LE JOCKER DES MOMENTS DE CRISE

LE TOURISME INTERNE, PARENT PAUVRE DES VISIONS 2010 ET 2020 DU SECTEUR

Une fois encore, le débat est lancé autour du rôle que le tourisme interne a à jouer dans cette crise qui frappe de plein fouet le Maroc. Le recours aux nationaux ne doit pas être considéré comme un simple palliatif au moment des crises.

Rappelez-vous, en 2003, au moment de l’apparition du SARS et suite à l’attentat terroriste du 16 mai perpétré à Casablanca, en 2009, au lendemain de la crise financière internationale, et en 2012, au lendemain de l’attentat à la bombe actionnée à distance qui a visé le café Argana situé à la place Jemaa El-Fna à Marrakech, qui a sauvé le secteur du tourisme d’un marasme asphyxiant? N’est-ce pas le tourisme interne? Considéré toujours comme un jocker ou un dernier recours lorsque tout va mal, le tourisme interne n’a jamais été la priorité n°1 des professionnels du secteur, des tours opérateurs et des hôteliers en premier lieu.

Disons les choses sans détours. La vérité est parfois blessante. Mais elle a le mérite de nous remettre en question. Les hôteliers préfèrent un touriste étranger qui paye 200 euros pour une semaine tout compris à Marrakech ou Ouarzazate plutôt qu’un touriste national qui, lui, paye le prix fort pour un service moins bon et un accueil fade. Et puis, on ne pense jamais à des formules alléchantes pour les familles marocaines dont le pouvoir d’achat est moyen. Pourquoi ressusciter aujourd’hui ce débat ancien? Car il est d’actualité. Il bat son plein au sein de la profession et des autorités responsables du secteur qui, au passage, n’ont rien fait pour aider les professionnels à se préparer à l’après-Covid-19.

Revoir les règles du jeu
Cette crise sanitaire a affecté certes toute l’économie mondiale, et son impact ne sera pas de la même intensité dans tous les pays en raison notamment de l’importance des plans de relance mis en place et des sommes colossales mobilisées. Aussi, compte tenu de la structure de l’activité touristique de chaque destination, les pays de l’OCDE, pour qui le tourisme interne représente en moyenne 75% des dépenses du tourisme, seraient moins touchés que le Maroc dont l’activité dépend à plus de 78% du tourisme international (chiffres de 2019). Le constat est sans appel, il est impératif que le Maroc révise son modèle de développement touristique.

«Les nationaux vont certainement servir le 4ème joker pour sauver l’activité du secteur (après ceux déjà servis en 2003, 2009 et 2012). Après quoi, il faut redistribuer les cartes pour une nouvelle partie et revoir les règles du jeu», nous confie Zoubir Bouhoute, directeur du Conseil provincial du tourisme de Ouarzazate. Pour lui, le recours aux nationaux ne doit pas être considéré comme un simple palliatif au moment des crises, jetable dès la reprise des arrivées internationales, il doit constituer le noyau dur de la future stratégie touristique. Ce même tourisme interne que la stratégie du secteur depuis au moins deux décennies (visions 2010 et 2020) a délibérément marginalisé, voire délaissé, au profit du tourisme international.


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