RETOUR SUR LA CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION DU “DOCUMENT POLITIQUE” D’AL ADL WAL IHSANE

La "Jamaâ" vient-elle de lâcher ses “alliés objectifs”?

Présenté le 6 février 2024 à Rabat à la presse nationale, et surtout en présence d’un parterre de personnalités réputées pour ses liens tendus avec les autorités marocaines, le “document politique” d’Al Adl Wal Ihsane a provoqué une vague d’interrogations et de spéculations.


Une vue de l’assistance.


Il est presque 17 heures tapantes, ce mardi 6 février 2024, à Hay Al Fath de Rabat. Rien ne laisse présager que c’est derrière les murs de l’une des belles villas endémiques de ce quartier calme où règne un silence religieux 24h/24, que sera faite l’une des annonces les plus fracassantes du paysage politique marocain de ces dernières années.

Ce soir, la confrérie de Al Adl Wal Ihsane, mouvement non autorisé d’obédience islamiste et principal force d’opposition du pays, dévoile son nouveau “document politique”, un livre de 195 pages dans lequel la Confrérie opère un diagnostic assez détaillé des “maux” politiques, socioéconomiques et sociétaux du Maroc et, surtout, propose pas moins de 777 mesures pour y remédier. “Surprenant ! La Jamaâ, c’était toujours la contestation et la confrontation avec le pouvoir. Là, ils proposent.. c’est un tournant historique”, s’étonne le dirigeant d’une association présent sur place tout en feuilletant rapidement le document en question dont des dizaines des copies sont distribuées aux invités qu’ils n’accèdent à la salle où se déroule la conférence de présentation.

Comme le veut bien la tradition chez la mouvance islamiste marocaine, le coup d’envoi ne peut être donné sans la récitation de quelques versets du Coran, devant un public où femmes et hommes sont répartis dans deux colones distinctes. “Commencer par des versets du coran, les deux sexes séparés par un bon petit mètre. Ils ont beau changer d’approches politiques, mais il y a des petites habitudes qu’ils garderont toujours”, lance, dans un ton blagueur, un des journalistes présents.

Leadership mobilisé
Par la suite le leadership du “Cercle”, bras politique de la Confrérie, présent au complet pour témoigner de la haute importance de l’événement, prend la parole un par un. Abdelouahed Moutawakil, secrétaire général du Cercle, ouvre le bal pour expliquer le choix de ce moment exact pour dévoiler ce document politique, avant de céder la parole à son second, Mohamed Moutawakil et à d’autres membres du secrétariat général du Cercle, en l’occurrence Aman Jaroud, Omar Iharchane et Mohamed Baske Manar pour expliquer le contenu de ce document inédit aux allures de programme électoral.


“Al Adl Wal Ihsane s’apprête-t-elle à créer un parti politique et participer aux élections?”, “Al Adl Wal Ihsane s’adresse-t-elle aux plus hautes sphères de l’État pour négocier un terrain d’entente?”, “Al Wal Ihsane a-t-elle abandonné ses convictions concernant la nature du régime politique à mettre en place?”: dans la salle, les questions fusent, parfois dans un ton de déception et de reproche, au sein d’une assistance qui compte de nombreuses personnalités issues du camp islamiste, de la gauche radicale ou encore des ONG de défense des droits humains, connues pour leurs rapports pour le moins conflictuels avec les autorités marocaines. Maati Monjib, Fouad Abdelmoumni, Mustapha Moâtassim, Khadija Ryadi, Ahmed Ouihman pour ne citer que ceux-là.

Interrogations et spéculations
Face à ces interrogations qui s’apparentent plus à des craintes sur un éventuel changement radical des positions de la “Jamaâ” concernant les grandes revendications politiques, Mohamed Baske Manar et ses frères tentent d’être le plus rassurants possible: la Confrérie continue à réclamer une nouvelle Constitution sur des bases “réellement démocratiques”. et ne prévoit pas de créer un parti politique dans le contexte actuel ni de participer aux élections.

Seulement, les deux heures d’explication et de débats n’ont fait qu’accentuer les interrogations et les spéculations, plutôt que donner des réponses. “C’est peutêtre leur but pour augmenter les chances d’un dialogue”, murmure-t-on à la sortie de la salle où vient de se clôturer la conférence. Mais s’il y a bien un point sur lequel s’accorde l’assistance, ou du moins une grande partie, c’est que pour la Jamaâ, il y aura bien un avant et un après 6 février 2024.

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