Quand les inégalités hommes–femmes se creusent...

Les inégalités hommes-femmes sont multiformes.

Malgré les dispositions du Code du travail qui interdisent toute différentiation de salaire basée sur le sexe, il n’en reste pas moins qu’en matière de différences d’accès à l’emploi, d’écart du nombre d’heures travaillées… les inégalités hommes-femmes restent multiformes non seulement chez nous mais aussi dans le monde. C’est ce que révèle le rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales 2022.

Rapport qui vient d’être publié, et qui dévoile, entre autres, les écarts de revenu femmes hommes. Les auteurs, sous la coordination de Lucas Chancel, qui font partie du «World Inequality LAB» se sont, en effet, concentrés sur un indicateur pour les mesurer: les écarts de revenus du travail, comprenant salaires, traitements et la part du travail issu du revenu des indépendants. En moyenne, les femmes touchent aujourd’hui 35% des revenus du travail mondiaux, soit guère plus qu’en 1990.

C’est en Europe de l’Ouest que cette proportion a le plus progressé, passant de 31,4% à 38% depuis les années 1990, grâce aux progrès de l’égalité professionnelle, en partie impulsés par la loi.

Ce rapport qui avance les premières estimations sur les inégalités de revenus entre hommes et femmes à l’échelle mondiale, montre, par ailleurs, que l’écart de revenus entre les sexes reste très important: dans un monde égalitaire, les femmes percevraient 50% de tous les revenus du travail.

Depuis trente ans, les progrès ont été très lents au niveau mondial et les dynamiques très différentes d’un pays à l’autre, puisque certains ont enregistré des progrès, pendant que d’autres voyaient se réduire la part des femmes. C’est cette dernière situation qui prédomine dans certains pays qui restent des plus inégalitaires, en l’occurrence ceux qui appartiennent à la zone MENA –Moyen-Orient et Afrique du Nord).

En effet, à l’opposé de l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dont fait partie notre pays, détiennent la triste palme des régions les plus inégalitaires au monde. Les 10% des plus riches y captent en effet 58% des revenus, soit davantage qu’en Amérique latine (55%) et qu’en Asie de l’Est (43%). «Cela tient à la présence de sociétés duales, où une élite économique et politique très aisée jouit des niveaux de prospérité proches de ceux des pays à haut revenu, vivant à côté d’individus en situation d’extrême pauvreté», détaille le rapport. C’est dans ces pays, aussi, que les disparités de richesse se traduisent aussi par des inégalités en termes d’empreinte écologique.

Or, si rien ne change, les inégalités continueront de se creuser, jusqu’à atteindre des proportions insoutenables. Pour éviter cette situation, les auteurs pensent qu’investir dans l’éducation, la santé et la décarbonation de l’économie sera indispensable afin de réduire les disparités avant impôt et redistribution, principal moteur des inégalités au sens large. Les auteurs promeuvent également l’instauration d’une fiscalité plus progressive.