Forte participation des jeunes aux élections: Fin du désamour avec la politique ?

L’engouement des jeunes observé lors des dernières élections contraste avec le désamour qui a longtemps caractérisé leur rapport avec la politique. Une réconciliation motivée par plusieurs facteurs.

Une agréable surprise. C’est certainement le sentiment le mieux partagé chez de nombreux observateurs de la scène politique nationale après l’annonce d’un taux de participation de 50,18% lors des dernières élections législatives. D’abord parce qu’on vit dans un contexte pandémique, ensuite à cause du désamour des jeunes vis-à-vis de la chose politique, une réalité maintes fois confirmée par des enquêtes et sondages d’opinion.

Une sorte de réconciliation après plusieurs années de désaffection. Othmane Bentaouzer, membre du centre de recherches Tafra basé à Rabat depuis 2014, et spécialisé dans la vulgarisation du travail des institutions marocaines auprès du grand public, ne s’attendait pas à un tel engouement, après la baisse des taux de participation et d’inscription notée lors des élections depuis 2002. «Il s’agit d’un record historique qui va à contre-courant d’un contexte international marqué par une méfiance de plus en plus grandissante des citoyens vis-à-vis des institutions représentatives», remarque-t-il.

Au total 8,7 millions d’électeurs se sont déplacés dans les urnes, dont probablement des millions de jeunes, sachant que 3 millions de primo-votants, âgés de 18 à 22 ans, étaient inscrits sur les listes électorales, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Mais, concrètement, quelles sont les raisons qui pourraient expliquer cette forte affluence des jeunes dans les centres de vote? «Le taux de participation aux dernières élections montre d’abord que les citoyens manifestent toujours un intérêt pour la chose publique.

Le contexte sanitaire a contraint les partis à changer leurs stratégies de mobilisation durant la campagne électorale et à investir massivement les réseaux sociaux pour faire campagne et véhiculer leurs programmes électoraux. Ce mode de communication intéresse beaucoup de personnes, notamment les jeunes», explique notre interlocuteur.

Des responsabilités aux jeunes députés
Depuis plusieurs mois, et jusqu’à la veille des élections, des associations s’étaient mobilisées sur les réseaux sociaux pour inciter les jeunes à participer au scrutin. C’est le cas du collectif «Aji Souwet» (viens voter) lancé le 3 décembre 2020 par quatre Marocains âgés de moins de 30 ans. Ce vote massif des jeunes, ils s’en réjouissent. «Nous avons développé plusieurs actions de sensibilisation et d’information sur les programmes des partis politiques, et avons réussi à créer une proximité entre ces derniers et le grand public à travers des émissions en live sur les réseaux sociaux avec les présidents des organisations de jeunesse, notamment Instagram.

Toutes ces initiatives ont visiblement eu un impact auprès des jeunes, et nous en sommes très satisfaits», nous déclare Nassereddine Akel, coordonnateur national du mouvement. Toutefois, le collectif ne souhaite pas se limiter là. Il prévoit d’effectuer un suivi des promesses électorales des partis arrivés en tête à l’issue de ces élections, notamment le Rassemblement national des indépendants (RNI). «On prévoit de faire un suivi de ces promesses, notamment celles qui concernent les jeunes. On attend juste la formation du gouvernement pour entrer en contact avec les partis politiques qui le composent pour les mettre en contact avec les jeunes via nos plateformes digitales », nous confie-t-il.

Le centre Tafra avait également lancé des initiatives telles que «L’encyclopédie des partis au Maroc» depuis le Protectorat, le portail «Nkhtar2021», qui présentait les candidats et les programmes électoraux des différents partis en lice, ainsi que la plateforme «Mountakhaboun», qui permet aux citoyens de connaitre les élus qui les représentent au sein des conseils communaux et à la Chambre des représentants.

Après l’engouement, place aux attentes. «On attend avec impatience de connaitre les responsabilités qui seront confiées aux jeunes au parlement. Ils doivent être des acteurs et non de simples figurants dans l’Hémicycle. Une marque de confiance qui va rassurer davantage les jeunes et les inciter à s’intéresser davantage à la politique », martèle M. Akel.

Même son de cloche chez Othmane Bentaouzer, doctorant à l’université Mohammed V de Rabat, qui prépare actuellement une thèse sur le comportement parlementaire, autrement dit l’évaluation des actions des parlementaires durant une législature. «L’élection de ces jeunes à la Chambre des représentants constitue une première étape. Il faut patienter un peu pour évaluer le rôle qui leur sera attribué au sein des différentes commissions parlementaires».

Une évaluation qui, selon lui, ne pourrait se faire sans la publication d’un certain nombre de données sur le travail accompli par eux dans un format exploitable pour les chercheurs et les citoyens. «Nous disposons aujourd’hui d’outils scientifiques permettant d’évaluer la performance d’un député. Mais ces outils nécessitent des données comme le nombre d’amendements proposés, de lois votées, de questions posées, d’heures de présence, etc.», constate-t-il.

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