L’impact sournois du confinement

LE PHÉNOMÈNE DU SUICIDE S’AGGRAVE

Médecins du secteur public, hommes d’affaires et policiers sont désormais touchés par le phénomène du suicide. Un fléau prend de l’ampleur dans plusieurs villes où le confinement est prolongé.

On en parle très peu dans la société et dans les médias mais le phénomène est en train de prendre des proportions alarmantes pendant cette crise du Covid-19. Après le prolongement du confinement dans les plus grandes villes du pays jusqu’au 10 juillet 2020, le suicide risque encore de s’aggraver avec les craintes des psychologues de voir ce fléau se déplacer chez les enfants qui, comme le soulèvent les pédiatres, sont les personnes les plus fortement touchées par le confinement. De nombreux cas de suicides ont été, en effet, signalés dans la communauté des affaires. Selon le président de la confédération marocaine des PME, Abdellah El Fergui, deux loueurs de voitures ont récemment mis fin à leurs jours à Casablanca et Marrakech. Criblés de dettes, avec un arrêt d’activité pendant plus de trois mois, les loueurs de voitures (plus de 11.000 personnes) sont aujourd’hui, plus que jamais, menacés de disparition.

Au bord de la dépression
D’autres professions sont touchées par ce phénomène, notamment parmi le personnel soignant. Selon le président du Syndicat indépendant des médecins du secteur public, El Mountadar Alaoui, un médecin s’est suicidé tout récemment. Il évoque également cinq tentatives de suicide qui ont causé aux médecins concernés des séquelles psychologiques énormes. Pour M. El Alaoui, les médecins du secteur public vivent un calvaire indescriptible lié à la surcharge du travail et aux restrictions qui leurs sont imposées, notamment l’interdiction de voir leurs enfants et leurs familles pendant toute la période où ils sont en contact avec les malades. Le moins que l’on puisse dire est que ce personnel soignant, tant applaudi et salué pour ses sacrifices et sa mobilisation sans faille pour la lutte contre le Covid-19, se retrouve actuellement au bord de la dépression qui mène au suicide, tant la pression qui pèse sur leurs épaules est insupportable.

Autre corps professionnel touché par ce phénomène: les policiers. Au même titre que les médecins du secteur public, les policiers ont été mobilisés pendant toute la période de l’état d’urgence sanitaire pour faire respecter le confinement. Un cas de suicide d’un inspecteur principal de police avec l’usage de l’arme de service de son collègue a été révélé, jeudi 28 mai 2020, par Brigade nationale de la police judiciaire, qui a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de ce suicide. Selon les premiers éléments de l’enquête, le policier suicidaire avait repris, la veille, son travail au commissariat de police de Bouznika après avoir bénéficié d’un congé de maladie de moyenne durée en raison d’une maladie psychiatrique. Le policier en question s’est, ensuite, emparé de l’arme de service d’un de ses collègues, qui était occupé par l’accomplissement des tâches administratives, et s’est tiré une balle dans la tête qui lui a été fatale.

Outre la BNPJ, eu égard à la gravité de l’acte, une seconde enquête a été confiée à l’inspection générale de la sûreté nationale. Beaucoup de psychologues et de psychiatres ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur un phénomène qui ne cesse de s’aggraver, alertant sur de nouveaux cas qui pourront être signalés dans le futur et qui sont la conséquence du prolongement du confinement.

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