DE L’IMPORTANCE DES R&D

La souveraineté technologique du royaume en question

La situation actuelle doit nous rappeler combien il est important d’encourager davantage le développement scientifique dans notre pays.

Avec l’Egypte et la Jordanie, le Maroc fait partie des trois seuls pays arabes à pouvoir se targuer de posséder une industrie pharmaceutique digne de ce nom. Gilead, le géant pharmaceutique américain, l’avait appris à ses dépens au milieu de la décennie précédente, après avoir «oublié» de breveter le sofosbuvir, la molécule qu’il avait fait synthétiser pour soigner l’hépatite C, dans le Royaume: son top management ne pensait en fait tout simplement pas que les laboratoires marocains étaient en mesure de le produire; exploit qu’allait réussir Pharma 5 à partir de novembre 2015, en le commercialisant sous le nom de «SSB 400», et ce à un prix cent fois moins cher que l’original.

Ces capacités techniques et technologiques seront sans doute d’une grande utilité par les temps de Covid-19 qui courent pour le Maroc, alors qu’il devient de plus en plus évident que chaque pays devra faire avec ses propres moyens pour se sortir de la pandémie. A cet égard, une importante polémique a éclaté au niveau international après que le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, a déclaré le 13 mai à l’agence de presse américaine Bloomberg que la compagnie française allait prioriser les Etats-Unis en ce qui s’agit de la mise à disposition du vaccin qu’elle est en train de concevoir, étant donné que le pays de l’Oncle Sam investissait quelque 30 millions de dollars de ses propres deniers dans ses recherches: si le principal concerné est, depuis lors, revenu sur ses propos, en se confondant selon les révélations des médias en excuses à l’adresse de ses employés tellement le tollé suscité avait été grand, il n’en reste pas moins que l’affaire est révélatrice de ce qui est actuellement en train de se tramer de par le monde.

Et c’est sans doute à raison que l’Association de lutte contre le Sida (ALCS), l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et ITPC MENA se mobilisent ces jours-ci pour que les autorités marocaines invoquent la règle des licences d’office, que permet l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour des pays en voie de développement comme le Maroc au titre de la déclaration de Doha, pour fabriquer des génériques des médicaments utilisés actuellement pour traiter le Covid-19, à l’instar du remdésivir développé justement par Gilead: il s’agit, in fine, d’une question de souveraineté nationale (lire l’article sur la question).

La situation actuelle doit nous rappeler combien il est important d’encourager davantage le développement scientifique dans notre pays: que serait-il arrivé si, par hasard, ce n’était pas au Maroc que Sanofi produisait l’hydroxychloroquine, qui est actuellement considéré comme un des traitements les plus efficaces se trouvant à ce jour sur le marché contre le Covid-19, ce qui avait donné la possibilité aux autorités sanitaires nationales de saisir les quantités disponibles et de les utiliser, à partir du 23 mars, dans leurs protocoles de soin des malades? L’Inde, qui est pourtant le premier producteur et en dispose donc en principe à foison, avait pris la décision le 25 mars d’en interdire l’exportation pour la réserver en priorité à sa propre population, ce qui est bien sûr son droit le plus absolu.

Aujourd’hui, à peine 0,8% du produit intérieur brut (PIB) est consacré à la recherche et développement au Maroc, alors que l’Organisation des Nations unies (ONU) recommande le double de cette portion, qui atteint même le triple en moyenne dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dans l’interview qu’il nous avait accordée pour notre édition du 20 avril, l’immunologue marocain Moncef Slaoui confiait que Moderna, dont il était jusqu’à récemment membre du conseil d’administration et qui avait été la première au monde, le 16 mars, à annoncer la mise au point d’un vaccin, dépensait chaque année à elle seule la moitié du budget de recherche et développement du Maroc entier.

Si le Royaume n’a bien évidemment pas les moyens, eu égard au niveau de développement actuel de son économie, de tenir la dragée haute, il garde toutefois devant lui une marge suffisamment grande pour qu’il se presse d’essayer de la combler au plus vite, au risque de se retrouver complètement à la rue dans les prochaines années et, pis, à la merci totale des grands groupes.


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