Ismaïl Haniyeh, le leader du Hamas, chez le PJD

UNE VISITE AUX MILLE ET UN SYMBOLES

Recevoir Ismaïl Haniyeh, pour la première au Maroc, ne peut pas passer inaperçu. Sa visite au Royaume, bénéficie, sans l’ombre d’un doute, de la bénédiction du Roi Mohammed VI.

Saâd Eddine El Othmani a reçu, mercredi 16 juin 2021 à Rabat, Ismaïl Haniyeh, le leader et chef du bureau politique de l’organisation Hamas et ex-Premier ministre palestinien, dans la résidence du Chef du gouvernement. Une réception en grande pompe à l’honneur du chef d’une organisation classée comme terroriste par les Etats- Unis et Israël. Mais l’homme n’a rien de terroriste. L’air sympathique, en musulman et patriote convaincu, il a tout d’un modéré. S’il est le palestinien le plus en vue et l’homme numéro 1 à abattre pour Israël, c’est parce qu’il est leader du Hamas, l’une des factions palestiniennes les moins conciliantes dans ses négociations avec l’Etat hébreu.

Recevoir Ismaïl Haniyeh, pour la première au Maroc, ne peut pas passer inaperçu. Sa visite au Royaume, bénéficie, sans l’ombre d’un doute, de la bénédiction de la plus haute autorité du pays, le Roi Mohammed VI. D’ailleurs, M. Haniyeh a déclaré à ce propos que son déplacement au Maroc jouit «du parrainage royal et de l’accueil du peuple marocain authentique que nous considérons avec toutes ses composantes comme une profondeur stratégique pour notre cause et pour Al Aqsa». Un privilège déjà réservé à son prédécesseur, Khalid Mechaal, en décembre 2017. La visite de M. Haniyeh a une grande portée symbolique mais aussi et surtout politique.

Il est convenu que l’accueil chaleureux de l’importante délégation du Hamas par quelques ténors du PJD va être exploité par le parti de la lampe en cette période de pré-campagne électorale. De bonne guerre! Ne serait-ce que pour soigner son image auprès des formations islamistes paires, entachée à la suite de la normalisation des relations diplomatiques entre le Royaume et Israël. C’est certes, une aubaine mais c’est aussi la résultante de la conversation téléphonique entre Saâd Eddine El Othmani et Ismaïl Haniyeh, le 12 mai 2021, en pleine agression israélienne contre Gaza. Le détail qui s’impose, c’est que cette réception a eu lieu chez M. El Othmani, ce qui rend la visite quasi officielle. Et cela n’a rien de fortuit.

Cela traduit l’intérêt durable du Maroc et de son chef d’Etat pour la question palestinienne, d’abord sous l’ère de Hassan II, qui a organisé sur le territoire marocain des sommets de l’Organisation de la coopération islamique ou des sommets arabes dédiés à la cause palestinienne et ensuite sous l’ère de Mohammed VI, qui a affiché la disposition du Royaume à discuter avec toutes les factions palestiniennes présentes sur le terrain, principe qu’il a déjà revendiqué, dans son appel téléphonique du 10 décembre 2020 -le jour même de l’annonce du rétablissement des relations avec Israël-, au président palestinien Mahmoud Abbas.

La position du Maroc vis-à-vis de la cause palestinienne est connue et inchangeable. Le Royaume en a toujours fait une de ses priorités nationales. Le Maroc collecte et verse chaque année des sommes d’argent importantes à l’Agence Bayt mal Al-Qods, qui vient en aide aux Palestiniens dans les territoires occupés. Le Roi Mohammed VI préside le comité Al-Qods.

Ce rôle primordial et capital que joue le Maroc dans la lutte pour la reconnaissance d’un Etat palestinien avec comme capitale Al-Qods-Est ne peut être assimilé à celui d’un figurant, comme le prétendent certains. Et l’accord tripartite liant le Maroc aux Etats-Unis et à Israël n’influera pas la nature de cette cause. D’ailleurs, au moment des raids israéliens sur la bande de Gaza, le Maroc a dénoncé tôt ces actes criminels, dès le 9 mai 2021.

Il a qualifié d’«acte inadmissible et susceptible d’attiser les tensions» les violations commises par Israël dans la ville d’Al-Qods et en particulier dans le quartier de Cheikh Jarrah, où sept familles installées depuis plusieurs siècles ont été forcées à céder leur place à des colons. Position réaffirmée au cours de la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères le 14 mai 2021, traduite par l’envoi, sur instructions du Roi Mohammed VI, d’une aide humanitaire, au moment où les attaques des forces israéliennes se poursuivaient contre la bande de Gaza, en réponse aux missiles du Hamas.

Ce jour-là, le Souverain a ordonné l’envoi de 40 tonnes d’aides médicales et alimentaires aux habitants d’Al-Qods et de Gaza. Et ce n’est point conjoncturel, cette sollicitude constante a toujours défié le temps et les circonstances.