"Islam à la reconquête du sens", de Reda Benkirane

L’auteur propose une voie prometteuse, car inexplorée jusque-là: repenser la religion à la lumière des sciences de la complexité.

L’«Islam à la reconquête du sens» est un travail qui s’inscrit dans un contexte historique particulier dont il est, d’une certaine manière, l’expression, entre les révolutions sociales qui eurent lieu en 2011-2012 aux Maghreb et Machrek et leurs effets-retour marqués par le renforcement des anciens régimes et la généralisation de la violence et de la guerre.

Ce livre expose la vision d’un islam sécularisé et d’une rationalité pleinement engagée dans ce siècle et les temps à venir. «Il explore les germes et les termes d’une révolution intellectuelle en islam», nous dit Reda Benkirane. «Il donne à voir une approche radicalement neuve, libératrice et créatrice du Coran et, ce faisant, éclaire diverses questions imbriquant sacré et profane, islam et politique, foi et raison, religion et science», dit-il.

Ce livre est aussi l’aboutissement d’un long parcours de recherche, d’écriture et d’innombrables rencontres et entretiens avec des lettrés religieux, des intellectuels, des journalistes, des leaders d’opinion, des militants associatifs et politiques des deux rives de la Méditerranée.

Depuis quelques décennies, promis au meilleur puis au pire, l’islam est au premier plan de l’actualité. Subissant des chocs tectoniques inouïs au croisement de diverses forces géopolitiques et économiques, la religion persiste cependant, nous dit M. Benkirane, «à arborer fièrement sa résistance, sa permanence, sa prétention à gérer le spirituel et le temporel, à travailler l’économie de l’ici-bas et de l’au-delà». C’est dans le cadre d’un monde à la fois divers et unifié que se pose l’urgente nécessité de repenser l’islam au XXIe siècle.

Ainsi, à travers cette tentative de renouveau intellectuel, l’auteur, ne propose ni plus ni moins qu’une voie prometteuse car inexplorée jusque-là: repenser la religion à la lumière des sciences de la complexité. Et cette renaissance passe par un bouleversement des rapports au pouvoir et au savoir, pour permettre une émancipation intellectuelle et spirituelle, via la production d’idées neuves.

À une époque où l’accès au savoir s’universalise, «l’islam a tout à gagner à croiser son Grand Récit avec celui tissé par les sciences du vivant, de la matière et du calcul», nous dit l’auteur. Libéré de son formalisme et sa normativité, l’islam se révèle alors espace de créativité, au diapason avec le défi majeur de la complexité du monde.