Hoda Aouad-Sharkey: "Robes de soi, ou comment raconter avec tendresse la guerre du Liban"

Interview de Hoda Aouad-Sharkey, écrivaine.

Hoda Aouad-Sharkey a choisi la plume pour dire avec tendresse et humour la complexité humaine, le monde qui l’entoure et les questionnements qui l’assaillent dans le tumulte de la guerre civile au Liban. Son amour intarissable des mots, son regard à fleur de vérité sur l’interprétation d’un conflit qu’elle a vécu et son inclination pour l’humain la mènent à l’écriture de Robes de soi.

Quel est le point de départ de Robes de soi?
C’est en lisant des livres concernant la guerre civile au Liban qu’est né en moi, le désir d’écrire la guerre autrement, telle que je l’ai vécue, de l’intérieur. La chronologie, l’analyse, le partage des événements choquants sont en effet, nécessaires, pour comprendre une guerre.

Toutefois, il me semblait que la description honnête d’un vécu où le rire, la tendresse, l’humour et l’affection gardent leur place dans un quotidien où tout le reste vole en éclats, permet de dessiner une humanité partagée: ce sont bien des êtres humains, tout comme le lecteur, qui vivent ces conflits et non d’étranges «barbares» auxquels il est impossible de s’identifier. Ce désir «d’écrire» ma guerre s’est intensifié avec la prise de conscience.

En tant qu’exilée, cette partie de ma vie qui m’a forgée, restait totalement inconnue de ceux que j’aime, mes enfants, mon mari et mes amis. Enfin, j’avoue que c’est aussi mon humble façon d’essayer de dire à ceux qui sont tentés d’avoir recours à la violence pour résoudre des problématiques sociopolitiques: «N’y allez pas, on en revient à peine».

A-t-il été difficile de raviver votre passé et votre mémoire liés à la guerre civile qui a frappé le Liban?
Cela n’a pas été difficile dans la mesure où tout était déjà enfoui en moi et ne demandait qu’à se dire, à se délier. En revanche, cela s’est avéré douloureux par moments. Douloureux de trouver les mots, de chercher la forme, d’accepter les émotions, les larmes, de refaire vivre ceux qui ne sont plus, de choisir entre ce que je suis prête à partager avec d’autres et ce que je préfère garder pour moi.

Aujourd’hui, vous vivez et travaillez en France. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru en tant que jeune femme contrainte de quitter son pays dans la tourmente?
Un regard d’étonnement et de compassion. Je ne sais pas où j’ai trouvé le courage. Je me sens reconnaissante aussi, puisque j’ai pu m’installer dans un pays que j’aime, dont j’aime la langue, et j’ai eu de la chance au fil de mes rencontres car j’ai l’impression que quelqu’un là-haut veille sur moi.