Une histoire d'eau potable

A ce jour, les retenues des principaux barrages du Royaume ne dépassent pas les 7,5 milliards de mètres cubes.

Qui croire? D’un côté, certains réseaux électroniques font état d’un prochain rationnement de l’approvisionnement en eau potable dans les mois à venir par suite du déficit de pluviométrie; ils s’en alarment par avance. Et puis, de l’autre côté, l’ONEE qui dément cette assertion portant sur des mesures préventives qui seraient à l’étude. L’Office les qualifie même de «mensongères et erronées»...

Qu’en penser? Qu’il ne faut pas céder à un sensationnalisme de mauvais aloi et qu’il faut sans doute savoir raison garder. Cela veut dire quoi? Le rappel des réalités hydriques, bien sûr, et la mise en perspective de ceci: A-t-on, oui ou non, une politique appropriée dans ce domaine? Le stress hydrique du Maroc, tout d’abord, est un fait avéré. Le Royaume est ainsi le 22ème pays le plus stressé, selon un rapport du crédible World Resources Institute. La Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA) confirme par ailleurs cette situation.

Il est prévu que d’ici 2025, s’accentuera la pénurie d’eau avec une projection de moins de 1.000 mètres cubes d’eau douce disponible par an et par personne. Il faut évidemment s’en préoccuper dans une perspective à long terme. Aujourd’hui, le taux de remplissage des barrages reste bas avec un modeste chiffre de 48%, soit quinze points de moins qu’à la même date l’année dernière, en février 2019. A ce jour, les retenues des principaux barrages du Royaume ne dépassent pas les 7,5 milliards de mètres cubes. Le stress hydrique n’est plus très loin; il est là dans un palier préoccupant.

Le Souverain a, on le sait, pris la mesure de ces contraintes. A la mi-janvier, à Marrakech, il a ainsi consacré une séance de travail au Programme prioritaire national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation pour la période 2020-2027. Il s’agit là d’un grand projet. Dans le domaine agricole, il portera sur 510.000 ha et il profitera à 160.000 personnes. Le budget global dépasse les 14,7 milliards de dirhams.

Il se décline autour de ces trois axes: la poursuite du plan national d’économie d’eau en irrigation (9,5 MMDH) une superficie additionnelle de 350.000 hectares et une augmentation des superficies équipées en goutte-à-goutte (940.000 hectares à l’horizon 2027). De quoi permettre une économie annuelle de plus de 2,5 milliards de M3. La sauvegarde ensuite de la plaine de Saïss avec la poursuite du projet d’aménagement hydro-agricole devant sauvegarder près de 30.000 hectares de terres irriguées; enfin, le développement et la modernisation des PME hydrauliques.

Il faut ajouter un programme de renforcement du potentiel national par la réalisation de 20 grands barrages, d’une capacité de 5,4 milliards de M3. A terme, en 2027 donc, il est prévu que le Maroc ait une capacité de stockage de l’ordre de 27 milliards de M3. Sans oublier que ce même programme est complété par une politique de renforcement du potentiel national de petits barrages, une vingtaine venant s’ajouter aux 130 actuels.

Un autre objectif intéresse la mobilisation de nouvelles ressources hydriques et le renforcement de l’alimentation en eau potable: diversification des ressources avec la gestion des ressources en eaux souterraines, stations de dessalement de l’eau de mer en plus de celles de Laâyoune, Boujdour, Tantan. Une priorité économique et stratégique donc que cette politique devant réduire le stress hydrique. Une des composantes sans doute de la réflexion nationale sur le nouveau modèle de développement.


1 commentaire

  • ben mhammed

    5 Mars 2020

    Ca servira a quoi de batir des barrages a coups de milliards de DH s il n y a pas une pluviometrie consequente pour en tirer benifice. Le stress hydrique ne s est pas installe en catimini. depuis les annees 80, on a eu un avant gout de cette sechresse sans qu il y ait une politique d accompagnement de la part de nos responsables pour palier a ses degats qui peuvent etre irreversible. Tout ce qu on a vu par contre , c est l expansion absurde des terrains de golf (5 terrains rien qu a taghazout bay a Agadir ,ville seche par nature) en plus des 45 autre deja en activite au royaume. En france un pays au climat plus doux que celui du maroc Un golf haut de gamme de 18 trous a une consommation moyenne de 5.000 m3/jour, ce qui correspond à la production nécessaire à la satisfaction des besoins d'une collectivité de 12.000 habitants. On imagine difficilement le gaspillage en eau que peut engendrer l arrosage de ces structures mises a disposition des touristes et la classe aisee alors que le reste de la population est a la merci d une secheresse perenne et d une facture d eau de plus en plus salee. Ne parlons pas des espaces verts qui ont vu le jour ces dernieres annees dans plusieurs villes marocaines sans etudes prealables et avec un choix douteux de la flore utilisee et qui necessite un grand apport en eau du fait de son inadaptation au climat semi desertique qui sevit de nos jours. La deforestation massive et le betonnage aveugle qui s est empare de notre pays sous le regard complice de nos dirigeants est une autre cause a la penurie d eau qui nous etouffe, malheureusement le gain facile qui en decoule pour ces hommes d affaires sans scrupules va planter le dermier clou dans le cerceuil de notre richesse hydrique.

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