Investiture de Joe Biden le 20 janvier: Rabat et Alger attentifs

Maintenant que l’ancien vice-président de Barack Obama s’apprête à commencer officiellement à présider aux destinées des États-Unis, les deux capitales maghrébines observent de plus près l’orientation diplomatique de sa future administration.

Il va sans dire que la junte algérienne a bien coché la date du 20 janvier 2021, qui correspond à l’investiture du président élu américain, Joe Biden. Car l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), qui n’a cessé d’essuyer les déconfitures diplomatiques au cours du dernier exercice au profit du Maroc, espère que cette investiture sera synonyme d’un retour en arrière de la part des États-Unis eu égard à la reconnaissance par la première puissance mondiale de la souveraineté du Royaume sur son Sahara.

Ce n’est même pas, là, un secret de polichinelle: le ministre des Affaires étrangères de la voisine de l’Est, Sabri Boukadoum, en a fait publiquement le voeu le 7 janvier, au cours du point presse qu’il a donné à Alger suite à ses entretiens avec le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires du Proche-Orient, David Schenker, en déplacement dans la capitale algérienne.

La voisine de l’Est a-t-elle raison de croire à un rebasculement? Il est vrai que les administrations américaines dirigées par le Parti démocrate (PD), dont M. Biden est issu, n’ont pas toujours été favorables au Maroc. La dernière de ces administrations, à savoir celle de Barack Obama, et où justement le futur locataire de la Maison Blanche occupait le poste de vice-président, avait même vu se dérouler suite à sa reconduction en novembre 2012 au moins deux crises majeures avec Rabat, dont la plus grave avait fait suite à la tentative de la représentante permanente US à l’Organisation des Nations unies (ONU), Susan Rice, d’étendre la Minurso, la mission de paix onusienne au Sahara marocain, au monitoring des droits humains.

Paix et dignité
Et malgré le sommet qui réunit à Washington, fin novembre 2013, le roi Mohammed VI et M. Obama et où “les États-Unis [avaient] clairement indiqué que le plan d’autonomie présenté par le Maroc est sérieux, réaliste et crédible, et représente une approche potentielle qui pourrait satisfaire les aspirations de la population du Sahara à gérer ses propres affaires dans la paix et la dignité”, le Souverain ne manquera pas près d’une année plus tard, à l’occasion de son discours annuel de la Marche verte, de regretter “une certaine ambiguïté” de la part de la partie américaine.

Du côté de Rabat, on se veut toutefois rassurant: le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, plusieurs fois questionné par les médias, ne manque pas d’insister sur le fait que le partenariat maroco-américain va au-delà de la simple reconnaissance par les États-Unis de la marocanité de la région du Sahara, mais qu’il recouvre également les dimensions commerciales, le Maroc étant actuellement un des quatre pays arabes avec Bahreïn, la Jordanie et Oman et le seul pays d’Afrique à disposer d’un accord de libreéchange avec le pays de l’Oncle Sam, mais aussi sécuritaires, et ce aussi bien au plan de la lutte antiterroriste -le Royaume avait notamment été, sous l’administration George W. Bush, un acteur clé de la “guerre contre la terreur”- que de la défense.

D’ailleurs, à ce dernier égard, le sous-secrétaire américain à la Défense, chargé des Affaires politiques, Anthony Tata, vient de souligner ce 12 janvier à Rabat, dans le cadre de la 11ème session du Comité consultatif de défense (DCC) tenue en exécution des instructions du roi Mohammed VI, l’importance de la décision de son pays par rapport au Sahara marocain. Les premiers jours de M. Biden au pouvoir seront décisifs pour avoir une idée on ne peut plus claire sur la future direction du vent.


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