Développer toutes les synergies pour faire face au défi du changement climatique

L’urgence d’adopter la logique “Nexus” est née de contraintes alliant pénurie de l’eau, accroissement de la demande alimentaire, hausse de la consommation d’énergie et dégradation des écosystèmes natures.

Dans l’objectif de développer des synergies entre les secteurs de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie et des écosystèmes, l’Institut Royal des études stratégiques (IRES), que dirige Mohamed Tawfik Mouline, recommande le recours à l’approche par lien «Nexus».

Nexus, c’est une approche «par lien» qui a le potentiel d’améliorer le bien-être humain, tout en atténuant les pressions sur l’environnement et les ressources naturelles, grâce à une gestion et une gouvernance intégrées. Dans cette approche, la minimisation des compromis est recherchée, afin d’en tirer les avantages indirects, ainsi que les possibilités offertes pour faire face aux défis socioéconomiques et du changement climatique. C’est dans cette optique que l’Institut Royal des études stratégiques (IRES) vient de publier un rapport intitulé «La question de l’eau au Maroc selon l’approche Nexus dans le contexte du changement climatique».

Le rapport relève que la planification et la gestion des ressources en eau, énergétiques et des sols s’effectuent généralement de manière isolée (secteur par secteur). Le document relève ainsi les déficits en matière de coordination intersectorielle au Maroc, ce qui constitue un défi majeur, tant au niveau national que régional. «Cette situation pénalisante pour le développement socio-économique du Maroc appelle une gestion intégrée des ressources naturelles, telles que l’eau, l’énergie, la terre et la biomasse, ainsi qu’une gouvernance intégrée de tous les secteurs concernés. Cette approche renforcera la sécurité de l’approvisionnement en eau, en énergie et en alimentation», soulignent les rédacteurs du document. Ils proposent ainsi l’utilisation de l’approche par lien «Nexus». «L’urgence d’adopter la logique Nexus est née de contraintes alliant pénurie de l’eau, accroissement de la demande alimentaire, hausse de la consommation d’énergie et dégradation des écosystèmes naturels», est-il souligné dans le rapport.

Intervention innovante
Le principe consiste à développer des synergies entre les secteurs de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie et des écosystèmes. Il s’agit d’une logique d’adaptation qui vise à augmenter la résilience et à réduire la vulnérabilité des milieux naturels, des organisations, des collectivités et des individus face aux effets négatifs observés ou anticipés de l’évolution du climat. C’est dans ce cadre que l’IRES a lancé la réalisation de deux études, comme contribution à la réflexion stratégique menée par le Maroc sur le Nexus Eau, énergie, agriculture et écosystèmes (EEAES). La première étude est celle qui a fait l’objet de ce rapport et qui a été réalisée au niveau national. Une seconde, en cours de réalisation, au niveau régional, est centrée sur la région de Souss-Massa.

En ce qui concerne la première étude, elle a abordé les questions de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie et des écosystèmes dans le contexte du changement climatique. Chaque secteur est analysé séparément, dans ses relations et interactions avec les autres secteurs. Elle relève ainsi, qu’en dépit des progrès réalisés dans ces différents secteurs, d’importants défis demeurent pour la mise en oeuvre effective du «Nexus Eau-énergie-agriculture-écosystèmes naturels». Le rapport propose ainsi la mise en oeuvre d’une logique d’intervention innovante, basée sur une démarche de développement collectif et inclusif qui consacre la cohérence des politiques sectorielles. «Cette nouvelle démarche devrait permettre de maximiser l’efficacité de l’action nationale dans le sens de la recherche de nouveaux équilibres conciliant “développement et préservation de l’environnement” tel qu’il ressort des orientations du Discours Royal de la Fête du Trône du 30 juillet 2012», est-il proposé.

Ainsi, dans ses recommandations, le rapport met en avant quatre orientations stratégiques à suivre. Il s’agit tout d’abord de la mise en place d’une politique intégrée des secteurs du Nexus-EEAES. Il s’agit, ensuite, de la mise en place d’une gouvernance efficiente des secteurs de ce Nexus-EEAES. Il est question aussi du renforcement des moyens de développement de la formation, de la recherche, de la recherche- développement, de l’expertise et de l’innovation dans les secteurs du Nexus. Il s’agit, en dernier lieu, du renforcement de la communication et de la sensibilisation à la vulnérabilité des ressources naturelles au changement climatique et à leur surexploitation.

Modernisation du cadre législatif
Par ailleurs, sur le cours terme, l’IRES souligne, à travers ce rapport, l’impératif d’accélérer la mise en oeuvre des mesures permettant l’application des lois et textes réglementaires en vigueur (dans les secteurs du Nexus) et de s’assurer de leur applicabilité réelle sur le terrain (décrets, arrêtés...). «Il serait, aussi, urgent de mettre en place des outils pertinents et innovants de contrôle de l’application effective de ces lois et de leurs textes réglementaires», insistent les rédacteurs du rapport.

À moyen terme, pour accompagner la vision «Nexus», ils appellent à la refonte et la modernisation du cadre législatif et réglementaire relatif aux secteurs du «Nexus Eau, énergie, agriculture et écosystèmes». Ils recommandent de réduire le nombre d’intervenants et les chevauchements des attributions dans ces secteurs et à intégrer et mettre en cohérence les politiques de planification et d’aménagement d’ouvrages et d’infrastructures divers. Un véritable chantier national qui doit mobiliser toutes les énergies.

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