Journée mondiale de la liberté de la presse: Des acquis fragiles

La liberté de la presse au Maroc a connu un coup de frein. Un retentissement à l’international d’affaires de poursuite de journalistes pour divers délits, une grande difficulté d’accès à l’information, quelques agressions physiques… sont, entre autres autant, d’entraves.

La Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai de chaque année, est l’occasion de souligner le rôle que la presse joue dans les moments difficiles et particulièrement cette crise sanitaire.

Au Maroc, la commémoration de cet événement a été marquée par un flux sans précédent d’informations erronées “fake news”. La plupart de ces fausses informations proviennent de médias sociaux ou de ce que l’on appelle journalisme citoyen. La régulation du secteur en ligne devient problématique notamment avec l’émergence de sites d’information non crédibles qui diffusent sans cesse des informations sans avoir à les recouper et vérifier au préalable. Ce qui remet au goût du jour cette question: qui profite de ce chaos médiatique sur internet?

La commémoration de cette journée internationale a été également marquée en 2020 par certaines affaires dans lesquelles des journalistes sont poursuivis pour divers délits, plus ou moins liés à l’exercice de leur profession. Il s’agit, notamment, du journaliste Omar Radi, qui vient de rompre une grève de la faim de deux semaines, entamée au début du Ramadan, et qui est poursuivi en détention dans le cadre d’une scabreuse affaire où s’entremêlent accusation de viol, financements étrangers et intelligence avec une puissance étrangère.

“Affaires de moeurs”
Il s’agit aussi de Soulaimane Raissouni, ancien rédacteur en chef et éditorialiste du défunt quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum», qui est également poursuivi dans le cadre d’une affaire de moeurs. Ces mêmes affaires ont valu au Maroc, pas plus loin que vendredi, la publication d’un article particulièrement critique par le prestigieux quotidien américain The Washington Post. Le hic, c’est que, quel que soit leur issue, ces affaires sont une sorte de mauvaise publicité pour le pays à l’international. Preuve en est la position du Royaume dans le classement de Reporters Sans Frontières (RSF) relatif à la liberté de la presse dans le monde.

Le Maroc a dégringolé au 136ème rang et a ainsi perdu trois places par rapport au dernier classement (auparavant 133ème). La comparaison avec les autres pays du Maghreb montre que la Tunisie est le premier pays à apparaître à la 73ème place sur 180 et a perdu une place par rapport à l’année précédente (auparavant 72ème place), suivie de la Mauritanie à la 94ème place, qui a gagné trois places (auparavant 97ème). L’Algérie est à la 146ème place et conserve sa position de l’année précédente et la Libye à la 165ème place au Maghreb.

Pour le Syndicat national de la presse marocaine, le Maroc possède une presse plurielle qui fait preuve d’une liberté de ton rare dans le monde arabe. Mais elle reste corsetée par la censure et surtout l’autocensure venant de certains patrons de presse pour des raisons économiques. Certains journalistes, pour le SNPM, sont encore poursuivis dans le cadre d’affaires de presse en vertu d’articles de loi autres que ceux de la loi sur l’édition et la presse.

Aussi, note le SNPM, certains journalistes font l’objet d’agressions physiques de la part d’agents d’autorité, et d’attirer l’attention sur l’obstacle que constitue l’accès à l’information au Maroc.