Installation de défibrillateurs dans les espaces publics: Une nécessité vitale

L’inexistence de défibrillateurs dans plusieurs lieux de rassemblement au Maroc interpelle. Ces appareils qui peuvent augmenter de 50% les chances de survie en cas d’arrêt cardiaque.

Une crise cardiaque peut subvenir de manière inopinée, dans n’importe quel endroit. Personne n’est à l’abri et tout le monde peut en être victime. Même ceux qui bénéficient d’un suivi médical rigoureux. Le malaise du joueur danois Christian Eriksen, le 13 juin dernier, lors du match Danemark-Finlande durant l’Euro 2020, est un cas d’école.

Ce dernier, subitement tombé sur la pelouse suite à un arrêt cardiaque, a rapidement été secouru par son capitaine, qui lui a prodigué les premiers secours, avant que le staff médical ne lui fasse un massage cardiaque via un défibrillateur, avant de la transporter par civière dans un hôpital. Un geste vital qui a permis au milieu international danois de retrouver plus tard les esprits et se sentir hors de danger.

Aurait-il survécu si une telle situation s’était produite dans un stade ou un autre lieu public au Maroc? Peut-être non, puisque les défibrillateurs sont quasi inexistants dans ces lieux de rassemblement. L’utilité de ces appareils jaunes n’est plus à démontrer. D’après certaines études, le recours au défibrillateur dans les cinq minutes qui suivent un arrêt cardiaque augmente de 50% les chances de survie.

Imposer leur installation
Mieux, s’il est utilisé dès la première minute qui suit, ce pourcentage monte jusqu’à 90%. «La défibrillation est un maillon principal et primordial de la chaîne de survie en cas de prise en charge d’un arrêt cardio-respiratoire (ACR). Chaque seconde compte pour préserver les facultés cérébrales et les chances de survie», nous confie Dr. M’Barek Dimou, ex-professeur d’anesthésie-réanimation et urgences à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat.

Aujourd’hui, plusieurs associations marocaines ou sociétés savantes comme la Société marocaine de médecine d’urgence (SMMU) mènent des activités de sensibilisation auprès du grand public sur les gestes de premiers secours en cas de crise cardiaque. Des formations théoriques qui risquent de ne pas avoir l’effet escompté à cause de l’absence de ces appareils.

«La sensibilisation à l’apprentissage des gestes d’urgence semble ancrée aujourd’hui dans les besoins des Marocains. Cependant, il reste à sensibiliser d’avantage les décideurs, aussi bien privés que publics, de la nécessité d’investir sur la mise en place de DSA (défibrillateurs semi-automatiques) accessibles à tous», indique M. Dimou, par ailleurs président de la commission chargée de la communication au sein de la SMMU.

Selon lui, ce dispositif doit être présent dans les hôpitaux, gares, arrêts de bus, parcs, restaurants, hôtels, salles de spectacles et complexes sportifs, etc., mais aussi dans les cliniques privées et officines de pharmacie. Pas besoin de connaitre leur fonctionnement pour les utiliser à bon escient. Des scientifiques ont révélé qu’une personne qui ne l’a jamais vu peut bel et bien l’utiliser, en l’allumant simplement et en suivant ses instructions.

Un geste simple qui pourrait augmenter de 25% les chances de survie. «Il est temps d’imposer aussi bien aux structures privées que publiques, une obligation de mise en place de défibrillateurs et de mettre en place une application numérique permettant de les géolocaliser. Ces appareils doivent être accessibles à tous et connus de tous», préconise-t-il.

La présence de défibrillateurs apparait plus que jamais comme une nécessité, si l’on sait que les maladies cardio-vasculaires causent 180 décès par jour au Maroc, selon des chiffres publiés en janvier 2019 par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Une statistique qui interpelle.