Jonathan Scott : "Dans cette affaire de Pegasus, le Maroc est injustement ciblé"


Malgré l’absence de preuves tangibles de l’utilisation du logiciel espion Pegasus par le Maroc, comme le prétendent Amnesty International et Forbidden Stories, le parlement européen et certains acteurs politiques continuent à y croire dur comme fer. Jonathan Scott, expert en cybercriminalité, auteur de l’étude publiée le 18 février 2023, revient sur les faiblesses méthodologiques des supposées conclusions de l’enquête du groupement de journalistes, ainsi que sur les motivations qui sont derrière.

Le 15 juin 2023, le parlement européen a demandé à l’Espagne une «enquête complète sur l’espionnage à l’aide du logiciel Pegasus de plusieurs membres du gouvernement par le Maroc». Malgré les failles évidentes de l’étude de Fobidden Story. Que pensez-vous de cela ?
Il s’agit d’une injustice pure et simple contre le Maroc. Le parlement européen est mal-informé. Les données qui lui sont fournies sont inexactes et incomplètes, notamment par rapport aux faux positifs (ndlr : détection erronée d’un malware). L’opacité des études de Forbidden Stories concernant ces anomalies, qui doivent pourtant être annexées à toute étude scientifique sérieuse, est ici une faille énorme dans la méthodologie de la soi-disant étude. Car si le grand public et les dirigeants politiques étaient informés quant aux fausses détections, cela changerait le cours du «storytelling » des supposés enquêteurs, et ainsi exposer leur biais volontaire.

Dans le cas du supposé espionnage du téléphone des journalistes comme Claude Mangin et Omar Radi, vous dites qu’il s’agit d’un «hoax». Pourquoi ?
Les événements récents révèlent que les enquêtes menées par Citizen Lab et Amnesty International manquent considérablement de rigueur. Plus précisément, il est apparu que les résultats d’investigation mobile utilisés pour soutenir la allégations de logiciels espions Pegasus sur ces deux journalistes ont tout bonnement été falsifiés, au moyen de plusieurs faux positifs qui n’étaient pas divulgués par les chercheurs. Quand les membres du gouvernement marocain ont demandé des preuves tangibles, Amnesty a tout simplement refusé. Ce qui est encore plus intriguant, c’est que la méthodologie entière de cette étude qu’ils présentent afin de détecter une infection Pegasus, concerne les cas marocains. Je peux le dire en toute confiance: le Maroc est évidemment ciblé.

53% de la data présentée est relative au Maroc. Ce n’est pas de la science ici, c’est une orientation pure et simple d’une supposée recherche en un instrument d’attaque politique. Quand on veut prouver un cas d’espionnage et d’atteinte à la cybersécurité, il y a une traçabilité qui articule les faux-positifs et les vrais-positifs. Ce qui est complètement absent de la supposée investigation du Citizen Lab, qui contient des chaînons manquants. Dans le cas d’Omar Radi, il y a carrément deux blocs de données pour un seul et même événement, et c’est ce que j’ai expliqué dans mon dernier rapport technique. Il s’agit de deux horodatages pour une seule soi-disant tentative d’espionnage. Pour faire simple, c’est comme si l’on disait qu’un seul crime est arrivé en deux laps de temps différents, ce qui défie toute logique. Et c’est présenté tel quel au parlement européen. Ce qui pousse à se poser la question si cette institution dispose d’analystes techniques.


Il y a également la question des indicateurs de compromission qui sont devenus caducs…
En juin 2021, Amnesty International a reconnu que ce qu’elle considère comme un indicateur de compromission comme étant Pegasus n’en était finalement pas un. Il s’agissait d’un simple logiciel IOS au sein d’un IPhone. Amnesty l’a alors discrètement ôté de ses indicateurs du logiciel espion. Cet évènement est particulièrement important, car cela a eu un impact sur les enquêtes cas présumés d’infection à Pegasus pour Omar Radi et Claude Mangin.

A votre avis, pourquoi le Maroc est ouvertement ciblé par cette campagne médiatique et politique ?
Il suffit de voir les financements. Amnesty et Citizen Lab reçoivent beaucoup de fonds de la part de l’Open Society de Geroges Soros, qui est connue pour être un facteur de déstabilisation pour beaucoup d’Etats, mais également par la Fondation Ford. Cette dernière voit très mal le lien fort entre le Maroc et Israël et est connu pour être épinglée, notamment par le congrès américain, pour subventionner les mouvements antisémites. En plus de leur méthodes de validation douteuses, le conflit d’intérêt résultant du financement de ces organisations reçoivent du même institutions sur lesquelles ils sont chargés d’enquêter soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’intégrité de leurs découvertes. Cela comprend un soutien financier d’institutions telles que la Fondation Ford mais également la Fondation MacArthur, qui ont tous deux financé The Citizen Lab et Amnesty International dans leurs supposées investigations sur Pegasus. Ce conflit d’intérêts remet en cause l’impartialité de leurs enquêtes et porte atteinte à la crédibilité de leurs recherches.

Cela pose le problème de la “toute puissance” actuelle des ONG…
Le mépris de procédures juridiques et techniques a permis à certaines organisations de devenir leur propre système judiciaire, exempt de règles de procédure pénale et non requis fournir des preuves vérifiables de leurs accusations. Un tel viol des fondations de nos systèmes de justice collective pose une grave menace pour la science et la géopolitique. Pour lutter contre la propagation de la peur, de l’incertitude et le doute, un effort de collaboration est nécessaire entre scientifiques, analystes géopolitiques et professionnels du droit pour équiper le gouvernement et les organisations avec les outils nécessaires et expertise pour répondre efficacement aux faux accusations et sensationnalisme.

Beaucoup se posent la question de la motivation derrière ce travail de détricotage des méthodes de Forbidden Stories. Pourquoi un tel intérêt ? Etes-vous un lobbyiste au service de l’Etat marocain ?
La seule chose qui m’importe est la vérité. Le Royaume du Maroc est injustement traité de dictature et de régime totalitaire et répressif, ce qui est évidemment faux. L’agenda politique prend aujourd’hui une forme prépondérante dans les enquêtes journalistiques de cette sorte, et en cela, on ne dessert pas seulement, et de manière injuste, le Maroc, mais également d’autres pays qui peuvent se retrouver au centre de fausses accusations. Et pour répondre à votre deuxième question, non, je ne suis ni un agent d’influence, ni un lobbyiste, et je n’ai touché aucun dollar de la part du gouvernement marocain.

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