La junte d'Alger dans l'impasse

QUARANTE QUATRE ANS APRÈS LA MARCHE VERTE

La Marche verte, un des événements majeurs du siècle. Elle survivra à toutes les issues qui ne peuvent être qu’une reprise du projet marocain d’autonomie.

C’est connu, les gens du désert ne parlent que lorsqu’ils ont quelque chose à dire. Par contre, nous autres, nous avons bien des choses à leur dire. Surtout en ce 44ème anniversaire de la Marche verte, dont la copie originale remonte au 6 novembre 1975. Un événement qui fait date dans l’histoire du pays, de la région maghrébine, du continent africain et des relations internationales, puisque le dossier est remonté jusqu’à l’ONU, pour y rester depuis plus de quatre décennies. Tout est gigantesque dans cette marche, les participants tout autant que le kilométrage se comptent par milliers. Dénombrés au bas mot autour de 350 mille marcheurs, il fallait bien que ces volontaires soient accompagnés d’une logistique à hauteur du nombre, de la distance et du temps pour la parcourir. Lorsque Hassan II a annoncé l’organisation de cette marche, d’aucuns ont ricané sous cape. Impossible disaient les uns; ridicule, répliquaient les autres. La débandade anarchique est sournoisement prévue comme issue inévitable. Les sceptiques ne comptent pas que la clientèle du café de commerce, mais aussi des salonnards au nationalisme fragile.

Enthousiasme et discipline
Rien de tout cela n’est arrivé. Les forces de l’ordre forcément mobilisées n’ont eu à intervenir que pour raffermir la mise en ordre d’un comportement volontaire et hautement citoyen. C’est ainsi que cette marche a impressionné les observateurs d’ici même et d’ailleurs. Tout ce beau monde en a été pour ses frais et ses ricaneries en sourdine. La Marche verte a bien eu lieu dans l’enthousiasme et la discipline. Dans l’Espagne d’un Franco agonisant; dans ce pays à forte religiosité chretienne, aucune tendance politique, aucun fragment militaire n’a osé faire résonner les armes contre le Coran brandi par les marcheurs. Cette année-là, comme les précédentes, nous donnons l’impression de faire du surplace; à moins que l’on puisse suspendre le temps.

Une justice des braves
À chacun de ses discours à la même date, depuis son intronisation en 1999, S.M. Mohammed VI répond à l’interpellation du temps qui semble être au beau fixe. Comme sous le règne de Hassan II, l’objectif du Maroc a toujours été dit et redit. Il s’agit de casser l’immobilisme qui frappe ce dossier depuis des générations. Il n’est pas nécessaire d’être d’un nationalisme exacerbé, même si ça serait amplement justifié, pour être attaché à l’intégrité de son territoire. Dans ce cas d’espèce, le Sahara marocain n’est pas seul à être concerné, mais aussi des présides du Nord sous occupation espagnole; tels Sebta et Mellilia. Deux colonisations pour le prix d’une, après avoir traversé le pays de l’extrême Nord à l’extrême Sud. Voilà une originalité historique dont le Maroc pouvait bien se passer. Cette particularité, les étrangers qui s’y intéressent font semblant de l’ignorer ou l’ignorent pour de vrai et par manque de curiosité politique. Envers et contre tout, ce sont là des faits qui méritent d’être rappelés inlassablement, jusqu’à ce que justice soit faite pour les ayant-droits à ce territoire. Une justice des braves, sans vainqueurs ni vaincus.

Il est indéniable que la Marche verte a eu de l’effet sur la structure sociologique de la société sahraouie foncièrement tribale. Ce dernier mot est constitutif de cette société, mais pas forcément négatif. Ceci dit, que nos compatriotes se rassurent, ils seront plus que jamais aux commandes de leur région, dans une autonomie proposée par le Maroc et appréciée par l’ONU.

Un conflit artificiel
Depuis l’apparition de ce conflit factice, suscité par l’Algérie, le Maroc a toujours agi dans cet esprit d’ouverture et de dialogue. Les moins jeunes ont en mémoire tout le travail diplomatique mené par Hassan II, qui a été jusqu’à proposer à l’Algérie de Boumedienne un couloir vers l’Atlantique. Une offre à grande signification territoriale ainsi qu’une utilité économique évidente. Cela aurait permis à l’Algérie de sortir de son enclavement méditerranéen par une sortie océanique.

«Mon nationalisme a failli être un paganisme » avait dit le défunt roi lors d’une commémoration de la Marche verte, dont il a été à la fois le concepteur et le réalisateur. Il n’à malheureusement pas trouvé de répondant côté algérien parmi la lignée des généraux qui se sont succédé au pouvoir; pas plus qu’un belliqueux Abdelaziz Bouteflika. S.M. Mohammed VI n’a pas dérogé à cet état d’esprit tout en dialogue et ouverture. Voici un bref extrait de son discours du 6 novembre 2005. «Notre attachement à la marocanité de notre Sahara, avait dit le Souverain, n’a d’égal que notre volonté de trouver pour le conflit artificiel suscité autour d’elle, une solution politique négociée qui confère à nos provinces du Sud une autonomie permettant à leurs populations de gérer leurs propres affaires régionales dans le cadre de la souveraineté du Royaume, de son unité nationale et de son intégrité territoriale».

Diplomatie contre-productive
Le mot autonomie est lâché. Il a pour lui la durée, mais pas la volonté d’esquisser un début de commencement d’application dans le camp d’une Algérie qui préfère une belligérance productrice de discours surannés, plutôt qu’une coopération autour d’intérêts mutuels bien compris. Même si le projet marocain est déposé auprès de l’ONU depuis 2007, l’Algérie n’a pas cessé d’être l’otage de ses propres slogans sous couvert d’un tiers-mondisme totalement dépassé. Le Maroc jouera seul le jeu d’une diplomatie onusienne peu productive, parfois carrément contre-productive.

Pour parer à toutes les spéculations verbales, le Souverain a été jusqu’à dire que «la question du Sahara marocain n’est pas un problème de frontières, mais d’existence». Faut-il d’ores et déjà penser l’après-Tindouf et toute la logistique nécessaire de santé, de logement et de travail? L’heure venue, il faudra bien que le Sahara marocain, terre d’accueil à l’image d’une tradition ancestrale, redouble d’efforts en termes d’équipements et de services publics pour accueillir dans les conditions acceptables nos compatriotes sahraouis. Une tâche qui ne sera pas de tout repos et qui déterminera leur réinsertion.


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