Interivew de Fouzi Lekjaa, Président de la FRMF



-Maroc Hebdo: Qu’est-ce qui motive votre candidature au comité exécutif de la CAF?
-Fouzi Lekjaa: La référence de ma candidature se trouve dans la vision stratégique de S.M. Mohammed VI. A cela s’ajoutent les deux discours royaux au sommet africain en marge de la COP 22 et au dernier sommet de l’Union africaine d’Addis-Abeba, devenus une référence au niveau du continent et qui ont tracé aux Africains une véritable feuille de route pour le développement basée sur la revalorisation du potentiel intrinsèque du continent et sur la mise en place d’un espace d’échange et de mutualisation.

-Maroc Hebdo: Le football est donc concerné par cette vision…
-Fouzi Lekjaa: Exactement, et le sport de manière générale. On ne peut pas être en marge de cette dynamique. On est conscients du potentiel footballistique du continent, mais malheureuse-  ment ce potentiel profite plus aux ligues européennes et asiatiques de football. Et, paradoxalement, le niveau au continent reste très basique ce qui donne lieu à un décalage. Et puis il faut aussi rappeler l’histoire et la place du Maroc en tant que grande nation de football au niveau du continent, et cela donne au Royaume une position privilégiée. Toutefois, des éléments de fragilité persistent encore, comme notre absence pendant des années, voire des décennies, de toute instance du Comité exécutif et même au niveau des com-  missions de la CAF qui réglementent ou organisent les compétitions, entre autres. Cela a laissé le champ libre aux autres pour se renforcer et d’avoir leur propre système. Tous ces éléments motivent ma candidature.

-Maroc Hebdo: Quels sont les atouts de votre candidature?
-Fouzi Lekjaa: Les raisons de ma candidature que j’ai citées coïncident avec le travail mené depuis 2014 par la FRMF, axé autour du développement comme priorité stratégique. On veut occuper une place institutionnelle au sein de la CAF pour partager cette expérience avec le reste du continent qui en a plus que jamais besoin. En effet, on a réalisé un travail énorme en matière de formation, avec la mise en place des centres de formation des clubs et des centres régionaux dont quatre sont en cours, ainsi que le Centre national d’excellence de Maâmoura.  On a également restructuré la Direction technique nationale, qui compte désormais 80 cadres marocains et étrangers qui assurent la formation de toutes les catégories des joueurs des clubs de D1 et on va étendre cela aux clubs de D2. Cela nous permettra d’avoir une identité footballistique marocaine et de travailler selon des normes mondiales. On a également visé les infrastructures de proximité dans les petites et moyennes villes, ce qui nous a permis de mettre en place aujourd’hui 60 pelouses synthétiques de dernière génération. Les stades des clubs d’élite ont été renouvelés. A cela s’ajoute la poli-  tique des grands stades qui se poursuit avec l’achèvement du stade de Tétouan et le démarrage des travaux de celui de Oujda. On a déjà partagé ces réalisations avec le président de la Fifa, Gianni Infantino, et il a été agréablement surpris par la dynamique que connaît le football marocain. Il a d’ailleurs désigné la FRMF, par le biais de ma personne, comme membre de la commission de gouvernance stratégique de la FIFA.  Le Maroc a été également présenté comme référence lors de la dernière ré-  union des pays francophones de la FIFA et on a exposé notre expérience comme modèle.

-Maroc Hebdo: Vous comptez donc apporter un nouveau souffle à la CAF?
-Fouzi Lekjaa: Une institution comme la CAF ne doit pas se limiter au rôle d’organisateur de compétitions car ce n’est pas suffisant. Il faut mener des stratégies profondes de développement. L’Histoire retient les champions de la CAN, mais retient aussi les infrastructures et le travail profond. Car ce sera le moyen qui permettra aux prochaines générations d’aller de l’avant et exprimer leur potentiel.

-Maroc Hebdo: Comment voyez-vous vos chances?
-Fouzi Lekjaa: Je ne veux pas réduire le 16 mars à une journée purement électorale. Le plus important est de faire de ce jour un moment de réflexion stratégique de mise au point, de remise en cause.  C’est ce que j’ai expliqué à mes homo-  logues africains que j’ai rencontrés à Rabat ou à Libreville ainsi qu’au président de la FIFA, Gianni Infantino, et au président de la CAF, Issa Hayatou. Il faut se poser des questions. Qu’est-ce qu’on a fait? Qu’est-ce qu’on n’a pas fait? Qu’est-ce qu’il reste à faire et quelles sont les modalités pour le faire? On cherche donc un espace insti-  tutionnel d’échange et de mutualisation pour pouvoir concevoir l’avenir de manière collective et être dans une logique de réussite collective. Dans le football, il est possible d’avoir des résultats accidentellement car ce n’est pas une science exacte, mais pour garder la pérennité et la régularité, seul le travail sérieux et profond peut assurer ces résultats.

-Maroc Hebdo: Quand est-ce que ce modèle marocain de développement commencera à donner des résultats?
-Fouzi Lekjaa: Le football est un cycle. Il faut commencer par la détection de talents. Cela se fait généralement à l’âge de 10 ans, quand l’enfant exprime son potentiel de footballeur. Dans le passé, l’enfant se trouvait, après l’expression de ce potentiel, devant le néant jusqu’à l’intégration d’une équipe sénior de première division. Ce vide de plusieurs années empêche le joueur d’assimiler les schémas tactiques même si son équipe dispose des meilleurs entraîneurs et des meilleurs préparateurs physiques. Pour régler ce problème, nous avons mis en place un détecteur professionnel au niveau de chaque région.  Nous avons doté les centres de formation des différentes classes d’âges de formateurs physiques et de matériel adéquat à chaque tranche. On a investi par exemple 25 millions de dirhams dans le centre du FUS, à Rabat. Les centres du Raja, à Casablanca, de Berkane, de Fès et de Tétouan ont également bénéficié d’investissements. Par la suite viennent les centres régionaux, puis le centre nationale d’excellence, qui sera une fierté pour tous les Marocains, avant fin 2017 car il serait à un niveau supérieur au centre Clairefontaine, en France. Mais il faut être patient pour avoir des résultats, et surtout courageux pour pouvoir avancer plus rapidement.

-Maroc Hebdo: Peut-on voir un jour la sélection nationale composée essentiellement de joueurs formés au Maroc?
-Fouzi Lekjaa: Nous avons déjà une équipe des moins de 15 ans dont les joueurs seront au niveau sénior dans cinq ou six ans. D’ailleurs, la sélection nationale comptait dans ses rangs, lors de la dernière CAN, deux joueurs issus de la formation marocaine, en l’occurrence Hamza Mendyl et Youssef Ensseyri. Si on poursuit ce travail au niveau de toutes les régions, on aura une pléthore de joueurs de haut niveau.

-Maroc Hebdo: Parlant de la sélection. Qu’en est-il des rumeurs évoquant le départ du sélectionneur national, Hervé Renard?
-Fouzi Lekjaa: J’ai suivi toutes ces rumeurs et je vous affirme qu’il ne s’agit que de pures inventions. M. Renard ne m’a jamais parlé d’une révision éventuelle de son contrat avec la FRMF, que ce soit au niveau du salaire ou de la durée. Ce contrat est valable jusqu’à février 2019, c’est-à-dire après la coupe du monde 2018. On ne peut pas discuter le contrat avant cette échéance.  Il a commencé son travail il y a un an et il est sur une dynamique ascendante. La sélection a atteint un certain état d’esprit et un niveau de maturité. Et il va continuer sur la base des acquis.  D’ailleurs, j’ai rencontré M. Renard pour fixer un plan de travail. Il a publié la liste des 30 joueurs qui participeront au stage de préparation, les 20 et 21 mars à Marrakech, avant de disputer deux matches amicaux le 24 et le 28 du même mois contre le Burkina Faso et la Tunisie, respectivement. Par la suite, on affrontera les Pays-Bas, le 30 mai, à Casablanca.  On a également abordé la participation de la sélection des joueurs locaux au Championnat d’Afrique des nations, étant donné qu’il est le pilote de cette équipe.

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