Les initiatives pour la jeunesse au maroc manquent d'impact réel


Les programmes, mesures et initiatives destinés à la jeunesse marocaine sont un vrai fiasco. C’est ce qu’affirme une récente étude du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Les résultats sont déconcertants: malgré les efforts déployés entre 2016 et 2021, ces initiatives se révèlent peu impactantes et limitées dans leur portée. Faute d’une politique spécifique ciblant les jeunes, la juxtaposition de programmes inadaptés n’a pas su répondre efficacement à leurs besoins et attentes diversifiés. Sollicité par la Chambre des conseillers pour évaluer les programmes publics destinés aux jeunes durant le mandat gouvernemental 2016-2021, le CESE a livré ses conclusions. Cette nouvelle étude complète celle réalisée en 2018 sur «une nouvelle initiative nationale intégrée pour la jeunesse marocaine». Les résultats mettent en évidence les avancées obtenues grâce à ces programmes, mesures et initiatives, mais soulignent également leur faible impact et leur portée limitée.

Défis majeurs
L’absence d’une politique spécifique visant la jeunesse durant cette période a été un frein majeur. Les programmes transversaux n’ont pas été dotés d’indicateurs spécifiques pour mesurer leur impact sur la vie politique, économique, sociale et culturelle des jeunes. Ainsi, malgré les avancées dans l’éducation et la formation, le système éducatif n’a pas réussi à enrayer le phénomène d’abandon scolaire et la marginalisation des jeunes, souligne le rapport.

Le conseil de Chami alerte que le développement culturel, les sports et les loisirs, censés favoriser la créativité, l’innovation, l’épanouissement et le bien-être des jeunes, ont été négligés. Les ressources financières et humaines nécessaires à leur promotion ont fait défaut, privant ainsi les jeunes d’espaces adéquats, d’équipements appropriés et d’encadrement de qualité. Les programmes visant à promouvoir l’emploi des jeunes entre 2016 et 2021 ont certes permis l’intégration d’un nombre considérable de jeunes sur le marché du travail, mais le bilan reste loin de répondre aux défis majeurs auxquels ils font face.

Les modes d’élaboration de ces programmes, les ressources humaines et financières mobilisées, ainsi que les outils et mécanismes de suivi et d’évaluation mis en place, doivent être repensés, estime le CESE. De plus, une large frange de jeunes, tels que les non-diplômés, les jeunes en situation précaire et les jeunes ruraux, n’ont pas bénéficié de ces initiatives. En matière de santé, les programmes publics destinés aux jeunes ont été distribués de manière inégale entre les différentes catégories de jeunes, les zones de résidence et les territoires, alarme le CESE.


Quant à la participation citoyenne, le retard dans la mise en place d’institutions prévues par la Constitution de 2011, telles que le Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, ainsi que les lois organiques relatives aux collectivités territoriales, a entravé l’implication effective des jeunes marocains dans la vie publique. Face à ces constats, le CESE souligne que le Maroc ne pourra atteindre son nouveau palier de développement sans agir en faveur de la qualification, la valorisation et l’implication de sa jeunesse. Il préconise ainsi l’adoption et la mise en oeuvre d’une politique publique nationale intégrée, articulée, chiffrée et appuyée par des outils de suivi et d’évaluation.

Manque d’indicateurs
Au niveau de la gouvernance globale, le conseil estime qu’il est primordial de décliner cette politique intégrée en programmes sectoriels dotés des ressources nécessaires, basés sur des indicateurs pertinents et précis, et régulièrement suivis et évalués. Ces programmes doivent prendre en compte les besoins et attentes spécifiques des différentes catégories de jeunes, qu’ils soient actifs, étudiants, femmes au foyer, NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation), ou jeunes en situation de handicap. Il est également recommandé de mettre en place un organe de pilotage de haut niveau dédié aux jeunes, auprès du Chef du gouvernement. Cet organe devrait servir de plateforme de gouvernance stratégique, de concertation et de suivi/ évaluation des programmes destinés à la jeunesse.

Avantages spécifiques
De plus, l’établissement rapide du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, en tant qu’organisme participatif et indépendant, permettrait de donner une voix aux jeunes dans les décisions publiques. À un niveau sectoriel, il est essentiel de renforcer l’offre de soins pour les jeunes en mettant en place des centres médico-universitaires dans chaque ville universitaire, ainsi qu’un ensemble minimum de services de santé pour les adolescents et les jeunes au sein des établissements de soins primaires.

La création de plateformes numériques dédiées aux jeunes, soutenues par tous les acteurs pertinents, serait un outil précieux pour identifier et recenser des projets, consolider les informations sur le foncier, les programmes d’appui publics et privés, ainsi que les offres de stages et d’accompagnement. Les jeunes entrepreneurs devraient également bénéficier de mesures encourageant leur accès aux marchés publics.

Enfin, des avantages spécifiques devraient être accordés aux jeunes, notamment en matière de transport, de tourisme, d’accès aux réseaux numériques, ainsi qu’aux activités culturelles, ludiques et sportives. La jeunesse marocaine, véritable moteur du développement du pays, mérite une attention soutenue et des opportunités réelles pour s’épanouir et contribuer pleinement à la construction d’un Maroc prospère et équitable.

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