PLUS DE 36 CONFRÈRES ASSASSINÉS PAR L’ARMÉE ISRAÉLIENNE À GAZA

Les journalistes dans la ligne de mire des bombes israéliennes

A la date du mercredi 8 novembre 2023, au moins 36 journalistes ont été tués par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, selon un récent bilan réalisé par la Fédération internationale des journalistes (FIJ) dont le siège est basé à Bruxelles.


Pour l’ONG internationale, Reporters sans frontières (RSF), l’armée israélienne a commis des crimes de guerre effroyables contre les journalistes. C’est pour cela qu’elle avait annoncé, le 31 octobre 2023, avoir saisi la Cour pénale internationale (CPI), où elle avait déposé une plainte qui détaille les cas de 9 journalistes, dont 8 Palestiniens, sauvagement assassinés depuis le déclenchement de l’offensive contre la bande de Gaza. Une première dans l’histoire de la CPI, puisque celle-ci ne peut, en principe, être saisie que par les États, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) ou encore par le procureur de la cour. La plainte de RSF mentionne également la destruction intentionnelle, totale ou partielle, des locaux de plus de 50 médias à Gaza.

“L’ampleur, la gravité et la récurrence des crimes internationaux visant les journalistes en particulier à Gaza appellent une enquête prioritaire du procureur de la CPI. Les événements tragiques en cours démontrent l’extrême urgence de sa mobilisation», estime, ainsi, le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Selon le décompte de RSF, 34 journalistes ont été tués depuis le début du conflit, dont au moins douze ont trouvé la mort dans l’exercice de leur activité (11 à Gaza et un au Liban). Quant à la Fédération internationale des journalistes (FIJ), dont le siège est basé à Bruxelles, elle estime à 36 le nombre des journalistes tués par l’armée israélienne. Un chiffre qui pourrait être rapidement revu à la hausse vu les bombardements intensifs sur la bande de Gaza.

La FIJ cite dans un document en ligne tous les noms des journalistes assassinés, qui sont Palestiniens pour la plupart, ainsi que les supports médiatiques pour lesquels ils travaillaient. Dans un échange avec Maroc Hebdo, le secrétaire général de l’ONG internationale, Anthony Bellanger, estime que seuls les journalistes palestiniens fournissent informations et images aux médias internationaux car “la bande de Gaza est devenue une prison à ciel ouvert c’est-à-dire que personne ne peut y entrer et personne ne peut en sortir”. Autre chiffre rendu public, c’est celui établi le 31 octobre 2023 par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York. Selon ce dernier, ils sont plutôt 31 journalistes tués dans la bande de Gaza. Pour cette organisation, c’est le bilan le plus meurtrier pour des journalistes couvrant le conflit au Proche-Orient depuis sa création en 1981. Les trois organisations internationales ne manquent pas d’évoquer le risque particulièrement élevé encouru par les journalistes présents dans la bande de Gaza.


Risque élevé
Outre les bombardements aériens auxquels ont succédé récemment des opérations au sol de l’armée israélienne, les conditions de vie et de travail des journalistes sont devenues extrêmement difficiles. L’approvisionnement en eau est limité et les communications Internet ont été coupées pendant plusieurs jours avant de procéder à leur rétablissement occasionnel.

Outre les morts et les blessés, les trois organisations ont aussi fait état d’attaques continues, arrestations, menaces, censure et meurtres des proches des journalistes présents sur place. Parmi eux le célèbre journaliste Wael Al-Dahdouh, correspondant de la chaine qatarie Al-Jazeera, dont toute la famille, notamment sa femme et ses deux enfants, ont été décimés par une frappe israélienne, le mercredi 25 octobre 2023. Un acte criminel dénoncé par la communauté des journalistes dans le monde et pour lequel aucune enquête n’a été ouverte. Pour beaucoup, les journalistes d’Al-Jazeera sont dans l’oeil de l’armée israélienne qui les cible en réaction à la ligne éditoriale de cette chaîne connue historiquement pour prendre la défense de la résistance palestinienne contre l’occupation israélienne. Mais ce ne sont apparemment pas les seuls journalistes ciblés par l’armée israélienne. Selon une récente enquête de RSF après l’assassinat du journaliste libanais, Issam Abdallah, dans le Sud du Liban, le 13 octobre 2023, ce dernier ainsi que six autres journalistes dont, deux de l’Agence France- Presse (AFP), blessés, ont bien été ciblés par les forces de l’État hébreu.

L’organisation indique par ailleurs que “selon l’analyse balistique diligentée par RSF, la zone de provenance des tirs se situe à l’est de l’endroit où le groupe de journalistes et leurs véhicules ont été pris pour cible, où se trouve la frontière avec Israël”. Les autorités libanaises ont accusé Israël d’être responsable des frappes. L’AFP comme l’agence britannique Reuters avaient demandé aux autorités israéliennes de mener «une enquête rapide, approfondie et transparente ». Mais cette enquête n’a jamais vu le jour. Une chose est sûre, en tout cas: en tuant les journalistes alors qu’ils sont en plein exercice de leurs fonctions ainsi que leurs proches, Israël viole en toute impunité le droit international et commet des crimes de guerre effroyables. La question qui se pose: la CPI se penchera-t-elle sur la plainte déposée par RSF? Rien n’est sûr pour le moment.

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