Intissar Haddiya: "Trahison pieuse est l'illustration d’un oxymore troublant, au coeur d'un drame social"

ENTRETIEN AVEC LA ROMANCIÈRE INTISSAR HADDIYA

Intissar Haddiya est une jeune médecin néphrologue, professeur de médecine à Oujda et auteure. Ses premiers essais et nouvelles ont été publiés par Cambridge University Press de New York entre 1999 et 2005. L’histoire de son dernier roman, “Trahison pieuse”, dépeint des femmes combatives de différentes classes sociales dont les destins s’entrechoquent autour de trahisons aux desseins divers.

Vous venez de publier votre dernier roman, “Trahison pieuse”. Quels thèmes avez-vous choisi de traiter à travers ce roman?
Trahison pieuse est une fiction dont le thème général est la condition féminine au Maroc. Celle-ci est explorée à travers un drame social saupoudré de suspense, et dont les ingrédients clés sont des relations homme-femme complexes et délicates, l’appât du gain, le vice et le mensonge.

C’est une histoire qui dépeint des femmes combatives de différentes classes sociales dont les destins s’entrechoquent de manière inattendue autour de trahisons aux desseins divers. Celle de l’époux exemplaire dont la trahison est dictée par la peur d’entacher une réputation irréprochable et de blesser ses proches.

Et puis, il y a l’homme qui parvenait à tromper tout le monde, un traître d’essence, dangereux manipulateur dont la trahison est une seconde nature, et dont tous les actes sont prémédités, étudiés jusque dans les moindres détails.

Pourriez-vous nous révéler quelques bribes de l’histoire que vous développez dans ce roman?
Le roman débute par la révélation d’un étrange secret, lors des funérailles d’un homme, qui, de son vivant, était irréprochable à tous points de vue. La vie paisible de la famille s’en trouve ainsi bouleversée. Dans le même temps, un dangereux manipulateur est sur le point de commettre une grande escroquerie, abusant de la confiance de nombreuses femmes. “Trahison pieuse” est l’illustration d’un oxymore troublant, au coeur d’un drame social où des mondes très différents convergent de manière imprévisible. Voilà, je laisserai aux lecteurs le plaisir de le découvrir

Qui est Intissar Haddiya? Veuillez nous parler de votre parcours, de vos aspirations et comment avez-vous nourri cette passion pour l’écriture?
Je suis médecin néphrologue et professeur de médecine. J’ai vécu et grandi à Rabat, où j’ai fait toutes mes études et où j’ai pratiquement tous mes repères, jusqu’en 2011, date à laquelle j’ai déménagé à Oujda, où j’ai intégré le corps enseignant de la faculté de médecine et de pharmacie en tant que médecin-enseignant de néphrologie clinique.

A côté de cela, les activités associatives occupent une place prépondérante dans ma pratique. De ce fait, j’ai pris part, depuis quelques années, au travail associatif, en tant que membre de la Fédération de développement des associations de soutien aux insuffisants rénaux dans l’Oriental marocain.

Pourquoi j’écris? C’est une bonne question. En fait, c’est la lecture qui m’a conduite à l’écriture. Très tôt, j’ai découvert de merveilleux auteurs qui m’ont fait rêver, voyager, qui m’ont profondément touchée, émue ou amusée.

Il y a des passages de romans que j’ai lus et relus avec passion des années durant et puis j’ai découvert, très tôt aussi, que l’écriture est un espace d’évasion hors du temps et de l’espace, à portée de main, qui offre beaucoup de liberté, et que moi aussi je pouvais en user à ma guise, raconter, partager mes histoires et inviter à réfléchir.

Comment alliez-vous entre Intissar Haddiya la néphrologue et celle romancière?
De la manière la plus simple et la plus spontanée qui soit. C’est à dire que je n’y pense pas. D’un côté, je vis pleinement ma vie de médecin. Je fais de mon mieux pour être utile à mes patients et je ne vous cache pas que je puise beaucoup de satisfaction de cela.

Car, pouvoir apaiser la douleur et apporter du soulagement à une personne souffrante n’a pas de prix. Et puis, comme je l’ai souvent dit, mon quotidien de médecin néphrologue côtoyant la maladie chronique a beaucoup contribué à façonner ma personne et à mûrir la manière dont je perçois un certain nombre de choses. Pour ce qui est de l’écriture, je m’y adonne chaque fois que je peux, sans pour autant obéir à un vrai rituel, au vu de la nature de mon métier. Mais quel bonheur lorsque j’écris! Ce sont des moments cueillis, dérobés au tumulte de la vie.

L’écriture a cela de merveilleux qu’elle permet à l’auteur de créer, de s’interroger, de se réinventer et invite le lecteur à en faire de même. Dans mon cas, c’est une passion qui m’a accompagnée depuis longtemps. Sa dimension cathartique m’a toujours été d’une précieuse aide aux moments les plus délicats. Au final, médecine et écriture sont deux facettes de ma personne qui sont indissociables. Deux passions qui se complètent.

Un roman en projet actuellement?
Bien sûr. Vous savez, j’ai toujours écrit et je continue à le faire avec le même enthousiasme et la même candeur de ma prime jeunesse. Oui, je suis sur un roman dont l’écriture me procure beaucoup de joie. Je n’en dirai pas plus, car, en général, je ne partage ce genre d’informations avec mes lecteurs qu’au moment opportun.