Industrie pharmaceutique: Des ambitions toujours plus grandes

L’industrie pharmaceutique fait, depuis les années 1960, partie des fleurons de l’économie nationale. Mais les professionnels souhaitent la développer davantage, alors que de nombreux obstacles la freinent depuis quasiment trente ans.

Assurément, le Maroc peut être fier aujourd’hui de son industrie pharmaceutique, qui de l’avis général des spécialistes compte parmi les plus à la pointe du monde arabe et d’Afrique. Chose que l’on a notamment pu constater au cours de cette pandémie de Covid-19, puisqu’à rebours des pays de la région le Royaume n’a par exemple pas eu à importer l’hydroxychloroquine et l’azithromycine pour traiter ses malades, étant donné que les laboratoires marocains euxmêmes en produisent (pour le marché national tant que pour ceux de l’étranger).

C’est que depuis les années 1960, le décideur avait fait le choix de développer cette industrie, de sorte à ne plus avoir à dépendre des importations. Pari réussi à moitié dès le tournant des années 1980, et en 1990 les firmes pharmaceutiques nationales pouvaient à elles seules combler 80% des besoins du pays. Sauf que, depuis, un net recul a été observé, à telle enseigne que ce taux était redescendu à 52% seulement en 2019 et pourrait aller jusqu’à 46% à l'horizon 2030.

On continue, ainsi, toujours de dépendre de l’étranger pour des médicaments stratégiques comme les dérivés du sang (albumine et tegeline), les maladies du système nerveux central (gardenal, depakine), les maladies chroniques (levothyrox et modopar), les médicaments d’urgence injectables (vitamine k et sintrom), les médicaments stratégiques en réanimation (éphédrine et lovenox) et les vaccins (tetraxim et priorix).

Un manque à gagner
Ce qui représente au total, selon les estimations de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP), un manque à gagner pour l’État marocain d’environ 2 milliards de dirhams par an. Parmi les obstacles actuels, l’instance présidée par Ali Sedrati retient principalement l’absence d’incitations à la fabrication locale, ce qui a pour conséquence de sous-utiliser l’outil industriel; le désengagement des multinationales; la procédure d’enregistrement des médicaments génériques; et l’inadéquation des procédures de bioéquivalence avec les exigences internationales (le décret afférent tarde à voir le jour).

Mais elle signale également le fait que le Maroc consacre 6% seulement de son produit intérieur brut (PIB) à la santé -contre une recommandation annuelle de 10% de l’OMS-; le pouvoir d’achat qui reste relativement faible, de l’ordre de 500 dirhams par habitant et par an; l’adoption en décembre 2013 du décret relatif aux conditions et aux modalités de fixation des prix publics de vente des médicaments fabriqués localement ou importés; et, last but not least, la faible couverture sociale de la population, qui bon an mal ne dépasse pas les 40%.

À ce dernier égard, la FMIIP attend beaucoup du chantier de la généralisation de cette couverture et rend hommage au roi Mohammed VI, qui en est à l’origine. Elle met aussi l’accent sur des mesures pour l’encouragement et le développement de la fabrication locale, à savoir l’introduction de la préférence nationale sur le médicament fabriqué localement, l’application de la loi portant code du médicament et de la pharmacie en ce qui concerne le statut d’établissement pharmaceutique et la détention d’autorisations de mise sur le marché (AMM), le développement d’une politique volontariste pour le médicament générique et le développement à l’export. Ces mesures ont été présentées, récemment, en long et en large aux partis politiques par la FMIIP.

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