Islam de France. L'histoire pense d'abord DOMBES et OCCITANIE

Le ministre des Affaires étrangères de France, Jean Yves Le Drian a visité notre pays. Parmi ses messages de grande sympathie, figure celui-ci: “La France respecte l’islam.”

Le Maroc sait, mieux que tout autre pouvoir, qu’à la France, celle des échanges de cadeaux entre Charlemagne et Haroun Er-Rachid, celle d’Henri IV, protecteur des Morisques, celle de Louis XIV, l’ami de notre Moulay Ismaël, celle de Napoléon Premier, malgré l’expédition d’Egypte, celle de Voltaire, au contraire de sa satire et de son Zadig qui visent plutôt la chrétienté, celle de Victor Hugo, qui a trouvé dans l’islam les réponses à sa souffrance, celle des historiens du XVIème au XIXème qui ont décrit avec force détails les traces sarrasines et morisques dans l’Hexagone, donc à cette France-là, celle du partage et du droit, personne dans le monde musulman ne lui opposera un manque de respect à notre fondamentale religion.

Ainsi, en observant les idées qui la hantent, il est des identités communes. La France reste dans son extrapolation de la découverte d’une laïcité respectueuse des pratiques, telle que voulue aussi par l’islam dans son texte sacré, plus subliminal que jamais: «A vous votre religion, et à moi ma religion»; une parole qui fixe, pour le futur, la liberté religieuse et le droit à sa pérennité, le tout dans les termes adossés aux idées et aux pratiques ambiantes de l’époque.

Quant à la liberté d’expression concernant les religions, ses fondements, selon l’islam, sont dans le respect inconditionnel de tous les prophètes, de Adam à Mohammed, en passant par Jésus. Il est donc question de respect, ce qui n’a aucun rapport avec l’outrage, l’essentiel du blasphème. De fait, l’évolution de l’humanité ne doit pas manquer de respect puisque humaine, dans ses pratiques religieuses, dans son adaptation aux idées philosophiques, tout en ajoutant que dans ses modes médiatiques, la critique évènementielle est un droit; hors de ces raisons originelles, la critique a d’autres raisons… L’islam est donc respect.

Pour la France, l’Histoire est centrale pour plus de convergences. Si nous fouillons le passé, source d’inspiration des pensées qui prévalent, les options de Saint Isidore sont révolues. Nous ne sommes plus dans les temps d’Alvarez et d’Eloge, dont la férocité écrite contre l’islam n’avait d’égal, déjà, que le blasphème des miniatures de l’époque, dont certaines se refusent à tout qualificatif décent.

En ce XXIème siècle, dans ce monde ouvert, nous sommes autres: le savoir est à la disposition de tous et l’esprit critique est son carburant. Et, de ce fait, il manque à la concorde totale en France, au-delà des lois et des pédagogies, un point essentiel absent dans le cursus fédérateur: l’histoire de la présence de l’islam en en son sein: cette présence n’a pas sa source dans la colonisation, ni dans le combat de soldats musulmans, ni dans l’immigration, ni dans la construction de la Mosquée de Paris… Elle date.

Cette histoire est réelle, n’étant devancée en Europe que par celle du monde ibérique. Quelle qu’en fut la durée même des plus minimes, elle a ses dates, ses repères, ses lieux, ses monuments et ses tombes…

Il n’est pas question pour les musulmans de chercher à la magnifier ou d’avoir à restreindre le droit de la France à se glorifier: les faits historiques sont têtus même dans une censure. Il s’agit d’un légitime repère identitaire, en plus fédérateur.

Or, le refus opposé à ces périodes historiques est singulier, surtout qu’il fut accentué lors de deux événements majeurs pour la France. D’abord, l’écriture d’un «roman national», voulu par Jules Ferry, pour son école publique, et le fait colonial en détermina, entre autres, l’approche. Par la suite, la mobilisation générale de 1914, fit disparaître les références sarrasine ou morisque chez les Maurin, Moro, Moriscos, Sarrasins… confirmant, vu les siècles, une normale, naturelle et évidente intégration, sans lois, ni joutes politiques, comme pour d’autres. Seuls les noms des lieux y faisant références ont survécu, en l’absence de toute hostilité, politique ou sociale.

Il se trouve qu’avant ces deux évènements, les historiens et autres chroniqueurs français n’avaient aucun complexe à souligner la présence sarrasine ou le rapatriement en France des morisques d’Espagne, autorisé par le roi Henri IV. Aussi, est-il à penser que l’école française gagnerait en reconsidérant, par une relecture sage, l’Histoire de l’islam en France car il est déraisonnable que celle-ci entretienne toujours une rancune dans une partie de la société française et malheureux qu’elle suscite, dans l’ignorance, des ressentiments chez certains enfants des écoles de la République, une et indivisible, dit-on.

Que les Dombes et leurs moments sarrasins à Uchizy, à Ozan ou Boz, voire Macon ou Chalons; ainsi que ceux de l’Occitanie, de Toulouse à Agde, en passant par Montpellier et ses tombes de médecins, se reflètent dans le passé historique de la France, notamment pour les tous nouveaux citoyens français… qui, demain, feront aussi, souches. Que du normal!.


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