"L’île du couchant", de Gilbert Sinoué

Moulay Ismaïl, au zénith de l’histoire

Premier tome d’une trilogie historique consacrée au Maroc proto-protectorat franco-espagnol, “L’Île du couchant” se veut un hommage à celui qui fut sans doute un des monarques marocains les plus flamboyants à avoir jamais régné.

Souvent comparé à Louis XIV, dont il a été le contemporain au point de se faire valoir le surnom de “Roi-Soleil marocain” -on pourrait tout autant dire de Louis XIV qu’il fut son pendant français-, le sultan Moulay Ismaïl a, pour ainsi dire, non seulement marqué l’imaginaire du Maroc, dont il est à ce jour le monarque ayant régné le plus longtemps -54 ans, 11 mois et 8 jours, en tout et pour tout, entre 1672 et 1727-, mais bien au-delà, jusqu’aux autres pays du monde.

Et c’est donc dans l’ordre des choses que Gilbert Sinoué, le grand auteur français d’origine égyptienne spécialiste des fresques romanesques historiques -“Le Dernier Pharaon”, “L’Ambassadrice”-, s’est décidé de s’emparer de sa figure.

Ce qui a donné “L’Île du couchant”, paru ce 3 juin 2021 chez Gallimard et qui, selon un communiqué de la maison d’édition française, doit constituer le premier tome de la trilogie “Guerre et paix oriental”, qui doit prendre fin en 1912, au moment de la chute de l’Empire chérifien et de l’établissement du protectorat franco-espagnol sur l’ensemble de son territoire.

Livre-fleuve -304 pages-, agrémenté en couverture du célèbre tableau du peintre orientaliste français Eugène Delacroix “Moulay Abd-Er-Rahman, sultan du Maroc, sortant de son palais de Meknès, entouré de sa garde et de ses principaux officiers”, aujourd’hui présent dans la collection du Musée des Augustins de Toulouse, “L’Île du couchant” revient sur la saga de celui qui fut sans doute le véritable bâtisseur de l’État alaouite, après avoir pris la suite de son frère aîné Moulay Rachid, qui, lui, avait par contre étendu ce qui n’était à l’époque qu’un émirat au-delà de sa région d’origine du Tafilalet, alors que le Maroc se trouvait à l’époque morcelé entre une demi-douzaine de régences nées de la désagrégation de la dynastie saadienne.

Vérité historique
Le titre du roman fait bien sûr référence, les arabophones l’auront compris, à l’appellation que le Royaume avait dans le reste du monde arabe, c’est-à-dire celle de “Jazîrat al-Maghrib”, tellement son caractère idiosyncratique était, depuis bien avant l’ère moderne, déjà manifeste. Ce caractère justement, c’est un ressortissant français répondant au nom de Casimir Giordano qui, dans “L’Île du couchant”, le raconte, et pour ce faire il a l’avantage d’être en contact direct et permanent avec Moulay Ismaïl, dont il n’est autre que le médecin personnel.

Point là, toutefois, d’exotisme, comme l’on en trouve souvent dans un genre qui a notamment fait florès au XIXe siècle avec l’“Itinéraire de Paris à Jérusalem” de Chateaubriand ou encore le “Voyage en Orient” de Nerval: Sinoué a, comme à son habitude, bien balisé le terrain en passant plus d’un an de recherche entre la Bibliothèque nationale de France (BNF) et les recommandations de son ami l’historien marocain Mustapha El Qadéry.

Sans prétendre à être l’oeuvre d’un académicien, “L’Île du couchant” n’en reste donc pas moins rigoureux eu égard à la vérité historique, avec le style plaisant caractéristique de l’auteur et accessible aux profanes d’ici et d’ailleurs.