Interview de Reda Allali, chanteur, guitariste et principal parolier du groupe Hoba Hoba Spirit : “Les artistes ne prennent plus de risque”

MUSIQUE. Présent au Festival Ganoua d’Essaouira puis à Mawazin les 13 et 23 mai 2016 respectivement, Hoba Hoba Spirit retrouve son public au Maroc. Interview avec son chanteur Reda Allali.

Maroc Hebdo: Après près de 20 ans d’existence, comment évaluez-vous votre parcours?

Reda Allali: Nous ferons le bilan à la fin, mais nous sommes très contents parce que nous savons que nous avons réussi un petit miracle. Il n’existe pas de groupe qui puisse durer aussi longtemps et avec un effectif stable et nous sommes conscients de la chance que nous avons d’être parvenus à former cette équipe soudée avec beaucoup d’amitié et de plaisir. Ce facteur nous permet de compenser le manque de soutien de la part des radios et de la télévision. La preuve, nous sommes toujours là, et surtout parce que nous pensons que nous pouvons toujours faire des choses intéressantes sur la scène. Nous sommes d’ailleurs en train de travailler d’arrache pied sur un album qui devrait sortir fin 2016 avec plusieurs nouveautés par rapport à nos anciens projets.

Maroc Hebdo: D’ailleurs vous êtes considérés comme l’un des principaux instigateurs du mouvement Nayda…

Reda Allali:Sincèrement, je préfère ne pas parler au nom des autres. Nous avons fait ce que nous voulions faire et continuons de vouloir faire. Après, les gens peuvent nous inscrire dans un mouvement mais ce n’est pas vraiment l’objectif de notre travail qui est spontané. Certes, il y a une quinzaine d’années, des groupes sont arrivés avec fracas sur la scène, dont Hoba Hoba Spirit, mais après chacun a fait son chemin.

Maroc Hebdo:Vous faites de l’underground alors ?

Reda Allali:C’est au public de nous juger mais nous ne mettons pas dans une catégorie précise. Nous essayons de faire de la musique comme nous le voulons tout en gardant la tête haute.

Maroc Hebdo: Comment voyez-vous la scène actuelle alors?

Reda Allali: Nous travaillons actuellement avec la fondation l’Uzine et je suis très surpris par le niveau technique et la créativité de la nouvelle génération et il y a de belles choses qui arrivent. Le problème c’est que j’ai l’impression que le public est moins intéressé, et l’espace est plus saturé par rapport à il y a un quinzaine d’années lorsqu’il y avait plus de demande et plus de marge. Les jeunes artistes d’aujourd’hui ont plus d’espaces pour enregistrer, ils ont plus de compétences et de maitrise des technologies mais il y a des problèmes auxquels ils devront faire face pour pouvoir s’imposer.

Maroc Hebdo: Des problèmes comme quoi?

Reda Allali:L’uniformisation des médias comme les radios par exemple. Il y a 15 ans, on pouvait écouter des choses très différentes et variées mais maintenant tout est calibré et tout est réglé. Quand on est arrivé il y a plus d’une quinzaine d’année, on s’est battu contre un système qui régnait à l’époque, mais finalement un autre système l’a remplacé. Ce système exige qu’on se soumette tous à une certaine conception de la musique. Et malheureusement les groupes intéressants n’ont pas leur place dans les médias et ne peuvent pas compter par exemple sur les radios.

Maroc Hebdo: C’est la dominance du commercial alors…

Reda Allali: Ce n’est même pas une question de commercial, mais surtout la crainte de prendre du risque et d’oser faire différemment. Le marché formate de plus en plus les artistes, et les radions ont tendance à chercher des artistes formatés. Je ne parle pas du risque dans son aspect économique mais au niveau de la créativité. Ainsi les artistes ne se cassent plus la tête et s’inscrivent dans la tendance générale et préfèrent suivre les pistes qui marchent le plus.

Articles similaires