Journée mondiale contre le travail des enfants

Un phénomène qui a la peau dure au Maroc

D’après le Haut-Commissariat au Plan (HCP), plus de 80% de ces enfants viennent du monde rural, 79,5% sont des garçons, et 87,5% sont âgés de 15 à 17 ans.

Le travail des enfants demeure une triste réalité au Maroc. C’est le terrible constat du Haut-Commissariat au plan (HCP) dans son récent rapport sur ce sujet. Ce document publié en marge de la Journée mondiale contre le travail des enfants célébré le 12 juin, révèle que 148.000 enfants de 7 à 17 ans exerçaient une activité économique dans le royaume en 2021. Ce qui représente 2% sur les 7,4 millions individus de cette catégorie.

119.000 habitent en milieu rural, tandis que 29.000 résident dans les villes. Toutefois, précise le HCP, cet effectif a diminué de 26% par rapport à 2019. «Ces enfants sont à 80,4% ruraux, 79,5% masculins et à 87,5% âgés de 15 à 17 ans. En outre 12,1% parmi eux sont scolarisés, 85,7% ont quitté l’école et 2,2% ne l’ont jamais fréquentée. Près de 65% des enfants au travail bénéficient d’une couverture médicale», explique-t-il. Ces enfants travaillent dans les secteurs de l’agriculture, forêt et pêche, principalement ceux des zones rurales où le pourcentage atteint 82,2%, et dans les services (58,4%), l’industrie (24,7%) en milieu urbain.

Le rapport révèle que près de trois quarts des ruraux sont des aides familiales qui exercent en milieu urbain, et 45,2% des enfants au travail des salariés, 27,5% des apprentis et 20,5% des aides familiales. Ces activités économiques ne sont pas sans conséquence sur leur santé. Et pour cause. 59,4% de l’effectif total accomplissent des travaux dangereux, soit près de six enfants sur dix. 73,7% sont ruraux, 88,6% de sexe masculin et 81,9% âgés de 15 à 17 ans. «Les enfants exerçant dans le secteur de l’«industrie» restent les plus exposés aux dangers, avec une part de 90,2%. Cette proportion est de 73,3% dans le secteur des «services», 71,2% dans les BTP, et de 51,1% dans l’«agriculture, forêt et pêche», souligne le HCP.

Dangers
Les enquêteurs se sont aussi intéressés au cadre familial dans lequel évolue ces êtres vulnérables. Ils ont découvert que 109.000 ménages sont touchés par ce phénomène, soit près d’1,3% des ménages marocains, avec respectivement 82.000 dans le monde rural et 27.000 en milieu urbain. Près de 9,5% d’entre eux sont dirigés par des femmes. Le document révèle d’ailleurs une corrélation entre le niveau d’instruction du chef de ménage et le travail de l’enfant. D’après le HCP, le pourcentage des ménages dont au moins un enfant est au travail est de 2% parmi ceux dont le chef n’a aucun niveau d’instruction, alors qu’elle est insignifiante dans les ménages dont le niveau d’instruction est supérieur.

Le niveau social des familles est également un autre facteur qui encourage ce phénomène. «50,4% des enfants au travail sont issus des ménages dirigés par d’exploitants agricoles, 16,6% par de manoeuvres, 21,3% par de cadres moyens, d’employés, de commerçants, de conducteurs d’installations ou d’artisans, et 11,4% proviennent des ménages dirigés par d’inactifs», confirme l’institution d’Ahmed Lahlimi, non sans préciser que le travail des enfants demeure quasi-inexistant dans les ménages dirigés par des cadres supérieurs.