Un grand homme d’Etat tire sa révérence

Décès de Mohamed El Ouafa, 72 ans

Les milieux politiques en général et le parti de l’Istiqlal en particulier viennent de perdre une figure politique très connue des Marocains. Il s’agit de l’ancien ambassadeur et ex-ministre, Mohamed El Ouafa, dont la mort a été annoncée, dimanche 27 décembre 2020, à l’hôpital Cheikh Zayd à Rabat, des suites du Covid-19. Il avait 72 ans. Sa mort a provoqué un choc pour sa famille, ses proches, ses amis et ses anciens collègues dans le gouvernement. L’homme était connu pour son franc-parler, sa sincérité et son action politique qui était singulière à bien des égards. Sa singularité résidait justement dans sa simplicité, son humilité et sa proximité avec les gens. Des qualités humaines extraordinaires qui lui ont permis de conquérir le cœur des Marocains.

Après une licence en droit à la faculté des sciences juridiques de Rabat, il s’envole pour la France où il obtient un diplôme des études supérieures en sciences économiques à l’université de la Sorbonne à Paris et un diplôme de 3ème cycle de l’institut de développement économique et social. Il rentre plus tard au bercail pour servir son pays. Il sera affecté à l’enseignement et deviendra professeur assistant à la faculté de droit de Rabat en 1976. En mêmes temps, il reprend son action politique au sein du parti de l’Istiqlal où il sera un grand militant et membre influent au sein du bureau politique. Il fait ses premiers pas en compagnie des ténors de ce parti historique dont l’ancien secrétaire général de l’Istiqlal, Mhammed Boucetta, dont il était très proche.

Mohamed El Ouafa a réalisé un parcours politique et diplomatique exemplaire. Après avoir présidé aux destinées de la jeunesse istiqlalienne de 1977 à 1984, il sera élu président du conseil municipal de Marrakech entre 1983 et 1992. Cette expérience locale lui ouvre les grandes portes de la politique nationale. Il deviendra député de la Nation de 1977 jusqu’à 1997. Durant les années 2000, il embrasse une carrière diplomatique riche et intéressante. Le défunt avait notamment été ambassadeur du Maroc en Inde et au Népal entre 2000 et 2004, en Iran et au Tadjikistan entre 2006 et 2009 et au Brésil entre 2009 et 2011.

Avec l’élection du PJD à la tête du gouvernement en 2011 et l’alliance avec l’Istiqlal, ce dernier fait appel à lui pour prendre le stratégique portefeuille ministériel de l’éducation nationale dans le gouvernement d’Abdelilah Benkirane. Mohamed El Ouafa s’était lié d’une grande amitié avec l’ancien Chef du gouvernement. En 2013, suite à un remaniement ministériel, il sera maintenu dans le gouvernement mais il change de portefeuille pour prendre celui des affaires générales et de la bonne gouvernance. Son maintien dans le gouvernement s’était déroulé dans des circonstances politiques spéciales marquées par le retrait de l’Istiqlal de la majorité gouvernementale. Ce retrait avait été conduit par l’ancien secrétaire général du parti, Hamid Chabat, avec qui Mohamed El Ouafa ne s’entendait jamais. Mais ce retrait n’a pas empêché Abdelilal Benkirane de maintenir son ami au sein de la nouvelle équipe exécutive.

Le défunt s’était illustré pour ses diatribes et son opposition farouche à l’élection de Hamid Chabat à la tête de l’Istiqlal. Les milieux politiques et le Maroc entier pleurent aujourd’hui un haut commis de l’Etat de haut rang et un homme politique d’exception qui a consacré toute sa vile au service des autres.