Issa Hayatou perd le trône de la caf, Fouzi Lekjaa accède au comité exécutif


Le Maroc réussit son pari


Le 16 mars 2017 est une date à marquer d’une pierre blanche pour  le football marocain. Non seulement elle marque la fin du règne  de Issa Hayatou à la tête de la CAF, mais également la victoire  écrasante par 41 voix contre 7, du président de la Fédération  royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, face à l’Algérien  Mohamed Raouraoua dans la course pour l’unique siège de la zone nord au  sein du comité exécutif de l’instance footballistique africaine.

La défaite du Camerounais, maître absolu de la CAF depuis le 10 mars 1988,  face au Malgache Ahmed Ahmed, par 32 voix contre 20, est un véritable  séisme. Un résultat qui semblait quasi inespéré il y a quelques mois,  alors que M. Hayatou n’a que rarement été inquiété dans le  passé lors de ses réélections. A chaque scrutin, il parvenait  à étouffer ses adversaires, finissant parfois  la course tout seul, sans concurrence même. Ce  serait là l’une des raisons de sa chute. Habitué  à la faiblesse de l’opposition, M. Hayatou n’a  presque pas fait campagne ni présenté un réel  programme, laissant le terrain libre à son adversaire.  Ce dernier adopte une stratégie totalement  différente, menant une vaste opération  de séduction auprès des présidents des fédérations  africaines. Et le Maroc ne peut que se  réjouir de ce dénouement.

Relations mitigées
Le Royaume, qui, ironie de l’Histoire, accueillait  il y a trois décennies la première de M.  Hayatou, mais aussi son ultime réélection  en mars 2013 à Marrakech, a longtemps  été la cible des sautes d’humeur du  président déchu. La relation entre les  deux parties a toujours été en dentsde-  scie. Les Marocains retiendront  pour toujours la position extrêmement hostile de M. Hayatou envers le  Royaume lors de la «crise» de la CAN 2015.  En novembre 2014, le Maroc demande le  report de la compétition pour éviter tout  risque de propagation de la pandémie Ebola,  qui touchait plusieurs pays du continent  à l’époque. La CAF refuse catégoriquement  cette demande et inflige de lourdes  sanctions au Maroc. Issa Hayatou devient  l’ennemi numéro un de l’opinion publique  nationale, certains l’accusant même d’être à  la solde des «ennemis» du pays au sein de  l’instance africaine.

Changement bénéfique
Les autorités marocaines ne plient pas et  vont jusqu’au bout en contestant la décision  de la CAF auprès du Tribunal d’arbitrage  sportif (TAS), en Suisse. Celui-ci donne  raison au Maroc, en annulant, en avril 2015,  les sanctions sportives qui allaient l’empêcher  de disputer les CAN 2017 et 2019 et  en réduisant la sanction financière de 10  millions de dollars à 50.000. Depuis, bien de  l’eau a coulé sous le pont des relations entre  le Maroc et M. Hayatou. Ce dernier s’y rend  même en novembre 2016, et rencontre M.  Lekjaa. Mais cela ne suffira pas pour autant  à faire oublier le coup de poignard de la CAN  2015. Le Maroc aurait soutenu une alliance  composée du président de la FIFA, l’Italo-  suisse Gianni Infantino, et de présidents  des fédérations africaines, notamment celles  de l’Egypte et de la Tunisie.

La défaite de Hayatou ne peut alors qu’être une bonne nouvelle pour la partie marocaine.  D’autant plus que son tombeur, M.  Ahmed, ne cache pas ses affinités pour le  Royaume. Ainsi, il a exprimé, tout juste après  son élection à la tête de la CAF, avoir une  grande confiance en M. Lekjaa, qui venait  de décrocher son siège au sein du comité  exécutif. «On a fait connaissance en janvier  dernier à Libreville. On a abordé plusieurs  sujets, et M. Lekjaa sait bien que je compte  beaucoup sur lui», affirmait le nouveau  patron de la CAF. Ce dernier évoque même  les relations historiques liant son pays,  Madagascar, et le Maroc.

Ce rapprochement n’est qu’à ses débuts.  M. Ahmed prévoirait de se rendre, fin mars,  au Maroc, pour entamer sa première tournée  africaine en tant que président de la  CAF. Il devrait assister, au passage, au  match amical du Maroc contre la Tunisie au  Grand stade de Marrakech. Une manière  de remercier le Royaume pour son soutien  durant la campagne électorale contre Issa  Hayatou. Les dernières évolutions au sein de  la CAF s’annoncent alors bénéfiques pour le  Royaume. Son rôle sera revalorisé. Sa voix  écoutée.

Le rêve de 2026
Concernant l’organisation de la Coupe du  monde 2026, le nouveau président de la  CAF se range du côté du Maroc. Dans une  interview avec nos confrères du 360sport,  il estimait, la veille de son élection, que «le  Maroc est une place forte du football africain et mondial. Ce pays respire et vit le football  au plus profond de lui-même. Il est, en plus,  doté de belles infrastructures. Il est donc en  mesure d’organiser seul la Coupe du monde  2026. En tant que président de la CAF, je  défendrai ce projet avec un grand enthousiasme  ». Le Royaume songerait déjà à  l’Espagne et au Portugal pour une candidature  commune. Un choix auquel s’opposait  clairement Issa Hayatou, qui préférait que  le Maroc s’allie à des pays africains, comme  l’Afrique du Sud, l’Algérie ou l’Egypte, pour  organiser la plus prestigieuse compétition de  football du monde.

Par ailleurs, l’élection de Fouzi Lekjaa au  comité exécutif de la CAF consolidera cette  percée marocaine au sein des sphères  de décision dans le football africain. Et  les attentes sont déjà grandes. En effet,  depuis plusieurs années, l’opinion publique  marocaine reproche aux responsables du  football national l’absence du Royaume des  principaux appareils de la CAF. Une absence  qui coûtait très cher. Les sélections et les  clubs marocains se retrouvaient alors désavantagés  face aux nations représentées au  sommet de l’instance africaine. Arbitrage  partial et tirage au sort suspicieux, seraient,  entre autres, le prix que payait le Maroc pour  son absence. D’ailleurs, la crise de la CAN  2015 aurait, peut-être, pu être évitée si le  Royaume avait disposé d’un représentant,  comme c’est le cas, désormais, avec le président  de la FRMF.