Jamais sans mon Sahara

"Pour le Maroc, son Sahara n’est pas à négocier. Le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps."

“La situation est difficile. Rien n'est encore tranché. Les manoeuvres des adversaires de notre intégrité territoriale ne vont pas s'arrêter, ce qui pourrait placer notre cause devant des développements décisifs”: c’est en ces termes que ce 11 octobre 2013, le roi Mohammed VI s’exprime devant les deux chambres du parlement. Quelques mois plus tôt, le Maroc venait de recevoir un coup dur de la part des États- Unis: leur représentante permanente à l’Organisation des Nations unies (ONU), Susan Rice, s’était fendue, au niveau du Conseil de sécurité, d’une proposition de résolution étendant le pouvoir de la Minurso, la mission de paix de l’ONU dans la région du Sahara, à la surveillance des droits humains.

Souveraineté pleine et entière
Ce qui ouvrait la voie à l’instrumentalisation de ces derniers par les adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc et, surtout, à un début de séparation de fait des provinces du Sud. Suite à la vive réaction du Royaume, qui mobilisera notamment ses partis politiques, le pays de l’oncle Sam finira par revenir sur ses pas et accusera une initiative solitaire de Mme Rice, mais l’appréhension est donc, quelques mois plus tard, encore de mise chez le Souverain et s’avérera d’ailleurs légitime quand, en mars 2016, le propre secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, va jusqu’à parler d’“occupation” par le Maroc de son Sahara.

D’où la question: comment le Maroc en est-il arrivé, après toutes ces années, à remporter la bataille de son intégrité territoriale? Car il faut être vraiment naïf pour croire que l’on pourra un jour revenir à la situation d’avant; celle où, concrètement, le spectre d’une séparation du Sahara marocain pouvait vraiment se poser.

Aujourd’hui, pas moins de vingt-quatre pays comptent des consulats dans la région, y compris ces mêmes États-Unis qui n’étaient donc pas tellement chauds à y reconnaître la souveraineté pleine et entière du Maroc; le nombre d’États à avoir encore des relations avec la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), au nom de laquelle le mouvement séparatiste du Front Polisario revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne, se réduit d’année en année -une trentaine seulement, actuellement-; et quant à la question du soi-disant référendum d’“autodétermination”, elle n’est plus d’actualité que dans la bouche de la diplomatie algérienne.

Comme l’a résumé le roi Mohammed VI dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2021, “le caractère (...) du processus politique en marche” est “irréversible”. “Il est voué à mettre en place une solution définitive fondée sur l’Initiative d’autonomie, sous souveraineté marocaine,” a-t-il insisté. A posteriori, cet épisode de la Minurso de 2013 semble, en vérité, avoir été salvateur, en ce sens qu’il a définitivement réveillé le Maroc.

Dans les années auparavant, la diplomatie nationale semblait, ainsi, presque se complaire dans le statu quo, du moment que le Royaume maintenait son contrôle effectif sur son Sahara et qu’en plus la population marocaine, si l’on excepte certains rares pro-séparatistes d’extrême gauche comme on en trouve encore dans le parti d’Annajh addimocrati, a toujours été vouée corps et âme à sa première cause.

Redéploiement africain
Un changement de doctrine commence à se manifester au cours des années 2015- 2016, avec d’abord le rapprochement avec l’Inde, la Russie et la Chine: le roi Mohammed VI s’y rendra, coup sur coup, en visite officielle, et proclamera au premier sommet Maroc-Pays du Golfe, en avril 2016 en Arabie saoudite, son droit “à diversifier ses partenariats, tant au niveau géopolitique qu’au plan économique”.

Mais c’est surtout le redéploiement africain du Maroc qui est le plus évident: il est déjà perceptible au cours de cette même fatidique année de 2013, quand le roi Mohammed VI effectue, au mois de mars, une tournée au Sénégal, en Côte d’Ivoire et Gabon exercice systématique réédité au cours des quatre années suivantes-, ou quand il assiste, en septembre, à l’investiture du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, où il prononce un discours. En juillet 2016, néanmoins, c’est le coup de tonnerre: le Maroc officialise son intention de retrouver les instances continentales et plus particulièrement l’Union africaine (UA).

Fin de la politique de la chaise vide
Celle-ci, héritière de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont le Royaume fut un des pays fondateurs en mai 1963 et dont il se retire en novembre 1984 suite à l’admission de la “RASD”, vote officiellement pour son retour en janvier 2017, après plusieurs mois d’une bataille diplomatique acharnée où l’Algérie, bien sûr, et l’Afrique du Sud, par le biais de sa diplomate et présidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini- Zuma, font tout pour l’en empêcher.

Ainsi donc prenaient fin près de 23 ans de politique de la chaise vide, avec les résultats que l’on sait désormais: l’UA n’est plus cet instrument de la diplomatie algérienne qui pouvait, en juillet 2014 encore, nommer un soi-disant “envoyé spécial” au Sahara marocain, en la personne de l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano, et le Maroc a tellement pris ses aises que le premier directeur général de la commission de l’UA n’est autre qu’un diplomate marocain, en l’occurrence Fathallah Sijilmassi -qui doit d’ailleurs entrer en fonction à partir du 1er décembre 2021.

Avec beaucoup de perspicacité, aussi, le Maroc s’est en même temps ouvert à de nombreux pays hostiles pourtant à l’intégrité territoriale nationale: on pourrait citer le Rwanda, la Tanzanie, l’Éthiopie et le Ghana, où le roi Mohammed VI a effectué, en diverses occasions, des visites en 2016 et 2017, et bien évidemment le Nigeria, qui constituait pourtant auparavant avec l’Algérie et l’Afrique du Sud le fameux trio africain favorable à la séparation du Sahara marocain et qui, aujourd’hui, s’apprête à inaugurer avec le Maroc un projet de gazoduc devant bénéficier à l’ensemble des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) -à laquelle, rappelons-le, le Royaume souhaite toujours officiellement adhérer depuis février 2017.

Enfin, le point d’orgue a sans doute été la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, le 10 décembre 2020, ponctuée, en même temps, par le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, également à citer dans la liste des nouveaux partenaires du Maroc.

Cette montée en puissance du Maroc, puisque c’est ainsi qu’il faut la nommer, ne manque évidemment pas, ceci dit, de lui valoir des ennuis: renvoyons, à cet égard, à cette déclaration d’octobre 2014 du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Salaheddine Mezouar, qui avait mis en relation les réussites du Royaume en Afrique avec la crise diplomatique ouverte alors avec la France suite à la tentative de convocation par la justice française du directeur général de la Direction générale de la surveillance du territoire national (DGST), Abdellatif Hammouchi, pour une sombre affaire de torture.

Montée en puissance
Et beaucoup avaient aussi vu un lien de cause à effet entre la mise en place, au cours de la visite royale de mars 2016, du partenariat stratégique profond du Maroc avec la Russie et les propos de Ban Ki-moon au sujet de l’intégrité territoriale nationale. Mais les réussites sont aujourd’hui, il faut le reconnaître, éclatantes; à telle enseigne que l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) en était venu, en novembre 2020, à évoquer de prétendues “ambitions hégémoniques” marocaines qui susciteraient un déséquilibre en faveur du Maroc au Maghreb.

Ce qu’il y a, toutefois, de vrai dans l’histoire, et ce comme le répète souvent le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, c’est que le Maroc d’aujourd’hui n’est effectivement plus celui d’hier, et que les autres pays se doivent d’en prendre acte. On peut notamment penser à des pays européens comme l’Allemagne et l’Espagne, avec lesquelles des crises ont eu cours à partir de mars 2021 en raison de leur hostilité à l’intégrité territoriale du Maroc; mais c’est le cas, à vrai dire, de tout le monde. “À ceux qui affichent des positions floues ou ambivalentes, nous déclarons que le Maroc n’engagera avec eux aucune démarche d’ordre économique ou commercial qui exclurait le Sahara marocain,” a notamment averti le dernier discours de la Marche verte. Suivez mon regard...