Impasse éducative : Le résultat d'une classe politique déconnectée de la réalité des Marocains


La colère et le désarroi envahissent les esprits de plus de huit millions d’élèves marocains et de leurs parents. Abandonnés sans cours depuis plus de trois mois à cause de l’annonce du nouveau statut unifié pour les enseignants, ils se voient aujourd’hui confrontés à une «solution» dérisoire du ministère : une extension de l’année scolaire d’une semaine. Une proposition qui ajoute à la frustration d’une situation déjà critique.

En effet, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a annoncé, le mardi 2 janvier 2023, l’élaboration d’un “plan national intégré pour la gestion du temps scolaire et l’organisation pédagogique de l’apprentissage des élèves de tous les cycles d’enseignement”. Ce plan consiste sur la prolongation de l’année scolaire d’une semaine pour les trois cycles, tout en offrant aux élèves des niveaux certifiants le temps scolaire “nécessaire” à l’achèvement des programmes des matières certifiantes dans des “conditions pédagogiques et didactiques appropriées”.

Cette mesure, loin d’être la panacée, soulève des doutes quant à sa capacité de pallier plus de trois mois d’interruption scolaire, surtout dans un contexte où une grande partie des enseignants reste réticente à reprendre les cours. Cette mesure paraît non seulement insuffisante, mais aussi déconnectée de la réalité des défis éducatifs auxquels sont confrontés ces élèves.

Par ailleurs, le ministère, dans son communiqué officiel, affirme chercher à «rassurer les familles et à assurer le respect du principe d’égalité des chances pour tous». Un discours qui sonne creux face à la réalité tangible d’une fracture éducative. Les élèves des écoles privées, bénéficient d’un enseignement ininterrompu et souvent renforcé par des cours de soutien, se trouvent dans une sphère privilégiée. En revanche, leurs pairs du secteur public naviguent à vue, dans un océan d’incertitudes. Cette disparité criante met en exergue non seulement une inégalité flagrante mais aussi le fossé béant entre les promesses ministérielles et la réalité du terrain. Ces déclarations semblent être dûes à la déconnexion des responsables politiques de la réalité du peuple marocain.

Le secrétaire général du Parti de l’Authenticité et de la Modernité, Abdellatif Ouahbi, à titre d’exemple, qui n’a pas hésité à annoncer «qu’ il est inacceptable de permettre à quiconque de forcer la main de l’État» en parlant des grèves des enseignants, n’a pas rougi quand quelques mois auparavant, alors qu’il était en plein scandale de favoritisme lors du concours d’accès à la profession d’avocat, que son fils «a étudié à Montréal. Son père est riche et lui a payé ses études à l’étranger». Certes, le gouvernement a tenté de persuader les enseignants de reprendre les cours. «Après un effort colossal de l’État s’élevant à 10 milliards de dirhams, que demandez-vous de plus?» a déclaré Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, le 19 décembre au parlement, faisant allusion à l’augmentation de salaire de 1500 dirhams accordée aux enseignants. Sauf que la réforme du système éducatif dépasse le côté financier.

Toutefois, l’État marocain se trouve à un carrefour critique, hésitant à annoncer une année scolaire blanche malgré un semestre écoulé sans évaluation pour les étudiants du public. Dans ce contexte de grèves prolongées, le spectre d’une année perdue plane, menaçant de toucher tant les écoles privées que publiques, à l’exception notable des établissements internationaux. Cette situation met en lumière un clivage éducatif profond et soulève des questions cruciales sur l’égalité des chances. Ainsi, l’urgence pour le gouvernement de trouver une solution se fait pressante. Il ne s’agit plus seulement de gérer une crise, mais de prévenir un effondrement éducatif qui pourrait marquer durablement la société marocaine.

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