La junte Algérienne n'oublie pas de se victimiser

DIPLOMATIE

La voisine de l’Est profite bien de l’appel du Maroc pour l’autodétermination de sa région de Kabylie pour essayer encore une fois de convaincre son monde qu’elle a le beau rôle. Peu convaincant, toutefois.

Ce que le Maroc aurait dû faire, quand on voit la réaction d’Alger à la note du 15 juillet 2021 de son représentant permanent auprès des Nations unies, Omar Hilale, appelant entre autres à l’autodétermination de la région algérienne de la Kabylie: accusation de “dérive particulièrement dangereuse”, rappel pour “consultations” de son ambassadeur, Abdelhamid Abdaoui… Et ce, donc, pour, au final, de simples mots, alors que le Royaume doit depuis bientôt 46 ans faire face dans son flanc saharien à une véritable entreprise de démembrement où Alger finance, abrite, arme et soutient diplomatiquement le mouvement séparatiste du Front Polisario.

Aurait-il, de fait, fallu que depuis belle lurette le Maroc coupe toute relation diplomatique avec sa voisine de l’Est? Cela n’a, en fait, jamais vraiment été dans les “habitudes de la maison”, sachant que depuis novembre 2018 le roi Mohammed VI met sur la table la proposition de mise en place d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation, mais là la junte algérienne peut, en tout cas, se faire une idée sur ce que cela fait de voir l’intégrité territoriale de son pays attaquée.

Cinquième mandat
Bien sûr, il faut d’abord voir dans la réponse de l’État algérien, et ce sans avoir à remonter à l’antiquité romaine comme l’a osé dans son numéro de juillet 2021 la revue de l’armée algérienne, El Djeich, une surenchère dont sont coutumiers ses représentants: c’est en effet même posture victimaire qui avait par exemple amené le président Ahmed Ben Bella à taxer, en octobre 1963, les Marocains d’avoir méprisé les siens alors que les Forces armées royales (FAR) ne faisaient que contre-attaquer à l’incursion des milices du colonel et futur chef de l’État, Houari Boumédiène, dans la province de Figuig.

Et, en particulier, pour le tout nouveau ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, installé le 8 juillet 2021 seulement, c’est aussi une opportunité pour marquer, vis-à-vis de ses supérieurs militaires, son territoire, lui qui avait dû quitter le même poste le 2 avril 2019 au moment où le président Abdelaziz Bouteflika voyait ses velléités de cinquième mandat contestées par la rue.

C’est d’ailleurs M. Lamamra lui-même qui est, en fait, à l’origine de la crise, puisque c’est lui qui, hors de tout contexte, avait mis sur le tapis à une réunion ministérielle du Mouvement des non alignés (MNA) la question du Sahara, avant que donc M. Hilale ne le reprenne. Étant lui-même d’origine kabyle, il serait toutefois mieux inspiré, la prochaine fois, de balayer devant sa porte...