Investissements Turcs : Les sultans du BTP à la conquête du Maroc

Bien référencées à l’international, les entreprises turques actives dans le domaine du bâtiment et des travaux publics espèrent bien récupérer une partie des appels d’offre lancés dans le Royaume en vue de la Coupe du monde de football de 2030.


Najib Chraibi, Zeynep Bodur Okyay, Chakib Alj et Mustafa ?lker K ?l ?ç.


C’est un Maroc nouveau qui, d’ici la fin de la présente décennie, devrait arriver, à la faveur de l’organisation par notre pays en l’an 2030 de la Coupe du monde de football avec nos voisins ibériques espagnol et portugais. Et dotée du savoir-faire technique et technologique qu’il faut, la Turquie ambitionne visiblement de s’accaparer une partie du très copieux gâteau que doivent constituer les chantiers d’infrastructures dont certains ont déjà été lancés sur les chapeaux de roue par l’État.

Mastodonte régionale
En tout cas, c’est ce qu’a laissé, en partie, entendre la délégation d’opérateurs turcs qui, le 5 juin 2024, se trouvait à Casablanca pour une rencontre économique organisée conjointement avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patronat marocain.

Affiliés au DEiK, le Conseil des relations économiques extérieures de Turquie, et conduits par la femme d’affaires Zeynep Bodur Okyay, qui se trouve aussi être la présidente, côté turc, du Conseil d’affaires Maroc-Turquie, les opérateurs en question, au nombre de vingt-six, ont en effet manifesté un intérêt évident quant à la possibilité de remporter une partie des appels d’offres qui concernent essentiellement le BTP, secteur où la Turquie s’illustre depuis quelques décennies déjà en véritable mastodonte régional, si ce n’est mondial.

La délégation turque a d’ailleurs aussi été longuement reçue au niveau du siège du Transport et de la Logistique, parallèlement à des entretiens qu’elles a eus avec des responsables du ministère de l’Industrie et du Commerce et celui de la Transition énergétique et du Développement durable, en plus par ailleurs de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), également sur le coup.

“Le Maroc, en préparation à la Coupe du monde, prévoit d’achever ses investissements en matière d’infrastructures d’ici 2030 et il a élaboré des plans pour attirer des investisseurs sérieux”, a déclaré, à cette occasion, Zeynep Bodur Okyay, dans une déclaration relayée dans son édition du 8 juin 2024 par le quotidien “L’Opinion”. En plus de la maestria dont elle se prévaut donc dans tout ce qui regarde le béton, la Turquie peut aussi s’appuyer, en outre, sur sa connaissance on ne peut mieux certaine du marché marocain, où cela fait belle lurette déjà qu’elle est présente.


Au niveau du transport par exemple, on rappellera que c’est l’entreprise Yapi Merkezi qui a réalisé la ligne T2 du tramway de Casablanca, tandis que c’est STFA qui a été à la baguette pour les ports de Safi et de Nador West, deux chantiers éminemment royaux puisque lancés par le roi Mohammed VI en personne.

Porte d’entrée en Afrique
Et on passera aussi sur les nombreuses routes et autoroutes qui ont vu le jour grâce à des sociétés comme Tekfen, que beaucoup connaissent, du reste, au Maroc par le biais de ses différentes livraisons au profit du groupe OCP (le fameux slurry pipeline notamment, mais également des usines de fertilisants du port de Jorf Lasfar).

En tout cas, il est clair que les conditions sont bien réunies pour voir à l’avenir la Turquie s’investir davantage au Maroc, quoique du côté marocain, on espère sans doute surtout qu’à côté de cela Ankara investisse tout court, aussi. Ainsi, et en dépit de la revue, à partir de mai 2022, des termes de l’accord bilatéral de libre-échange en vue d’encourager les opérateurs turcs à mettre directement leurs billes dans le Royaume plutôt que de s’en contenter comme plateforme d’export, voire de dumping (pratique qui, soit dit en passant, a tué une partie de l’industrie textile marocaine), il y a, de toute évidence, encore loin de la coupe aux lèvres en la matière.

Pourtant, la Turquie a, on peut le voir, largement de quoi profiter à accompagner le développement au Maroc de secteurs comme l’automobile et l’aéronautique, si ce n’est les énergies renouvelables. Sans compter que le Maroc peut constituer pour elle la porte d’entrée par excellence lui permettant de mener à bout ses ambitions en Afrique, continent où elle concurrence depuis un certain temps, commercialement s’entend, les puissances occidentales traditionnelles. Déjà rentrés en Turquie, les membres du DEiK présents lors de la rencontre économique avec la CGEM ont certainement tôt fait de passer le mot aux responsables turcs...

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