Jeunes et politique au Maroc: Le malentendu

Presque 45% des jeunes Marocains ne font pas confiance aux partis politiques. C’est ce que révèle un récent sondage réalisé par un doctorant marocain. Une statistique qui interpelle à deux mois des joutes électorales.

La méfiance de la jeunesse marocaine envers la politique demeure une triste réalité. Une nouvelle étude vient de la prouver. Ce sondage a été réalisé auprès de 1.516 jeunes âgés de 18 à 40 ans, dont 1.189 citadins et 308 résidant en milieu rural, par Mustapha Taj, dans le cadre de sa thèse de doctorat en droit public et sciences politiques à l’Université Ibn Tofail de Kénitra. On y apprend que 63,4% se disent apolitiques et 44,7% des sondés déclarent ne pas faire confiance aux partis politiques.

L’auteur a essayé de tâter le pouls de cet échantillon à deux mois des élections. Les résultats du diagnostic en disent long sur ce désamour pour la gestion des affaires de la cité. 70% des jeunes n’appartiennent à aucun des quelque 34 partis qui participeront à ces joutes électorales, seuls 30% seront au rendez-vous avec leurs chapelles politiques respectives. Des statistiques qui expliquent, selon lui, le taux d’abstention élevé lors des précédentes élections.

Pour rappel, 7% des Marocains âgés de 18 à 25 ans étaient inscrits sur les listes électorales en 2015. Seuls 3% de cette tranche d’âge y figuraient à la date du 31 mars 2020, contre 19% pour la tranche 25-34 ans, selon les données du ministère de l’Intérieur. Pis, la majeure partie pensent que ces futurs scrutins n’apporteront aucun changement car, selon eux, il existe un fossé considérable entre les promesses des politiciens et leurs actes.

Réformer le système éducatif
D’après le chercheur, 76,5% ont un niveau universitaire, 12,1% un niveau secondaire et 0,7% un niveau primaire. La plupart des jeunes voudraient que l’Etat les soutienne davantage dans leurs études, en leur garantissant un bon système éducatif, et dans l’entrepreneuriat, et 29% plaident pour la création d’emplois dans la fonction publique. Concrètement, 61,5% préconisent la réforme du système éducatif, 15,1% souhaitent une réforme de la santé, et 13,4% celle de l’emploi.

Dans ce lot juvénile, 44% estiment que les jeunes doivent intégrer les partis politiques pour contribuer au développement économique du Maroc, loin des 12,5% qui croient que la protestation dans la rue est le seul moyen pour faire bouger les lignes. 3% eux ne se limitent pas uniquement à dénoncer les maux de la politique marocaine, ils s’activent dans la société civile pour énoncer des propositions qui pourraient stimuler les changements évoqués par leurs concitoyens.

Afin de lutter contre cette désaffection des jeunes à l’égard de la politique, quatre Marocains âgés de moins de 30 ans ont lancé, depuis le 3 décembre 2020, un collectif dénommé «Aji Souwet» (viens voter) pour les encourager à participer massivement aux prochaines élections. «Nous sommes un groupe de jeunes ayant l’amour pour la patrie. Nous avons créé ce mouvement pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales durant la période du 1er au 31 décembre 2020, après avoir constaté que beaucoup d’entre eux refusaient d’effectuer cette démarche», nous avait confié Nassereddine Akel (29 ans), coordonnateur national du mouvement, dans notre numéro 1.385 (12-18 mars 2021).

Il nous déclarait que beaucoup de jeunes qui ont été approchés par le collectif pensent que les partis de politiques n’ont pas de programmes qui leur sont dédiés et qu’ils ne s’intéressaient à eux qu’à la veille des élections. Le collectif, qui se dit apolitique, a pu convaincre des jeunes à s’inscrire sur les listes électorales, constatant que bon nombre d’entre eux ne connaissaient pas le fonctionnement du gouvernement, des partis politiques et des grandes institutions comme le parlement.

«Nous avons rencontré presque tous les partis politiques pour les inciter à donner toutes ces informations aux jeunes pour les encourager à s’investir dans la politique», avait-il indiqué. La balle est dans le camp des politiques...