Impact économique du covid-19 sur les régions du Maroc

L'Oriental et Marrakech, principales victimes

La Direction des études et prévisions financières (DEPF) a publié les résultats d’une étude conjointe avec la Banque mondiale, sur l’impact socio- économique de la crise sanitaire dans les douze régions du Maroc. Détails.

C’est un secret de polichinelle. La pandémie de Covid-19 a frappé de plein fouet plusieurs grands pans de l’économie marocaine. Sauf que, jusque-là, on ignorait le niveau des dégâts en fonction des localités.

La Direction des études et prévisions financières (DEPF) éclaire notre lanterne en publiant les résultats d’une étude conjointe sur l’impact socio-économique de cette crise sanitaire dans les douze régions du Royaume, réalisée en partenariat avec la Banque mondiale. Cette enquête nous révèle que le secteur informel, qui ne bénéficie pas de mesures de protection sociale, a payé le plus lourd tribut, à cause des restrictions de déplacement, de l’arrêt temporaire du travail et du confinement.

Les taux de chômage les plus élevés sont enregistrés dans la région de l’Oriental et les régions du Sud avec respectivement 20,7% et 19,8%. En effet, précise l’étude, ces zones concentrent une grande part de l’«économie de l’ombre», principalement dans l’emploi non-agricole. L’agriculture n’a pas non plus été épargnée par le Covid, elle qui était déjà affectée par la vague de sécheresse ces deux dernières années. Une conjoncture négative qui s’est d’ailleurs répercutée sur les foyers verts du Royaume tels que l’Oriental, Drâa-Tafilalet et Fès-Meknès, qui ont subi des pertes significatives et un taux élevé de chômage.

Disparités régionales
Sur le plan économique, on note un certain nombre de disparités selon les régions. Elles ont été classées dans trois catégories, en fonction de l’ampleur des pertes en valeur ajoutée enregistrées en 2020 par rapport à 2019. Dans la première, on retrouve les régions de l’Oriental (-9,8%), Marrakech- Safi (-9,6%), Souss-Massa (-8%) et Béni Mellal-Khénifra (-6,8%), qui ont été «profondément impactées», puisqu’elles sont fortement dépendantes du tourisme et des activités fortement tributaires de la demande mondiale ou celles caractérisées par une présence importante de l’emploi informel, d’après le rapport.

Le deuxième groupe abrite les régions «modérément touchées», en l’occurrence Laâyoune-Sakia El Hamra (-6,2%), Guelmim- Oued Noun (-5,8%), Fès-Meknès (5,2%), Casablanca-Settat (-5,1%) et Dakhla-Oued Ed Dahab (-5%). Selon la DEPF, ces localités sont spécialisées dans les secteurs modérément impactés par la pandémie, avec une part de l’emploi informel relativement faible. Enfin, le troisième lot est composé de celles «relativement résilientes» au Covid, comme Tanger-Tétouan-Al Hoceima (-1,6%), Rabat-Salé-Kenitra (-2,5%) et Drâa-Tafilalet (-4,3%).

Des régions qui accueillent un nombre important d’activités de support, des activités non marchandes de l’administration ou des activités qui ont été positivement impactées par la crise. La DEPF a d’ailleurs émis plusieurs recommandations (voir encadré) dans l’objectif «d’impulser le développement des territoires, de renforcer leur résilience globale pour mieux relever les défis de relance post-Covid-19 et d’anticiper les transformations qui se profilent».

Globalement, le PIB national a chuté de 5,3% en 2020 sous l’effet de la crise, révèle l’enquête. Les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration ont été les plus touchés, avec une perte de 55,8% de leur valeur ajoutée entre 2019 et 2020, à cause de la suspension des activités touristiques. Ils sont suivis des transports (-27,40%) et l’industrie mécanique, métallurgique et électrique (-21,30%).

Gain de plus de 20 millions de DH
Pour limiter les conséquences de cette crise sanitaire, le gouvernement marocain avait mis en place des mesures de soutien économique en faveur des entreprises les plus impactées et des indemnités pour venir en aide aux employés du secteur informel et ceux du formel en arrêt d’activités. Une stratégie pilotée par le Comité de veille économique (CVE). Une décision jugée salutaire par les auteurs de l’étude, parce qu’elle a permis un gain de l’ordre de 20,560 millions de dirhams, soit 1,5 point de pourcentage de la valeur ajoutée. Sans ces mesures, le PIB aurait chuté de 6,84% au lieu de 5,3%, précisent-ils.

Cette étude conjointe n’a pas omis de mettre la loupe sur le nombre de décès dans les régions. Elle constate que la région Beni Mellal-Khénifra, qui compte 2.544 habitants par médecin, enregistre le taux de létalité le plus élevé du Royaume (2,9%), plus que celles de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kenitra (1,2%) qui, pourtant, concentrent plus de 50% des cas Covid au niveau national.

L’explication est simple. Ces deux grandes métropoles ont le nombre d’habitants par médecin le plus bas du Maroc, avec un ratio de 1.015 pour la première et 835 pour la seconde. Pour autant, cela ne doit pas pousser les Casablancais et R’batis à jeter les masques et à baisser les gardes, surtout dans un contexte marqué par une augmentation considérable des cas du nouveaux variant indien Delta dans plusieurs pays du monde, notamment en Europe.

La récente note du ministère de la Santé qui incitait les Marocains à respecter les mesures barrières, car ayant constaté un relâchement après l’assouplissement des mesures restrictives, sonne comme une alerte qui rappelle que le Covid est toujours là. Prudence !