LE MAROC DÉNONCE LA POSITION DE L’AFRIQUE DU SUD AU SUJET DU SAHARA MAROCAIN

Une ingérence sans influence aucune

Que cherche Pretoria en s’ingérant à nouveau dans le dossier du Sahara et en invitant l’Envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental ?


Le Maroc prouve, une fois de plus, qu’il est la seule partie prenante au différend autour du Sahara marocain qui est engagé à faire aboutir le processus politique des négociations sous l’égide des Nations-Unies. Chaque fois qu’il tend la main de bonne foi aux autres parties prenantes, cellesci vont aux antipodes de tout compromis. Cette fois-ci, c’est l’Afrique du Sud, l’allié inconditionnel de l’Algérie et un adversaire qui s’active en coulisses contre l’intégrité territoriale du Royaume, qui s’immisce dans le dossier. Tout a commencé le 3 février 2024, lorsque le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, a exprimé la position du Maroc qui a mis en garde Staffan de Mistura, Envoyé personnel du Secrétaire général pour le Sahara occidental, sur le caractère controversé de sa visite en Afrique du Sud. M. Hilale a confirmé que Rabat n’a «à aucun moment été consulté, ni informé» du voyage de de Mistura à Pretoria.

Une fois que le Maroc a eu connaissance de cette visite prévue il y a plusieurs semaines, le pays a immédiatement fait part à l’ONU, y compris à M. De Mistura, de son «opposition catégorique à un tel voyage et de notre rejet de toute interaction avec Pretoria concernant la question du Sahara marocain».

Trois jours plus tard, le 7 février, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, réagit, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion du segment ministériel de la Conférence de haut niveau sur les pays à revenu intermédiaire. Le lieu et la date de la réaction ont été bien étudiés, de sorte à montrer que les agitations de Pretoria ne sont pas si impactantes pour leur réserver un point de presse à part. C’est ce qui est ressorti dans ses propos. « L’Afrique du Sud était et restera un acteur marginal dans la question du Sahara marocain et une voix dissonante, sans aucune influence ni poids dans cette affaire», a déclaré M. Bourita en réponse à une question sur la visite en Afrique du Sud de Staffan de Mistura. M. Bourita a rappelé la position du Maroc sur le Sahara, qui repose sur trois points non négociables : l’identification des parties concernées par le conflit régional autour du Sahara marocain, l’identification des tables rondes comme cadre unique du processus onusien, et la confirmation de l’initiative d’autonomie dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume comme seule solution au conflit artificiel.

«Ces trois éléments constituent le déterminant fondamental de l’action du Maroc et de son interaction avec les parties internationales et avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU. Lorsqu’ils sont transgressés, le Maroc prend les mesures appropriées », a-t-il martelé, expliquant que le Royaume traite avec les envoyés de l’ONU et respecte les principes de transparence, de consultation et de coordination pour la réussite de ce processus.


S’est-il arrêté à ce stade ? Evidemment, non. M. Bourita a ajouté que l’Afrique du Sud, qui adopte depuis vingt ans une position négative sur la question du Sahara, n’a ni l’aptitude ni la capacité d’influencer le cours de cette question. Pour lui, cela se démontre par son incapacité à influencer les décisions dans son environnement géographique, puisque 27 pays ont depuis retiré leur reconnaissance de «l’entité fantôme», dont la moitié sont membres de la SADC et dont un tiers ont ouvert des consulats à Dakhla et Laâyoune. En dépit de ses manoeuvres, souvent souterraines, l’Afrique du Sud n’a aucune influence (encore moins de succès) quand il s’agit de s’opposer aux intérêts stratégiques du Royaume.

«Bien que l’Afrique du Sud ait été, à trois reprises, membre du Conseil de sécurité depuis sa reconnaissance de l’entité fantoche, elle n’a pu empêcher l’adoption d’aucune des résolutions du Conseil de sécurité, lesquelles soutiennent toutes l’initiative d’autonomie, identifient les parties au conflit et consacrent le processus des tables-rondes», tambourine le ministre des Affaires étrangères. A cet égard, M. Bourita a également évoqué l’élection du Maroc à la présidence du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour l’année 2024 à une large majorité des voix, dépassant l’Afrique du Sud. Même au niveau de l’Union africaine, l’Afrique du Sud a tenté, sans succès, de faire obstacle au retour du Maroc dans l’organisation panafricaine ainsi qu’à son adhésion au Conseil de paix et de sécurité, alors même que le Royaume y est fortement présent depuis six ans.

Mais que cherche donc Pretoria en s’ingérant à nouveau dans le dossier du Sahara et en invitant l’Envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental? En vérité, il faudra commencer par analyser le contexte de cette visite. Celle-ci intervient dans un contexte où l’Afrique du Sud cherche à s’imposer comme un acteur régional influent. L’Afrique du Sud veut profiter de la dynamique de sa victoire remportée à La Haye, où la Cour Internationale de Justice a répondu favorablement aux arguments sud-africains accusant Israël de génocide contre le peuple palestinien. Le Royaume a toujours exprimé son mécontentement face à l’ingérence de l’Afrique du Sud dans ce dossier.

Dans une lettre envoyée, en mars 2023, à Antonio Guterres, l’Ambassadeur permanent du Royaume aux Nations Unies, Omar Hilale, a dénoncé le fait que l’Afrique du Sud soit devenue complice de l’Algérie et du Polisario, en leur apportant un soutien idéologique aveugle et en leur fournissant des armes et des équipements militaires. Il a également reproché aux sud-africains leur manque de neutralité et d’objectivité, ainsi que leur volonté de saper les efforts de l’ONU pour parvenir à une solution politique pacifique et durable au conflit sahraoui. Depuis le retour du Maroc à l’Union africaine (2017) après 33 ans d’absence, il a oeuvré à clarifier l’action de l’organisation continentale. Il a plaidé pour que la question du Sahara soit traitée exclusivement par la « troïka » des chefs d’Etats, une instance tournante composée de l’actuel président, du précédent et du futur président, ainsi que du président de la Commission de l’UA, afin d’éviter les interférences et les pressions de certains pays membres avec des agendas politiques ciblant le Maroc.

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