Inégalités de genre au Maroc : Un regard sur le statut des femmes juives


La communauté juive marocaine dispose d’un cadre juridique distinct, mais celui-ci est loin de garantir une véritable égalité entre les sexes.

Les marocaines musulmanes ne sont pas les seules à se plaindre de subir des discriminations légales. C’est le cas également pour leurs concitoyennes juives. Si la plupart des Marocaines sont soumises à la Moudawana, la loi qui repose sur les principes de l’islam, la situation des femmes juives n’est guère plus enviable. En effet, bien que la communauté juive marocaine dispose d’un cadre juridique distinct, celui-ci est loin de garantir une véritable égalité entre les sexes.

Un statut de subordination
Certes, le Maroc est le seul pays, en dehors d’Israël, où le statut personnel des citoyens de confession juive est régi par les seules dispositions du droit hébraïque. Mais cela ne signifie pas que les femmes juives jouissent d’une réelle autonomie judiciaire. En effet, la Halakha, la loi juive, est une loi patriarcale, réservant aux femmes un rôle subordonné à celui des hommes. La Halakha reconnaît la soumission de la femme à l’autorité masculine dans la famille et dans la société. La femme est considérée seulement comme la gardienne du foyer, responsable de la gestion du ménage et de l’éducation des enfants.

Ainsi, le mariage juif implique des obligations et des devoirs imposés aux deux époux, mais la soumission de la femme est évidente dès la signature de la Ketouba, un document standard qui stipule que la femme doit obéir à son mari et le suivre là où il va. De plus, la Halakha précise que le mari doit subvenir aux besoins matériels de sa femme, mais que cette dernière doit l’honorer encore plus, répondre à sa volonté, combler tous ses besoins, éduquer les enfants selon la Torah, tenir une cuisine Kasher et assurer la pureté familiale. Le rôle de la femme se limite ainsi dans la réponse aux besoins de son mari et de sa famille.


Le divorce, une procédure compliquée
En cas de divorce, la répudiation de la femme était longtemps tributaire du bon vouloir de l’homme et seul le rabbin-juge est habilité à dissoudre le contrat. Bien que la législation appliquée au Maroc permette désormais à l’épouse de demander le divorce, il est d’usage que l’homme ait le droit absolu de le demander selon plusieurs sources. De plus, le divorce est considéré comme une aberration dans la culture juive, avec des conséquences sur la garde des enfants qui ne sont guère favorables aux femmes.

En effet, la législation hébraïque marocaine prévoit que, en cas de divorce, les garçons sont généralement confiés à leur père, sauf s’ils sont âgés de moins de six ans. Les filles, quant à elles, restent chez leur mère jusqu’à ce que leur père les réclame. Le tribunal accorde à l’ex-épouse une pension alimentaire déterminée par les rabbins-juges, mais leur expertise peut être requise en cas de jurisprudence.

Quant à l’héritage, il est inégalitaire en ce qui concerne le statut de la femme, les garçons passant avant les filles. Si la femme juive peut hériter de la même part que ses enfants lorsque son mari décède, elle n’hérite de rien si elle est mariée, car son époux est censé subvenir à ses besoins. Ainsi, si la communauté juive marocaine dispose d’un cadre juridique distinct, celui- ci n’assure pas une véritable égalité entre les sexes.

La situation des femmes juives n’est guère meilleure que celle de leurs consoeurs musulmanes, et les deux communautés sont confrontées à des lois et des traditions profondément inégalitaires envers les femmes. Il est donc urgent que les autorités marocaines prennent des mesures concrètes pour garantir l’égalité des sexes et mettre fin à ces injustices juridiques ancrées dans la société marocaine. La lutte pour l’égalité des sexes doit être poursuivie pour que toutes les femmes, quelles que soient leur religion ou leur culture, puissent jouir de leur pleine liberté et de leurs droits.

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