximale: la déchéance du statut de notable.

Il était rétrogradé au rang de mukungu. Sans possibilité de s’amender», nous dit l’auteur. Méprisé par tous, Birori se méprisa à son tour. Pour une fois, il faisait une juste appréciation des événements. En se remémorant les morsures de sa vie passée, il éprouva cette fois-ci l’indicible douleur des déshonorés. Il mettra fin à sa vie. Ainsi, en mettant fin à sa vie, «il venait de poser le dernier acte de son aventure ambiguë et pour une fois, cet acte était courageux. Il s’était ôté la vie par estime de soi», nous dit l’auteur.