L’ALGÉRIE OPPOSE SON VETO À L’ENTRÉE DES MARCHANDISES QUI TRANSITENT PAR LES PORTS MAROCAINS

Encore une hostilité gratuite sans effet sur l’économie marocaine

La mesure d’interdire le transbordement par les ports marocains s’ajoute à un ensemble de dispositions d’inimitié envers le Royaume. Loin de déstabiliser l’économie marocaine ou de porter un coup au leadership maritime marocain, elle risque plutôt de se transformer en un effet boomerang pour l’Algérie.


Abdelmadjid Tebboune et Saïd Chengriha.


L’Algérie a franchi une nouvelle étape en ce début d’année 2024 dans son acharnement systématique contre le Maroc. Cette foisci, c’est dans le domaine économique qu’elle jette encore son dévolu sur le Royaume. Le régime militaire a opposé son veto à l’entrée dans le pays de marchandises qui transitent par les ports marocains. Le directeur général de l’Association algérienne des banques et établissements financiers (ABEF), Rachid Belaid, a notifié le 10 janvier 2024 à ses membres qu’elle a décidé de « refuser toute opération de domiciliation pour les contrats de transport qui prévoient le transbordement/transit par les ports marocains ». En ce sens, elle a donné des instructions pour qu’avant de procéder à tout prélèvement automatique, il soit vérifié que ce n’est pas le cas.

Raisons politiciennes
Cette décision a été actée le jour même de la tenue de la réunion du Haut conseil de sécurité algérien, en présence du président Abdelmadjid Tebboune et du chef d’état-major de l’armée, le général Saïd Chengriha. Cette mesure s’ajoute à un ensemble de dispositions d’inimitié envers le Maroc, qui a atteint son paroxysme à l’été 2021, lorsqu’Alger a procédé à la rupture des relations avec le pays voisin. Elle a également fermé son espace aérien aux avions marocains et suspendu, à partir du 31 octobre 2021, les expéditions de gaz vers l’Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe (GME), qui approvisionnait également en partie le royaume.

« Zéro intérêt, zéro impact ! C’est une décision politique haineuse et c’est un non évènement économique. Tanger Med est surbooké. L’Algérie n’existe plus depuis 30 ans dans le tableau de bord de nos échanges mondiaux. Il faut attendre la prochaine décision politique haineuse dans le domaine économique C’est la préoccupation quotidienne du régime algérien : le coup du lendemain. Dieu merci plus ils nous haïssent, plus on se développe. Dans les règles de l’OMC il y a ce qu’on appelle la Nation la plus favorisée. Et dans le jargon haineux et rétrograde du régime algérien, il y a ce qu’il appelle le pays qui leur donne une insomnie permanente », nous confie Najib Mikou, expert économique.

Des économistes contactés par nos soins révèlent que cette décision se retournera contre l’Algérie puisque cela augmentera considérablement le coût du fret maritime à destination de l’Algérie. Car les grands armateurs vont être obligés de se tourner vers Valence ou Alicante (Espagne), Le Pirée (Grèce), Marsaxlokk (Malte) ou encore Marseille (France). « C’est un non-événement. Le Maroc s’est habitué à ce genre d’agressions. Cette décision, prise pour des raisons politiciennes, n’affecte aucunement le port de Tanger Med, qui a un statut d’un port mondial, méditerranéen et africain.

Elle ne fera que détourner les importations via d’autres ports lointains, ce qui augmentera le coût de ces importations et rallongera le temps du transport. Ce qui revient à dire que ce n’est pas une décision économique », souligne le Pr Ahmed Azirar, économiste. Pas besoin d’être un expert en supply chain pour comprendre que Tanger Med, premier port de transbordement de conteneurs en Méditerranée, est visé et ciblé par la nouvelle directive de l’ABEF. Le succès planétaire de ce bijou infrastructurel voulu, construit et développé sous le règne du roi Mohammed VI, classé cette année dans le top 5 des ports les plus performants au monde, attise la jalousie et la haine de l’Algérie. Il est le premier port de transbordement devant Pirée en Grèce et Valence et Algésiras en Espagne. Le géant portuaire marocain est devenu dernièrement la porte d’entrée vers la mer depuis que les navires évitent la mer rouge.


Port de Tanger Med


Fret maritime
cette décision algérienne a été longuement pensée, prenant en compte à la fois la raison d’un État aux velléités délétères cherchant à tout prix à déstabiliser économiquement et politiquement son voisin de l’Ouest et ses conséquences que l’économie algérienne n’est pas en mesure de supporter. Car cette mesure, loin de déstabiliser l’économie marocaine ou de porter un coup au leadership maritime marocain, risque plutôt de se transformer en un effet boomerang pour l’Algérie. Le seul effet qu’elle peut avoir, c’est la hausse significative du coût du fret maritime pour l’Algérie, un pays déjà connu pour ses tarifs parmi les plus élevés de la Méditerranée. La compagnie de navigation marocaine CMA CGM a annoncé la révision à la hausse de ses tarifs d’import/export entre l’Algérie et la France à partir du 1er février prochain, en réaction au boycott des ports marocains. Les compagnies espagnoles ont également augmenté leurs coûts.

Aussi, il faut savoir qu’il n’existe pas en Algérie un port de la taille de Tanger Med qui peut accueillir de gros cargos. Les importateurs algériens doivent passer par les ports espagnols, entre autres, pour transporter, à bord de bateaux de taille moyenne, les marchandises vers les ports d’Alger ou d’Oran. Si d’emblée cela semble profiter aux ports espagnols ou français, cette décision plombe davantage le pouvoir d’achat des Algériens, qui subiront le surcoût de la taxe carbone européenne et du parcours rallongé du fret (au lieu de passer par Tanger Med, plus proche). Tout bien calculé, la décision des autorités algériennes est purement politique.

Elle sonne comme une réponse à l’initiative du Roi Mohamed VI de favoriser l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique et que «les autorités algériennes considèrent que cela va à l’encontre de leurs intérêts» puisque c’est une «sous-région essentielle pour l’Algérie et où elle perd une grande partie de son influence». Un récent rapport sécuritaire a été remis par les services secrets algériens à l’Etat-Major de l’Armée algérienne et au cabinet de la Présidence algérienne. Il met en garde les dirigeants algériens contre les conséquences jugées très fâcheuses pour l’Algérie du rapprochement actuellement opéré par le Mali avec le Maroc.

En cherchant vainement à mettre à genoux l’économie marocaine, ayant échoué à réaliser des succès diplomatiques, Alger tente dans le même temps de redonner une nouvelle vie à ses relations avec Madrid. Elle avait ordonné le 8 juin 2022 de suspendre de façon unilatérale le traité d’amitié avec l’Espagne. Aujourd’hui, les autorités algériennes ont décidé de lever le blocus imposé aux exportations espagnoles, en plein dégel des relations bilatérales . C’est ce qu’a annoncé l’association bancaire algérienne qui a autorisé les transactions commerciales de produits avicoles espagnols.

Dans une circulaire confidentielle à laquelle le média espagnol El Independiente a eu accès, l’ABEF fait état de l’autorisation d’importer « des intrants avicoles, à savoir des poussins de chair, des poulettes pondeuses et des oeufs à couver, en provenance de l’Espagne ». Une chose est sûre, les actes du régime algérien n’obéissent à aucune logique ou à aucun principe. Pour s’attaquer au Maroc, tous les moyens sont bons. Sauf que les résultats ne suivent pas...

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